Briançon : Dubitatif et inquiet
Les services officiels aux abonnés absent
Quand la sécurité publique prend les horaires de la banque
Hier soir, vers 20h30, j’ai appelé le 17 parce que des gamins s’amusaient avec des pétards près de parcelles où la végétation est très sèche. Ce n’était pas le bruit qui m’inquiétait, mais le risque d’incendie. En ce moment, les herbes sont sèches, les forêts brûlent dans le secteur et une simple étincelle peut suffire à déclencher un nouveau sinistre.
Au lieu d’obtenir rapidement un interlocuteur, je suis tombé sur un répondeur qui m’a promené pendant près de trois minutes, avec des messages en français et en anglais. Trois minutes, cela peut paraître peu lorsque rien ne se passe, mais en cas d’incendie, d’agression ou de danger immédiat, c’est déjà beaucoup trop.
Aujourd’hui, j’ai reçu un appel provenant d’un numéro commençant par 06. Comme nous sommes désormais régulièrement confrontés à des appels frauduleux et à des personnes qui se font passer pour des services officiels, je n’ai pas répondu. Aucun message clair n’a été laissé, ce qui ne permettait pas de vérifier l’identité de l’appelant.
J’ai donc voulu rappeler directement le commissariat de Briançon dans l’après-midi. Il était fermé. Plus étonnant encore, le répondeur téléphonique m’a indiqué que le numéro affiché publiquement n’était pas attribué. D’après les horaires annoncés, le commissariat ouvre du lundi au vendredi, de 8 heures à 12 heures et de 14 heures à 18 heures. Le samedi et le dimanche, il est fermé. Autrement dit, un commissariat fonctionne désormais presque comme une banque.
Briançon compte pourtant environ 11 000 habitants, sans compter les communes environnantes, les touristes et les nombreuses personnes présentes pendant les saisons d’hiver et d’été. En soirée, les appels sont apparemment redirigés vers Gap, qui sert de relais. Cela signifie des intermédiaires supplémentaires, des explications à répéter et parfois de précieuses minutes perdues avant que l’information n’arrive au bon endroit.
On nous rappelle régulièrement que chaque minute compte en cas de danger. Encore faudrait-il que les services chargés de protéger la population restent directement accessibles. La sécurité publique ne devrait pas être soumise à des horaires de guichet. Un incendie, une agression ou un accident ne regarde ni l’heure, ni le jour de la semaine avant de se produire.
Quand la prudence devient un dérangement
Nous vivons une époque où l’on nous répète continuellement de nous méfier des appels téléphoniques. Les faux conseillers bancaires, les faux agents administratifs, les faux policiers et les prétendus représentants de services publics sont devenus monnaie courante. Les escrocs connaissent parfois notre nom, notre adresse et certaines informations personnelles. Ils peuvent même faire apparaître sur l’écran un numéro qui semble parfaitement officiel.
Le conseil donné au public est toujours le même : ne jamais se fier au numéro affiché, ne communiquer aucune information et rappeler soi-même l’organisme concerné en utilisant ses coordonnées officielles.
C’est précisément ce que j’ai fait.
Après avoir appelé le 17 la veille au soir pour signaler des gamins qui lançaient des pétards, non pas à cause du bruit, mais en raison du danger d’incendie provoqué par la sécheresse actuelle, j’ai reçu le lendemain un appel provenant d’un numéro de téléphone portable. Ce numéro était présenté comme étant celui d’un commissaire de police.
Étant naturellement méfiant, je n’ai pas répondu. Un appel commençant par 06 ne permet pas de savoir si l’on a réellement affaire à un policier, à un démarcheur ou à un escroc. J’ai donc appelé directement le commissariat, sur un autre numéro non répertorié sur l'annuaire, afin de vérifier si ce numéro appartenait bien à un responsable de leurs services.
La réaction de mon interlocuteur a été particulièrement surprenante. Il m’a fait comprendre, avec un certain mécontentement, que l’on n’appelait pas le commissariat pour vérifier si un numéro était authentique et que la police n’était pas chargée de contrôler les numéros reçus par les particuliers.
Nous sommes donc invités à être prudents, mais lorsque nous appliquons cette prudence, nous dérangeons.
Je ne demandais pourtant pas à la police d’effectuer une longue enquête sur un numéro inconnu. Je souhaitais simplement savoir si un commissaire avait réellement tenté de me joindre à la suite de mon signalement. Il aurait suffi de me répondre que le numéro était connu du service, ou de transmettre mon nom à la personne concernée afin qu’elle me rappelle par une voie clairement identifiable.
Si un citoyen ne peut pas vérifier auprès d’un commissariat qu’un homme se présentant comme commissaire de police appartient réellement à ce commissariat, auprès de qui doit-il se renseigner ?
Doit-il rappeler directement le numéro portable et prendre le risque de tomber sur un imposteur ? Doit-il répondre à tous les appels sous prétexte que l’un d’entre eux pourrait être important ? Doit-il ignorer systématiquement les appels inconnus, au risque cette fois de ne pas répondre à un véritable représentant de l’autorité ?
Toutes ces situations placent le citoyen dans une impasse.
Le problème est d’autant plus grave que certaines escroqueries reposent précisément sur l’usurpation de l’autorité. Une personne se présente comme policier, explique qu’une fraude est en cours et demande à la victime de transmettre des codes bancaires, de remettre de l’argent ou de déplacer ses économies sur un prétendu compte sécurisé. La victime obéit parce qu’elle pense avoir affaire à la police.
On ne peut donc pas demander à la population d’être vigilante, puis lui refuser les moyens élémentaires de vérifier l’identité de ceux qui prétendent représenter un service officiel.
Les administrations devraient au contraire mettre en place une procédure simple. Lorsqu’un agent contacte un particulier depuis un téléphone portable, il devrait laisser un message précis, indiquer son nom, son service et un numéro officiel de rappel. Le standard du commissariat devrait également pouvoir confirmer qu’une personne de ce nom travaille bien dans le service, sans évidemment divulguer d’informations confidentielles.
Ce serait une mesure de bon sens, à la fois pour protéger les citoyens et pour protéger les véritables policiers contre l’usurpation de leur fonction.
Dans mon cas, j’avais déjà été confronté la veille à un numéro d’urgence qui m’avait fait patienter plusieurs minutes sur un répondeur bilingue, alors que je voulais signaler un comportement susceptible de provoquer un incendie. Le lendemain, j’ai découvert qu’il était difficile de joindre directement le commissariat en dehors de ses horaires d’ouverture. Puis, lorsque j’ai enfin réussi à parler à quelqu’un afin de vérifier un appel supposément officiel, on m’a répondu que ce n’était pas le rôle du commissariat.
À chaque étape, le citoyen doit patienter, chercher, rappeler, douter et finalement se débrouiller seul.
Ce fonctionnement révèle un profond malaise. Les services publics semblent parfois organisés pour leurs propres contraintes administratives plutôt que pour les besoins réels de la population. Pourtant, un danger, une fraude ou un incendie ne se produit pas nécessairement entre 8 heures et midi ou entre 14 heures et 18 heures.
La sécurité publique ne consiste pas uniquement à intervenir lorsqu’un drame s’est produit. Elle consiste aussi à permettre aux citoyens de signaler rapidement un danger, d’obtenir une réponse claire et de vérifier qu’une personne qui se présente comme représentant de l’autorité l’est réellement.
Sinon, à force de ne plus savoir à qui faire confiance, nous finirons par ne plus répondre à personne, pas même aux véritables services de police.
Et ce jour-là, les escrocs auront gagné bien davantage que de l’argent : ils auront détruit la confiance indispensable entre la population et ceux qui sont chargés de la protéger.
On peut comprendre, aujourd'hui, que des victimes excédées de l'inertie officielle en arrivent à faire justice eux-mêmes, au risque, là pour une fois, d'être appréhendée en ce sens.
Puisqu'en France pour se défendre il faut d'abord avoir subi l'agression.
J’alerte le préfet
Je vais saisir le préfet afin de lui signaler un dysfonctionnement préoccupant dans l’accueil téléphonique du commissariat de Briançon.
Après mon appel au 17 pour signaler l’usage de pétards en pleine période de sécheresse et d’incendies, j’ai reçu un appel provenant d’un numéro commençant par 06, présenté comme celui d’un commissaire de police. Par prudence, compte tenu des nombreuses usurpations d’identité et arnaques téléphoniques, j’ai contacté directement le commissariat pour vérifier l’origine de cet appel.
J’ai alors été vertement éconduit. Mon interlocuteur m’a répondu que le commissariat n’avait pas à vérifier les numéros reçus par les particuliers.
Je ne demandais pourtant aucune enquête particulière, mais simplement la confirmation qu’un responsable du service avait bien tenté de me joindre, ou que mon message lui soit transmis.
Cette réponse pose une question simple : comment un citoyen peut-il vérifier l’authenticité d’un appel prétendument officiel si le service concerné refuse lui-même de l’aider ?
Je demanderai donc au préfet quelles consignes sont données aux policiers dans ce type de situation et quelles procédures permettent à la population de distinguer un véritable appel de police d’une usurpation.
Lorsqu’un citoyen agit avec prudence, il ne devrait pas être traité comme s’il dérangeait.
Je suis d’autant plus modéré que j’ai un grand respect pour les institutions et que, lorsque cela est nécessaire, je peux collaborer avec la police afin d’aider dans la mesure de mes possibilités.
La façon dont cet agent de police m’a renvoyé promener démontre, de sa part, un inquiétant manque de sens des responsabilités.
Si vous avez besoin des secours, patientez : Gap ou Grenoble vous répondront, mais au bout de combien de temps !!
Bonne journée à tous.
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