Briançon. Les millions interdits

Publié le par François Ihuel

 

On entend beaucoup parler de subventions,

sauf pour l'état de la ville

 

Avenue Maurice Petsche.

Avenue Maurice Petsche.

Pas très loin de la place de l'Europe, l’un des nombreux trottoirs fortement dégradés de la ville de Briançon.

Cela fait des décennies qu’il est dans cet état. Les fissures, les trous, les déformations et les réparations successives ont fini par transformer ce qui devrait être un espace sécurisé pour les piétons en véritable parcours d’obstacles.

Tout le monde ne circule pas avec la même aisance. Il n’y a pas que de jeunes personnes alertes sur ces trottoirs. Il y a aussi des personnes âgées, parfois fragiles ou marchant avec une canne, des personnes en fauteuil roulant, des parents avec des poussettes, ainsi que des personnes ayant simplement des difficultés à se déplacer.

Pour elles, un trottoir dégradé n’est pas un simple défaut esthétique. C’est un risque de chute, une difficulté supplémentaire, voire parfois une impossibilité de passer. On parle beaucoup de sécurité, d’accessibilité, d’inclusion et d’amélioration du cadre de vie. Mais ces grands principes restent bien théoriques lorsque les aménagements les plus élémentaires ne sont pas entretenus.

Les années passent, les discours se succèdent, les budgets sont annoncés, mais sur le terrain, rien ne change. Pourtant, rendre un trottoir praticable ne devrait pas être considéré comme un luxe. C’est une nécessité quotidienne et une question de respect envers tous les habitants.

 

Surveillance sanitaire.
Surveillance sanitaire.
Surveillance sanitaire.
Surveillance sanitaire.
Surveillance sanitaire.

Surveillance sanitaire.

La police municipale pourrait-elle verbaliser la municipalité ?

La police municipale de Briançon accomplit très correctement son travail. Elle intervient auprès des particuliers, des automobilistes et des commerçants lorsque les règles ne sont pas respectées. Mais aurait-elle le droit de verbaliser sa propre municipalité pour manquement flagrant à l’hygiène et à la salubrité publiques ?

La question mérite d’être posée lorsqu’on observe l’état de certains endroits de la vieille ville, notamment autour des « moloks » de la place Vauban. Le sol est régulièrement souillé par des jus provenant des poubelles, auxquels s’ajoutent des déchets, des odeurs nauséabondes et tous les risques sanitaires qui accompagnent ce genre de situation.

À proximité, une fontaine publique a été neutralisée. Il semblerait que certains exploitants de débits de boissons se soient plaints que des passants venaient s’y désaltérer gratuitement. On en arrive donc à supprimer un point d’eau accessible à tous, tandis que l’accès aux toilettes publiques, situées plus haut et payantes, reste difficile pour certaines personnes.

Le résultat est parfaitement prévisible : cet endroit sent l’urine de manière insupportable. Là encore, on semble davantage traiter les conséquences que les causes. Lorsqu’on prive les passants d’un point d’eau et que les toilettes sont peu accessibles, il ne faut pas ensuite s’étonner que certains recoins deviennent des urinoirs improvisés.

La salubrité publique ne consiste pas seulement à verbaliser les habitants qui déposent mal un sac-poubelle ou qui commettent une incivilité. Elle impose également à la collectivité d’entretenir les espaces dont elle a la responsabilité, de nettoyer les installations, d’éviter les écoulements provenant des conteneurs et de proposer des équipements sanitaires réellement accessibles.

La loi indique d’ailleurs que la police municipale a notamment pour mission d’assurer la sécurité et la salubrité publiques. Mais cette police est placée sous l’autorité du maire. Il serait donc assez singulier de voir les agents dresser un procès-verbal à l’administration municipale dont ils dépendent. Pourtant, lorsqu’une commune exige des citoyens qu’ils respectent les règles, elle devrait commencer par se les appliquer à elle-même.

On parle beaucoup de mise en valeur de la cité Vauban, de tourisme, de patrimoine mondial et d’image de la ville. Mais le patrimoine ne se limite pas aux façades, aux remparts et aux photographies destinées aux visiteurs. Il commence au ras du sol, avec des rues propres, des conteneurs entretenus, des toilettes accessibles et une hygiène digne d’une ville qui accueille chaque année des milliers de touristes.

Avant de multiplier les grands projets et les discours sur l’attractivité de Briançon, il serait peut-être temps de s’occuper de ce que les habitants et les visiteurs ont quotidiennement sous les yeux… et sous le nez.

 

Briançon. Les millions interdits

Quinze ans d’abandon pour en arriver là

Il y a environ quinze ans, j’avais déjà signalé à la municipalité que quelques pierres commençaient à se désolidariser de cette construction. À cette époque, une intervention relativement simple aurait probablement suffi : replacer les pierres, refaire les joints et empêcher l’eau de pénétrer dans la maçonnerie.

Mais rien n’a été fait.

Année après année, la dégradation s’est poursuivie. Les périodes de forte chaleur ont asséché et fragilisé les joints, puis l’humidité s’est infiltrée entre les pierres. En hiver, cette eau a gelé, s’est dilatée et a progressivement écarté les éléments de maçonnerie. Le phénomène est connu, prévisible et parfaitement visible. Pourtant, on a laissé faire jusqu’à ce que la situation devienne dangereuse.

Aujourd’hui, au lieu d’effectuer les petites réparations qui auraient coûté relativement peu il y a quinze ans, il a fallu installer une imposante structure métallique destinée à maintenir ou à sécuriser l’ensemble. Et cette installation se trouve précisément devant l’accès aux toilettes publiques, qui sont en plus payantes.

On peut s’interroger sur la sécurité et l’accessibilité d’un tel emplacement. Les personnes âgées, les personnes handicapées, les parents accompagnés de jeunes enfants ou les visiteurs chargés de bagages doivent désormais se faufiler au milieu d’une structure métallique, au pied d’une maçonnerie suffisamment dégradée pour nécessiter une protection.

Voilà donc le résultat d’années d’inaction : un édifice ancien qui continue de se détériorer, une installation provisoire qui semble destinée à durer, et un accès aux toilettes publiques rendu encore plus compliqué.

Quel spectacle lamentable offre-t-on aux touristes, particulièrement à ceux qui reviennent régulièrement à Briançon et qui constatent, année après année, la lente dégradation de la vieille ville ? Ils viennent admirer une cité fortifiée exceptionnelle, son histoire, ses remparts et son architecture. Mais ils découvrent aussi des pierres qui se descellent, des murs maintenus par des charpentes métalliques, des trottoirs dégradés, des odeurs d’urine et des équipements publics difficilement accessibles.

La vieille ville est pourtant l’un des principaux attraits touristiques de Briançon. Elle devrait être entretenue comme un patrimoine précieux, et non abandonnée jusqu’au moment où il ne reste plus qu’à poser des barrières, des étais ou des structures de sécurité.

Entretenir régulièrement coûte toujours moins cher que laisser pourrir pendant quinze ans avant d’intervenir dans l’urgence. Mais à Briançon, on semble trop souvent attendre que les petites dégradations deviennent de gros problèmes, plus dangereux, plus coûteux et beaucoup plus visibles.

Et pendant ce temps, la vieille ville, véritable phare touristique de Briançon, donne l’impression d’être laissée à l’abandon.

Je conserve, depuis vingt ans, tous les clichés qui retracent la lente dégradation briançonnaise. Je pense que les archives de la ville ne les ont pas.

Quand on dispose d’un budget de 300 millions d’euros pour réhabiliter un ancien fort militaire abandonné pendant quinze ans, au nom du prestige local, alors qu’on est absolument incapable de maintenir en état une vieille ville classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, il y a de quoi se poser de sérieuses questions.

La suite de cette lamentable situation dans quelques jours.

Bonne journée à tous.

 

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