QR code ou QR con ?
Restreindre les libertés pour les célébrer
Commémorer la liberté... sous contrôle
La Révolution française nous a légué une idée simple et puissante : la liberté. Elle est devenue l'un des piliers de notre République, au point d'être inscrite au fronton de nos mairies.
Et pourtant...
Pour assister au défilé du 14 Juillet, symbole de cette histoire nationale, il faut désormais, dans certains secteurs, s'inscrire à l'avance, présenter une pièce d'identité et obtenir un QR code.
Le paradoxe est saisissant.
Nous commémorons une révolution qui a voulu affranchir les citoyens des contraintes arbitraires... en multipliant aujourd'hui les procédures pour célébrer cet héritage.
Bien sûr, chacun comprend que les autorités invoquent des impératifs de sécurité. La menace terroriste est une réalité et protéger des milliers de spectateurs n'est pas une mission anodine. Personne ne souhaite minimiser ce risque.
Mais une question demeure.
Jusqu'où une société peut-elle restreindre l'accès à ses propres symboles sans perdre peu à peu le sens de ce qu'elle célèbre ?
Autrefois, on allait assister au défilé avec ses enfants, sans formalités particulières. Aujourd'hui, beaucoup de citoyens doivent disposer d'un téléphone compatible, d'un accès à Internet, effectuer une démarche administrative et présenter un QR code. Ceux qui ne maîtrisent pas ces outils, notamment nombre de personnes âgées, peuvent se retrouver exclus d'un événement pourtant destiné à tous.
Le progrès technologique est une formidable avancée lorsqu'il simplifie la vie. Il devient plus discutable lorsqu'il conditionne l'exercice d'une liberté aussi symbolique que celle d'assister à la fête nationale.
À cela s'ajoute une autre évolution qui interroge certains Français : le défilé accueille désormais des contingents militaires étrangers, au nom de la coopération et des alliances internationales. Cette ouverture peut être perçue comme un signe d'amitié entre nations, mais elle conduit aussi certains à se demander si le 14 Juillet célèbre encore d'abord l'histoire de la France ou s'il est devenu un événement aux multiples dimensions diplomatiques.
Les temps changent. Les menaces aussi.
Mais il est permis de s'interroger lorsque, pour célébrer la liberté, il faut d'abord obtenir une autorisation numérique.
À force de protéger nos libertés, veillons à ne pas les entourer de tant de barrières qu'elles finissent par ressembler à des privilèges administratifs.
Le véritable défi de notre époque n'est peut-être pas seulement de garantir la sécurité, mais de réussir à préserver l'esprit de liberté qui a justement donné naissance à notre République.
Mais il y a le contrôle à tous les niveaux.....
Commander sans compte :
la meilleure façon de faire revenir le client
Aujourd’hui, pour acheter trois bricoles sur Internet, certains sites vous demandent presque un curriculum vitae. Nom, prénom, date de naissance, adresse, numéro de téléphone, adresse électronique, mot de passe comportant une majuscule, une minuscule, un chiffre, un signe cabalistique et probablement le nom du premier chien de votre grand-mère. Tout cela pour commander un mouchoir, une boîte de vis ou une paire de chaussettes.
Ensuite, il faut confirmer son adresse électronique, recopier un code reçu par SMS, accepter les conditions générales, refuser douze partenaires commerciaux, décocher la newsletter et prouver que l’on n’est pas un robot en identifiant des passages piétons sur des photographies floues. Puis le site annonce fièrement : « Une erreur est survenue. Veuillez recommencer. »
À ce moment-là, je ne recommence pas. Je ferme le site et je vais voir ailleurs.
Heureusement, certains commerçants ont compris qu’un client ne vient pas pour ouvrir un compte bancaire, passer un concours administratif ou déposer une demande de naturalisation. Il vient simplement acheter un produit. Ils proposent donc de commander sans créer de compte.
On choisit l’article, on donne l’adresse de livraison, on paie et l’affaire est terminée. Pas de mot de passe supplémentaire à mémoriser, pas de profil inutile à compléter, pas de formulaire interminable.
En dehors de quelques sites assez rares, comme Amazon, où l’on reste connecté et où l’on n’a pas besoin de remplir continuellement les mêmes formulaires, beaucoup de plateformes semblent considérer chaque achat comme une première rencontre administrative. Il faut sans cesse redonner son adresse, confirmer son identité, recréer un mot de passe, vérifier son téléphone et recommencer toute la procédure pour acheter trois fois rien.
Hélas, les commerces locaux eux-mêmes deviennent parfois difficiles d’accès, faute de places de stationnement gratuites, à cause d’une durée de stationnement trop limitée ou, parfois encore, du manque flagrant d’amabilité de certains commerçants. On aimerait pourtant les faire travailler davantage, mais encore faut-il pouvoir s’y rendre facilement et avoir envie d’y revenir.
Et contrairement à ce que certains responsables commerciaux semblent croire, cette simplicité ne fait pas fuir le client. Elle lui donne envie de revenir. Un site qui respecte mon temps gagne davantage ma fidélité qu’un site qui m’oblige à créer un compte dont je ne me servirai peut-être plus jamais.
D’ailleurs, si je reviens souvent, je pourrai toujours décider moi-même d’en créer un. Mais que l’on ne m’y oblige pas pour effectuer une seule commande.
À force de vouloir tout connaître du client, certains vendeurs oublient l’essentiel : le client veut acheter, pas raconter sa vie.
La meilleure méthode pour fidéliser quelqu’un n’est donc pas de l’emprisonner dans un compte. C’est de lui rendre l’achat simple, rapide et agréable.
Commander sans compte, c’est peut-être justement ce qui donne envie de revenir.
Mais sans prendre le train, ce qui devient fastidieu.
Acheter un billet de train :
le parcours du combattant
Autrefois, pour prendre le train, on allait au guichet. On disait : « Bonjour, je voudrais un billet pour Paris. » On payait, on prenait son billet, et l’affaire était réglée.
Aujourd’hui, avant même d’avoir choisi son horaire, on est déjà perdu. On tape « billet de train » sur Internet et, immédiatement, une foule de sites apparaît : le site officiel, les comparateurs, les revendeurs, les plateformes de réservation, les offres promotionnelles, les cartes de réduction, les abonnements, les assurances et les petits intermédiaires qui promettent tous le meilleur tarif.
Le problème, c’est qu’au bout de quelques minutes, on ne sait plus où l’on se trouve. Est-ce le site de la compagnie ferroviaire, un revendeur, un comparateur, une publicité déguisée ou un site qui ajoute des frais au dernier moment ?
On ouvre plusieurs pages pour comparer. Sur l’une, le billet semble moins cher. Sur l’autre, il y a davantage de choix. Sur une troisième, le prix change au moment de payer. Et au bout d’un quart d’heure, on ne sait même plus quel train on voulait prendre.
Ensuite commence le dossier de candidature : nom, prénom, date de naissance, adresse électronique, téléphone, mot de passe, confirmation du mot de passe, code reçu par SMS, préférences de voyage, carte de fidélité, choix du siège, assurance annulation, bagage supplémentaire, newsletter, conditions générales, cookies et autorisation d’utiliser vos données.
À ce niveau-là, on n’achète plus un billet de train. On dépose un curriculum vitae ferroviaire. Tout cela pour aller de Briançon à Paris.
Il ne manque plus qu’une lettre de motivation : « Madame, Monsieur, passionné depuis toujours par les déplacements sur rails, je souhaite vivement intégrer votre train de 10 h 42. Sérieux, ponctuel et capable de rester assis plusieurs heures, je pense correspondre parfaitement au profil recherché. »
Et naturellement, après avoir rempli tout le formulaire, le site peut vous annoncer : « Votre session a expiré. Veuillez recommencer. »
À ce moment-là, on ne veut plus partir. On veut simplement jeter l’ordinateur par la fenêtre.
La technologie était censée simplifier les démarches. Mais à force de multiplier les plateformes, les options, les comptes et les intermédiaires, elle les rend parfois plus compliquées qu’avant.
Ce n’est pourtant pas sorcier. Un voyageur veut connaître l’heure de départ, l’heure d’arrivée, le prix, la correspondance éventuelle et la possibilité de payer simplement. Le reste devrait être facultatif.
On ne devrait pas avoir besoin d’ouvrir un compte pour chaque trajet, ni de raconter sa vie pour réserver une place dans un train.
Le vrai progrès serait peut-être de revenir à quelque chose de très simple : je choisis mon train, je donne mon nom, je paie, je reçois mon billet. Terminé.
Mais aujourd’hui, acheter un billet de train ressemble parfois davantage à une procédure de recrutement qu’à un voyage.
Autrefois, on demandait un billet. Aujourd’hui, on postule pour monter dans le train.
Alors, quand les vieux cons de mon âge et de ma génération disent que c'était mieux avant, je confirme.
Bonne journée à tous.
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