Pièges à clics

Publié le par François Ihuel

 

Je n'ai pas osé écrire piège à cons.

Parce que je ne suis pas sûr de ne pas en être

 

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Le piège à clics

On ne cherche plus à informer, on cherche à attirer. Ce n’est plus le contenu qui compte, c’est le clic.

Il suffit d’ouvrir une page comme YouTube pour comprendre. Des titres qui crient, des images qui promettent, des visages figés dans l’exagération. “Incroyable”, “dangereux”, “vérité cachée”, “vous ne saviez pas”… Tout est fait pour provoquer une réaction immédiate, pas une réflexion.

Le mécanisme est simple. Plus un contenu attire de clics, plus il est mis en avant. Peu importe qu’il soit utile, vrai, ou même intéressant. Ce qui compte, c’est qu’il soit vu.

Alors on fabrique du contenu comme on fabrique des produits. Rapide, accrocheur, répétitif. Toujours plus court, toujours plus bruyant, toujours plus vide. Et le pire, c’est que ça fonctionne.

L’homme ne clique plus pour comprendre. Il clique par réflexe. Par curiosité, par ennui, parfois même par agacement. Mais il clique, et à chaque clic, il renforce le système qui l’enferme.

Ce qui était autrefois un espace de découverte devient un couloir fermé. Un enchaînement de suggestions qui se ressemblent toutes. Une boucle sans fin où l’on passe d’une vidéo à l’autre sans rien retenir.

Le contenu sérieux existe encore. Mais il est noyé sous la masse. Moins visible, moins mis en avant, moins rentable, alors il faut faire un choix. Soit on consomme ce qu’on nous sert, soit on décide de chercher par soi-même. Fermer une vidéo inutile. Ignorer un titre racoleur. Prendre le temps de choisir ce que l’on regarde.

Ce n’est pas grand-chose. Mais c’est déjà sortir du piège, car le vrai pouvoir, aujourd’hui, ce n’est pas de cliquer. C’est de ne pas cliquer.

D'autant qu'il y a des vidéos dangereuses qui peuvent amener à faire faire des conneries, parfois irréparables, concernant des gens sensibles, paniqués, affolés : il y en a tant.

Et puis les crédules, remplaçant une visite chez le médecin par une charlatanerie YouTube. Et là, danger.

 

Pièges à clics

L’outrance des présentations

Aujourd’hui, tout doit frapper fort. Attirer l’œil, provoquer une réaction, créer une émotion immédiate. On ne présente plus, on exagère. On grossit les traits, on pousse les mots, on fabrique de l’impact là où il n’y a parfois rien à dire.

Il suffit de regarder les visages sur les écrans. Bouche ouverte, yeux écarquillés, gestes amplifiés. Comme si le contenu ne suffisait plus à lui seul. Comme s’il fallait compenser le vide par du spectacle.

Cette outrance n’est pas anodine. Elle n’est pas là par hasard. Elle répond à un besoin créé de toutes pièces : capter l’attention dans un monde saturé d’images. Mais à force de vouloir capter, on finit par abaisser, car plus le ton monte, plus le fond disparaît.

L’esprit humain s’habitue vite. Ce qui surprenait hier devient banal aujourd’hui. Alors il faut en faire toujours plus. Toujours plus fort, toujours plus excessif, toujours plus bruyant. Et à ce rythme-là, il n’y a qu’une direction possible : l’appauvrissement.

On croit éveiller l’intérêt, on fabrique de l’habitude. On croit captiver, on conditionne. L’attention devient un réflexe, plus une démarche, et c’est là que l’abrutissement commence.

Non pas dans le contenu lui-même, mais dans la manière de le recevoir. Quand tout est présenté de façon outrancière, plus rien ne se distingue. Tout se mélange. Tout se vaut. L’important devient accessoire, et l’accessoire prend toute la place.

On ne regarde plus pour comprendre, on regarde pour ressentir quelque chose, même si ce quelque chose est artificiel. Le calme, la simplicité, la sobriété deviennent presque invisibles. Trop discrets pour exister dans ce vacarme permanent. Pourtant, c’est souvent là que se trouve le vrai contenu.

Refuser l’outrance, ce n’est pas rejeter le monde moderne, c’est simplement retrouver une forme de lucidité. Revenir à ce qui tient debout sans en rajouter, car ce qui a de la valeur n’a pas besoin de crier.

Et ce qui crie trop fort cache souvent qu’il n’a rien à dire.

 

Pièges à clics

Doctolib ou la médecine à distance

L’arrivée des plateformes de prise de rendez-vous a profondément modifié l’organisation du monde médical. Doctolib s’est imposé en quelques années comme un outil presque incontournable. Pratique, rapide, accessible à toute heure, il répond à un besoin réel. Mais derrière cette efficacité apparente, une transformation plus profonde s’est installée, et elle pose question.

Autrefois, le premier contact avec un cabinet passait par une secrétaire. Une voix, une présence, parfois un échange bref mais humain. Ce rôle ne se limitait pas à fixer une heure. Il y avait une forme d’accueil, d’écoute, parfois même une capacité à juger de l’urgence ou à orienter le patient. Avec la généralisation des plateformes, ce premier lien a disparu ou s’est réduit. Le rendez-vous devient une simple opération technique. On clique, on choisit un créneau, et le contact humain est repoussé à plus tard, voire effacé.

Cette évolution s’inscrit dans un mouvement plus large. Les cabinets médicaux tendent à se regrouper, à s’organiser de manière plus standardisée. Plusieurs praticiens, des agendas synchronisés, une logique de flux. Cela permet d’optimiser le temps, de répondre à une demande croissante, mais cela modifie aussi la relation. Le patient devient un élément dans un planning, une case à remplir, plutôt qu’une personne inscrite dans une continuité.

La téléconsultation accentue encore ce phénomène. Elle a été présentée comme une solution moderne, adaptée aux contraintes actuelles. Dans certains cas, elle rend service, notamment pour des renouvellements d’ordonnances ou des situations simples. Mais elle introduit une distance supplémentaire, le corps disparaît derrière un écran, le regard se réduit à une image. Le médecin travaille avec moins d’indices, et le patient, lui, peut ressentir une forme de déconnexion.

Il ne s’agit pas de rejeter en bloc ces outils. Ils répondent à des besoins réels : manque de médecins, délais trop longs, difficultés de déplacement. Ils facilitent l’accès aux soins dans certains cas. Mais à mesure que la technique prend de la place, le risque est de voir s’effacer ce qui faisait la richesse du lien médical : la présence, l’écoute, le temps accordé.

La médecine ne peut pas être uniquement une question d’efficacité. Elle repose aussi sur une relation, sur une confiance construite dans la durée. Lorsque tout passe par des interfaces, des écrans, des systèmes automatisés, cette relation change de nature, elle devient plus fonctionnelle, plus rapide, mais aussi plus froide.

Ce que l’on gagne en organisation, on peut le perdre en humanité.

Le danger n’est pas l’outil en lui-même, mais la place qu’on lui donne. S’il devient central, s’il remplace au lieu de compléter, alors il transforme la pratique en profondeur. À force de simplifier les démarches, on finit par simplifier aussi les relations, et dans le domaine de la santé, simplifier l’humain n’est jamais anodin.

Ce n'est plus le médecin qui pressent une priorité, c'est l'informatique qui décide.

La santé en quelques clics, et l’abrutissement en d’autres clics

On peut aujourd’hui prendre un rendez-vous médical en quelques secondes. Un écran, quelques informations, un créneau validé, et l’affaire est réglée. La santé s’organise, se planifie, se gère à distance. C’est rapide, efficace, parfois même rassurant dans un monde où tout manque de temps.

Dans le même mouvement, sur ces mêmes écrans, il suffit de quelques clics pour se perdre dans un flot continu d’images, de vidéos, de contenus qui s’enchaînent sans fin. Là aussi, tout est simple. On ne choisit plus vraiment, on suit. Une vidéo en appelle une autre, puis une autre encore, jusqu’à ce que le temps disparaisse sans qu’on s’en aperçoive.

D’un côté, la technique rend service. Elle permet d’accéder à des soins plus facilement, de contourner certaines difficultés, de gagner du temps. De l’autre, cette même technique peut devenir un piège, un outil d’occupation permanente, où l’esprit se remplit sans jamais se nourrir.

Le paradoxe est là. Le même geste, le même écran, le même réflexe. Mais pas le même résultat, un clic peut être utile, un autre peut être inutile. Et entre les deux, il n’y a souvent qu’une habitude.

Ce n’est pas la technologie qui décide. C’est l’usage que l’on en fait.

Encore faut-il en avoir conscience.

 

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Les sondages en quelques clics.

On nous parle souvent de sondages comme s’ils étaient une photographie fidèle de l’opinion. En réalité, ils ressemblent plutôt à un miroir légèrement déformant, où tout dépend de l’angle choisi. Une question posée d’une certaine manière peut donner l’impression d’un accord général, alors qu’une formulation plus directe révèle immédiatement un refus massif. Ce n’est pas forcément un mensonge, mais c’est une manière d’orienter la perception.

Quand on demande aux gens s’ils sont prêts à faire des efforts pour le bien commun, beaucoup répondent oui. Cela relève presque du réflexe moral. Mais si l’on précise concrètement la nature de ces efforts, par exemple une baisse des pensions, la réponse change radicalement. On ne parle plus d’une idée abstraite, mais d’une réalité personnelle. Et là, l’adhésion disparaît.

Ce décalage entre les questions permet ensuite de construire des titres accrocheurs, qui donnent le sentiment qu’une majorité est prête à accepter des mesures difficiles. Le lecteur pressé retient l’idée générale, sans forcément aller voir le détail. Le mot d’un institut reconnu suffit à installer une forme de crédibilité, même si le contenu mérite d’être regardé de plus près.

C’est dans ce glissement que naît une confusion moderne : l’information et l’intox se retrouvent désormais à portée de clic, parfois même mélangées. En quelques secondes, un titre, un chiffre, une source apparemment sérieuse suffisent à construire une conviction. L’information est là, mais elle est accompagnée, habillée, orientée. Et dans ce mouvement rapide, l’esprit ne prend plus toujours le temps de distinguer ce qui relève du fait et ce qui relève de l’interprétation.

Ce mécanisme n’est pas toujours une manipulation volontaire, mais il participe à une mise en scène de l’opinion. On suggère plus qu’on n’affirme, on oriente sans imposer. Et au final, une impression s’installe, parfois éloignée de ce que pensent réellement les gens lorsqu’on les interroge de manière claire.

Il ne s’agit pas de rejeter tous les sondages, mais de garder une distance. Comprendre que derrière un chiffre, il y a une question, et que derrière cette question, il y a une intention. Ce n’est qu’en revenant à la formulation exacte que l’on peut vraiment mesurer ce que vaut une réponse.

Dans ce monde où l’information et l’intox se côtoient en quelques clics, celui qui prend le temps de lire entre les lignes garde une longueur d’avance. Les autres, eux, se contentent d’une impression. Et une impression, on peut facilement la fabriquer.

 

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Le clic préférentiel

À côté de ce flot d’images inutiles, j’ai construit autre chose, tranquillement, sans bruit. Une DVDthèque choisie, pas subie. Des films que je connais, que j’ai aimés, que je peux reprendre quand j’en ai envie, sans qu’on me les impose, sans qu’on me les vende à coups de titres racoleurs. Du Fernandel, du western, du vieux cinéma, du vrai, celui qui raconte quelque chose.

Et ce n’est pas un hasard si ça va avec le reste. J’ai aussi plus de 1 400 livres. Là encore, du choix, du tri, du temps. Pas du défilement. Pas du zapping. Quand j’ouvre un livre ou que je lance un film, je sais pourquoi je le fais.

Je n’ai accès à aucune chaîne de télévision, et ça me va très bien comme ça. Ce n’est pas une privation, c’est un choix. Je préfère mille fois un bon film choisi, posé, regardé dans le calme, qu’une succession de clips vidéos plus ou moins abracadabrants qui passent sans laisser de trace.

Mes soirées, c’est la lecture avant d’aller dormir. Pas la lumière qui me tient éveillé pour rien et me ferait passer une nuit blanche. Un livre se ferme, l’esprit s’apaise, et la nuit fait son travail.

Aujourd’hui, tout est fait pour capter l’attention. Moi, je préfère la garder.

Mon choix n'est pas celui des autres, chacun choisi ce qu'il veut.

Mais je regarde YouTube, parce qu'il y a aussi des vidéos instructives et très intéressantes.

Bonne journée à tous.

 

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