Briançon : Les commerçants se tirent une balle dans le pied

Publié le par François Ihuel

 

Un non sens total

 

Photo - Dauphiné Libéré
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Zone bleue rue Centrale à Briançon :

Une fausse bonne idée qui risque de coûter cher

À la demande des commerçants de la rue Centrale, la municipalité de Briançon vient de mettre en place, à titre expérimental, une zone bleue limitée à trente minutes. Présentée comme une mesure destinée à favoriser la rotation des véhicules, à améliorer l’accès aux commerces et à fluidifier la circulation, cette décision mérite pourtant que l’on s’y attarde, car derrière les belles formules administratives se cache une absurdité assez évidente.

Jusqu’à présent, un automobiliste pouvait bénéficier de trente minutes gratuites, puis prolonger son stationnement en payant. Il avait ainsi la possibilité de rester une heure, voire deux heures, pour une somme généralement modeste, ne dépassant souvent pas deux euros. Désormais, dans la zone concernée, il ne semble plus possible de payer pour rester davantage. Le stationnement serait tout simplement limité à trente minutes avec un disque. Autrement dit, on ne remplace pas réellement le stationnement payant par du stationnement gratuit : on supprime surtout la possibilité de rester plus longtemps.

Trente minutes peuvent paraître suffisantes lorsqu’on vient acheter une baguette, récupérer une ordonnance ou effectuer une course précise. Mais lorsqu’on souhaite faire plusieurs commerces, comparer des produits, essayer un vêtement, discuter avec un commerçant, prendre un café ou simplement regarder les vitrines, une demi-heure passe très vite. Il faut déjà trouver une place, se garer, installer le disque et marcher jusqu’au commerce. Il ne reste alors peut-être que vingt ou vingt-cinq minutes avant de devoir repartir précipitamment.

Est-ce vraiment ainsi que l’on encourage les clients à fréquenter le centre-ville ? Le commerce ne vit pas uniquement du passage rapide. Il vit aussi du temps que les gens acceptent de consacrer aux rues, aux vitrines, aux boutiques et aux rencontres. Plus on chronomètre le client, moins il est tenté de consommer.

Si cette mesure a réellement été demandée par les commerçants, il faut espérer qu’ils en ont mesuré toutes les conséquences. Favoriser la rotation des véhicules peut sembler intéressant sur le papier : davantage de voitures se succèdent, donc davantage de clients potentiels. Mais encore faut-il laisser à ces clients le temps d’acheter.

Un client qui regarde sa montre toutes les cinq minutes n’est pas un client détendu. Il ne visite pas un second magasin, ne s’arrête pas boire un verre et ne prend pas le temps de découvrir ce que proposent les autres commerçants. Il fait sa course au pas de charge, puis il repart. Ou, plus simplement, il choisit d’aller ailleurs, dans un endroit où il peut stationner sans avoir l’impression de participer à une épreuve chronométrée.

Les commerçants risquent donc de découvrir qu’en voulant libérer plus rapidement les places, ils ont surtout fait fuir les clients qui avaient l’intention de rester. Ils pourraient bien s’être tiré une balle dans le pied.

La municipalité annonce également que les commerçants de la Cité Vauban et du centre-ville bénéficieront gratuitement d’un stationnement, respectivement au parking des Cordeliers et au parking Prorel 3, pendant toute la période estivale. Présentée comme un avantage accordé aux commerçants, cette mesure soulève pourtant une nouvelle contradiction.

À Briançon, les places de stationnement sont déjà peu nombreuses, particulièrement en été, lorsque la population augmente avec l’arrivée des visiteurs. En permettant aux commerçants ou à leurs salariés de stationner gratuitement toute la journée dans ces parkings, on risque de mobiliser durablement une partie des places disponibles et de diminuer encore les possibilités de stationnement pour les clients.

Un commerçant laisse généralement son véhicule garé pendant toute sa journée de travail. Une seule voiture peut donc occuper une place durant huit ou dix heures, alors que cette même place aurait pu accueillir successivement plusieurs visiteurs ou consommateurs. Là encore, on prétend soutenir les commerces tout en prenant une décision susceptible de réduire leur accessibilité.

Il aurait été plus logique de prévoir le stationnement gratuit des commerçants dans les parkings les plus éloignés des secteurs recherchés par la clientèle, afin de réserver autant que possible les emplacements les plus accessibles aux visiteurs. Un commerçant peut éventuellement marcher quelques minutes avant l’ouverture et après la fermeture de son établissement. Un client, lui, peut tout simplement renoncer à venir s’il tourne longtemps sans trouver de place.

Après avoir limité les clients à trente minutes dans la rue Centrale, on permet donc à d’autres véhicules de rester stationnés toute la journée dans des parkings où les places sont déjà limitées. D’un côté, on oblige les consommateurs à repartir rapidement ; de l’autre, on facilite l’immobilisation prolongée de places par ceux-là mêmes qui souhaitent attirer ces consommateurs. C’est une étrange manière de favoriser la rotation des véhicules et de soutenir l’activité commerciale.

Une autre question se pose inévitablement : que se passera-t-il lorsqu’un automobiliste dépassera les trente minutes ? Même lorsqu’on est de bonne foi, un rendez-vous peut durer plus longtemps que prévu. Une file d’attente peut se former, un commerçant peut être occupé, une personne âgée ou à mobilité réduite ne se déplace pas à la même vitesse qu’un jeune adulte.

Quelques minutes de dépassement pourraient alors transformer une petite sortie en centre-ville en une dépense particulièrement amère. L’automobiliste qui pouvait auparavant prolonger son stationnement pour un ou deux euros risque désormais une contravention pouvant atteindre plusieurs dizaines d’euros. Si les contrôles sont fréquents, cette expérimentation pourrait rapidement devenir une excellente opération financière pour la municipalité, mais certainement pas pour les visiteurs ni pour les commerces.

On finirait alors par se demander si l’objectif véritable est de faciliter le commerce ou de multiplier les procès-verbaux. Les habitués finiront peut-être par connaître la règle, mais les touristes et les visiteurs occasionnels risquent de se faire piéger, surtout s’ils pensent que les trente premières minutes sont simplement gratuites avant le passage à un stationnement payant.

La Ville précise par ailleurs que le disque de stationnement est vendu dans les différents points de presse-tabac. Le visiteur qui ignore cette nouvelle réglementation devra donc commencer par chercher un commerce vendant le disque avant même de pouvoir visiter les autres. Encore faut-il qu’il trouve une place pour aller acheter l’objet lui permettant d’occuper cette place légalement. Nous entrons là dans une logique administrative dont Briançon semble avoir le secret.

La signalisation devra également être parfaitement claire. Beaucoup d’automobilistes pourraient croire que le stationnement est simplement gratuit pendant trente minutes, puis qu’il devient payant, comme cela se pratique couramment. Ils risquent de découvrir trop tard qu’ils n’avaient aucune possibilité de prolonger leur stationnement. Une réglementation efficace doit être compréhensible immédiatement. Elle ne doit pas devenir un piège pour celui qui ne connaît pas les habitudes locales.

La solution la plus logique aurait consisté à conserver les trente premières minutes gratuites, puis à permettre aux automobilistes de payer s’ils souhaitaient rester plus longtemps. Ce système aurait offert tous les avantages : une rotation rapide pour les courses de courte durée, une gratuité réelle pendant trente minutes, la possibilité de prolonger son stationnement, davantage de temps pour fréquenter plusieurs commerces et moins de risques de contraventions ressenties comme injustes.

On aurait ainsi concilié l’intérêt des commerçants, celui des habitants, celui des touristes et les nécessités de circulation. Au lieu de cela, on impose une durée unique à tout le monde, comme si toutes les courses, toutes les personnes et toutes les situations étaient identiques, tout en permettant à certains véhicules de rester garés gratuitement pendant toute une journée.

Puisqu’il s’agit officiellement d’une expérimentation, il faudra en tirer un véritable bilan à la fin de l’été. Combien de véhicules auront été verbalisés ? Les commerçants auront-ils constaté une augmentation ou une diminution de leur fréquentation ? Les clients auront-ils réellement apprécié cette limitation ? Combien d’entre eux auront renoncé à se rendre rue Centrale par peur de dépasser les trente minutes ? Combien de places des parkings gratuits auront été occupées toute la journée par les véhicules des commerçants et de leurs salariés ?

Une expérimentation n’a de sens que si ses résultats sont rendus publics et si la municipalité accepte de reconnaître une erreur lorsque la mesure ne produit pas les effets annoncés. Pour l’instant, cette zone bleue ressemble surtout à une fausse gratuité : on ne paie plus pour stationner, certes, mais on n’a presque plus le droit de rester.

À force de vouloir aider les commerçants par des mesures mal pensées, on risque surtout de les aider à perdre leurs clients. Dans un centre-ville qui prétend soutenir son commerce, faire fuir les consommateurs au bout de trente minutes tout en immobilisant d’autres places durant toute la journée relève moins de la bonne gestion que du contresens.

Maintenant, si je n'au rien compris, je ne dois pas être le seul.

Bonne journée à tous.

 

 

Publié dans Briançon et rigolades

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