Médias anxiogènes à outrance

Publié le par François Ihuel

 

La fin du monde est à la télé

 

Médias anxiogènes à outrance

Quand l'information devient spectacle

Depuis quelques années, j'ai parfois l'impression que certains médias ne se contentent plus d'informer. Ils cherchent avant tout à provoquer une réaction émotionnelle.

Il suffit de regarder certains titres. Les mots sont soigneusement choisis : « alerte », « urgence », « haute tension », « victimes », « catastrophe »... Tout semble devoir être présenté sous son angle le plus inquiétant.

Prenons l'exemple de cette alerte concernant les premières victimes de la canicule à Châteauroux. Que des personnes fragiles souffrent de fortes chaleurs est une réalité qu'il ne faut évidemment pas nier. Les services d'urgence doivent s'y préparer, et c'est normal qu'ils en parlent.

Mais fallait-il transformer cette information en titre spectaculaire ?

À force d'utiliser les mêmes ressorts émotionnels pour chaque épisode météo, chaque fait divers ou chaque événement, on finit par installer un climat d'inquiétude permanent. Le lecteur ne retient plus les nuances ; il ne retient que l'impression d'une succession ininterrompue de catastrophes.

Le paradoxe est que notre cerveau s'habitue à cette dramatisation. À force d'entendre crier au loup, certains finissent par ne plus écouter les véritables alertes lorsqu'elles surviennent.

Informer consiste à expliquer, à remettre les faits dans leur contexte et à laisser chacun se faire son opinion.

Faire peur, en revanche, est une autre démarche.

La frontière entre information et spectacle devient parfois bien mince.

Et lorsqu'une société vit en permanence sous perfusion d'émotions fortes, ce n'est plus la réalité qui guide les réactions, mais la mise en scène de cette réalité.

Au fond, une question mérite d'être posée :

Les médias cherchent-ils encore principalement à informer... ou cherchent-ils d'abord à capter notre attention ?

 

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L'alerte permanente

Il fut un temps où le mot alerte était réservé aux situations véritablement exceptionnelles. Aujourd'hui, il semble accompagner la moindre variation de la météo. Une forte chaleur devient une « alerte canicule », un orage une « alerte météo », un épisode de vent une « alerte tempête ». À force de voir ces titres défiler jour après jour, on finit par avoir l'impression que notre société vit dans un état d'urgence permanent.

Le dernier exemple en date illustre parfaitement cette tendance. À la suite d'un épisode de forte chaleur, la préfecture de police demande l'annulation du festival Solidays et de la Marche des fiertés à Paris. Que les autorités évaluent les risques et prennent des décisions lorsqu'elles estiment que la sécurité du public est en jeu est tout à fait normal. Leur responsabilité est précisément de prévenir les accidents.

En revanche, ce qui mérite réflexion, c'est la manière dont cette information est présentée. Avant même d'avoir lu la première ligne de l'article, le lecteur est accueilli par un énorme bandeau « Alerte Info ». L'effet recherché est immédiat : attirer l'attention, susciter l'émotion, créer un sentiment d'urgence. Le fond de l'information passe parfois après sa mise en scène.

À force d'utiliser les mêmes procédés pour chaque événement, les médias prennent le risque de banaliser l'exceptionnel. Si tout devient une alerte, plus rien ne paraît vraiment exceptionnel. Le danger est alors double : certains vivent dans une inquiétude permanente, tandis que d'autres finissent par ne plus réagir lorsqu'une véritable situation critique survient.

Informer devrait d'abord consister à expliquer les faits, à les replacer dans leur contexte et à permettre au lecteur de comprendre les raisons d'une décision. Une information équilibrée éclaire davantage qu'elle n'impressionne. La confiance se construit avec des explications, pas uniquement avec des titres spectaculaires.

Une démocratie a besoin de citoyens bien informés, capables de réfléchir sereinement. Elle n'a pas besoin d'une succession ininterrompue de manchettes alarmistes qui donnent parfois le sentiment que chaque journée apporte sa nouvelle catastrophe. Entre informer et dramatiser, la frontière est parfois ténue. C'est justement cette frontière qu'il me semble important de ne jamais perdre de vue.

 
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Quand la prévention devient communication

Il ne fait aucun doute qu'en période de fortes chaleurs, certaines précautions sont utiles. Chacun sait que l'alcool favorise la déshydratation et peut augmenter les risques de malaise. Informer le public de cette réalité est une démarche de santé publique tout à fait légitime.

Ce qui m'interpelle davantage, c'est la manière dont cette information est présentée. Une nouvelle fois, le bandeau « Alerte Info » s'affiche en énormes caractères, comme si nous étions confrontés à une situation exceptionnelle. Pourtant, le contenu de l'annonce indique simplement que le ministre de l'Intérieur recommande aux préfets d'interdire la consommation et la vente à emporter d'alcool dans l'espace public. Il ne s'agit ni d'une interdiction générale, ni d'une décision appliquée partout, mais d'une recommandation laissant une marge d'appréciation aux autorités locales.

Cette façon de communiquer participe d'un phénomène devenu courant : transformer des mesures de prévention en événements spectaculaires. Le mot alerte est désormais utilisé si fréquemment qu'il perd progressivement son caractère exceptionnel. À force de vivre sous une succession de bandeaux rouges, de notifications et de titres alarmants, le public finit par avoir le sentiment que chaque journée apporte son lot d'urgences.

Le risque est paradoxal. Lorsqu'une véritable situation grave survient, certains n'y prêtent plus la même attention, lassés par cette accumulation d'annonces présentées sur le même ton. Une information efficace ne repose pas uniquement sur l'intensité des mots employés, mais sur leur juste proportion avec la réalité des faits.

Informer consiste à expliquer, à contextualiser et à faire confiance à l'intelligence du lecteur. La prévention est nécessaire ; la dramatisation permanente ne l'est pas forcément. Entre sensibiliser la population et entretenir un climat d'urgence continu, il existe une différence qu'il me paraît essentiel de préserver.

 
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Quand l'information devient plus chaude que la température

À écouter certains médias, quelques jours de fortes chaleurs suffisent désormais à donner l'impression que nous vivons une catastrophe permanente. Chaque hausse du thermomètre devient une « alerte », chaque épisode est présenté comme exceptionnel et chaque été semble annoncer une situation sans précédent. Pourtant, il n'y a rien d'anormal à ce qu'il fasse chaud en été, pas plus qu'il n'est exceptionnel qu'il fasse froid en hiver. Les périodes de chaleur ont toujours existé, avec une intensité qui varie naturellement d'une année à l'autre.

À force de multiplier les notifications, les bandeaux rouges, les alertes sur les téléphones et les éditions spéciales, j'ai parfois le sentiment que l'on entretient davantage l'inquiétude que l'information. Certains finissent même par ressentir davantage la chaleur parce qu'on leur répète sans cesse qu'ils devraient avoir chaud. L'effet psychologique d'une dramatisation permanente ne doit pas être sous-estimé.

Pendant ce temps, d'autres phénomènes naturels pourtant remarquables passent presque inaperçus. Le Soleil traverse actuellement une période de forte activité, appelée maximum solaire. Cette phase du cycle solaire est connue des astronomes depuis longtemps et se traduit par des éruptions importantes ainsi que par des tempêtes solaires pouvant perturber les communications radio, affecter certains satellites, augmenter l'exposition aux radiations sur certaines routes aériennes ou provoquer des perturbations dans l'environnement spatial. Ces événements sont suivis quotidiennement par les agences scientifiques spécialisées, mais ils sont rarement évoqués dans les grands médias.

Cela ne signifie évidemment pas que cette activité solaire explique à elle seule les températures observées sur Terre. Le climat dépend de nombreux facteurs, et les scientifiques l'affirment clairement. En revanche, il est étonnant qu'un phénomène scientifique mesurable et exceptionnel soit si peu médiatisé, alors que quelques jours de fortes chaleurs déclenchent une avalanche d'alertes et de commentaires.

Cette différence de traitement m'interroge. L'information semble parfois davantage guidée par son impact émotionnel que par son intérêt scientifique. Pourtant, informer ne consiste pas seulement à annoncer ce qui inquiète. C'est aussi expliquer les phénomènes, les replacer dans leur contexte et donner aux citoyens les éléments qui leur permettent de comprendre le monde qui les entoure.

À force de transformer chaque épisode de chaleur en événement exceptionnel tout en passant sous silence d'autres phénomènes naturels majeurs, on finit par donner une vision déséquilibrée de la réalité. Une information de qualité ne cherche pas uniquement à retenir notre attention ; elle cherche avant tout à nous éclairer.

Alors cessez de vous focaliser sur BFMTV et autres médias laveurs de cerveaux. Visitez les sites scientifiques qui expliquent ce que les médias évitent.

 

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Des vraies alertes… et des alertes de tous les jours

Le mot alerte avait autrefois une signification bien précise. Lorsqu'il apparaissait, chacun savait qu'il annonçait un danger exceptionnel : un séisme dévastateur, une inondation meurtrière, un cyclone, un tsunami, une éruption volcanique ou un gigantesque incendie de forêt. Derrière ces alertes se trouvaient des vies en danger, des villes détruites, des populations déplacées et des conséquences parfois irréversibles. Le mot avait un poids, parce qu'il correspondait à des événements réellement hors du commun.

Aujourd'hui, j'ai le sentiment que ce mot est employé à tout propos. Une forte chaleur, une recommandation administrative, une décision de précaution ou une restriction temporaire sont souvent présentées avec les mêmes bandeaux rouges et les mêmes titres spectaculaires que les grandes catastrophes naturelles. Bien sûr, il est normal que les autorités préviennent la population lorsqu'un risque existe. La prévention fait partie de leur mission. Mais faut-il pour autant donner à chaque information le caractère d'une catastrophe imminente ?

À force d'utiliser les mêmes codes pour des situations très différentes, on finit par brouiller les repères. Une véritable catastrophe et une mesure de précaution ne produisent ni les mêmes effets ni les mêmes conséquences. Pourtant, la communication leur donne parfois la même intensité. Le risque est que le public s'habitue à vivre dans un climat d'urgence permanent, jusqu'au jour où une véritable catastrophe surviendra et où le mot alerte n'aura plus l'impact qu'il devrait avoir.

Les médias ont un rôle essentiel : informer les citoyens. Mais informer ne consiste pas seulement à attirer l'attention. C'est aussi expliquer les faits, les replacer dans leur contexte et respecter une certaine hiérarchie entre les événements. Une société bien informée est une société qui comprend les risques réels sans vivre dans une inquiétude permanente.

Les vraies alertes méritent toute notre attention, parce qu'elles concernent des dangers immédiats et parfois dramatiques. Les mesures de prévention, elles aussi, ont leur utilité. Mais si tout devient une « alerte », alors le mot finit par perdre sa valeur. Et lorsqu'un mot perd son sens, c'est aussi une partie de notre capacité à mesurer la gravité des événements qui disparaît. C'est peut-être là le véritable danger de cette inflation permanente des alertes.

Bientôt une page "ALERTE BRIANÇON"
 
Bonne journée à tous
 
 
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