Au secours - Alerte

Publié le par François Ihuel

 

Ministère des alertes et des aberrations 

 

À lire attantivement

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À titre d’avertissement

Cette image est bien entendu une parodie. Mais derrière l’humour, il y a une petite réflexion : à force de multiplier les alertes, les vigilances, les recommandations et les précautions pour des phénomènes souvent ordinaires, on finit par transformer la météo en événement permanent. Le temps change, il a toujours changé, et il changera encore. Peut-être faudrait-il parfois simplement lever les yeux vers le ciel, observer, écouter ceux qui connaissent leur région… et accepter qu’un nuage reste un nuage sans qu’il soit nécessaire d’en faire une affaire d’État.

 

Au secours - Alerte

 

Les nouvelles saisons : quand la météo devient un spectacle

Il fut un temps où la météo annonçait simplement le temps qu’il allait faire. On disait qu’il ferait froid, très froid, chaud, orageux ou venteux. On prévenait éventuellement les agriculteurs d’une gelée, les marins d’un coup de vent ou les automobilistes de risques de verglas. Aujourd’hui, le vocabulaire a changé. Le froid devient une « offensive hivernale », la chaleur une « vague écrasante », la pluie un « épisode intense », le vent une « tempête à surveiller » et quelques centimètres de neige peuvent occuper les journaux télévisés pendant des heures. La météorologie n’est plus seulement une information : elle est devenue, elle aussi, un spectacle.

Bien entendu, il existe des phénomènes réellement dangereux et il serait absurde de nier l’utilité des alertes météorologiques. Une crue, une canicule prolongée, une tempête violente ou un incendie nécessitent une information rapide et précise. Le problème n’est donc pas l’alerte elle-même, mais son utilisation permanente. À force de présenter chaque variation du temps comme un événement exceptionnel, on finit par donner l’impression que la nature est entrée dans un état d’urgence permanent. Dès qu’un thermomètre dépasse une valeur habituelle ou descend un peu plus bas que la normale, les cartes deviennent rouges, orange ou violettes et les bandeaux d’alerte envahissent les écrans.

Il y a aussi une logique médiatique très simple derrière cela : le spectaculaire attire davantage que l’ordinaire. « Il fera 32 degrés demain » retient moins l’attention que « alerte canicule ». « Quelques chutes de neige attendues » paraît moins impressionnant que « offensive du froid ». Les médias savent parfaitement qu’une image inquiétante, accompagnée d’un titre énorme et d’une couleur rouge, provoque davantage de réactions. La météo se retrouve donc soumise aux mêmes règles que beaucoup d’autres informations : il faut retenir le regard, provoquer une émotion et maintenir le spectateur devant son écran.

Cette dramatisation finit pourtant par produire l’effet inverse de celui recherché. Lorsque tout devient alerte, plus rien ne semble véritablement exceptionnel. Si chaque orage est présenté comme historique et chaque journée chaude comme extraordinaire, comment distinguer le jour où un danger réellement majeur se présente ? L’alerte devrait justement rester exceptionnelle pour conserver toute sa force. Un signal d’alarme que l’on entend constamment finit par devenir un simple bruit de fond.

Nos grands-parents et nos parents ont pourtant connu des hivers extrêmement froids, des étés torrides, des sécheresses, des inondations, des tempêtes et des épisodes neigeux impressionnants. Ils ne disposaient évidemment ni des satellites actuels ni des modèles météorologiques modernes permettant de prévoir précisément ces phénomènes. Nous sommes aujourd’hui infiniment mieux informés et protégés, ce qui est une excellente chose. Mais paradoxalement, plus nous sommes capables de prévoir le temps, plus nous semblons parfois surpris qu’il puisse encore faire très chaud en été, très froid en hiver, pleuvoir énormément en automne ou neiger abondamment en montagne.

À cela s’ajoute désormais la question du changement climatique, qui mérite évidemment d’être étudiée sérieusement sur des décennies et à l’échelle mondiale. Mais là encore, il faut éviter de confondre climat et météo quotidienne. Une journée exceptionnellement chaude ne démontre pas à elle seule une évolution climatique, pas davantage qu’une journée glaciale ne l’infirme. Transformer chaque phénomène météorologique en preuve immédiate d’un bouleversement général ne rend pas le débat plus sérieux ; cela peut au contraire finir par le décrédibiliser.

Nous sommes peut-être ainsi passés des quatre saisons traditionnelles aux quatre saisons médiatiques : l’hiver avec son « alerte grand froid », le printemps avec son « alerte pollen », l’été avec son « alerte canicule » et l’automne avec son « alerte tempête ». Le temps continue pourtant de faire ce qu’il a toujours fait : changer. La véritable nouveauté n’est peut-être pas seulement dans le ciel. Elle est aussi dans nos écrans, dans notre vocabulaire et dans cette étrange nécessité contemporaine de transformer presque chaque événement naturel en événement exceptionnel.

Restez calme, pas de panique, ce n'est qu'un épisode estival comme il y en a depuis des centaines de millions d'années, pour ceux qui s'en souviennent 😇
 
Bonne journée à tous
 
Au secours - Alerte
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