Briançon : Gare routière SNCF

Publié le par François Ihuel

 

C'est sur le terrain qu'on élabore des plans

 

Briançon : Gare routière SNCF
Réaménagement gare routière SNCF :

Ce plan m’interroge beaucoup, car il donne l’impression d’apporter une solution alors qu’il risque surtout de déplacer les problèmes.

La partie 4 prévoit le réaménagement du parking de la gare. Cela semble supposer que la SNCF accepterait enfin de mettre une partie de ses terrains à disposition, voire de les céder, afin de réorganiser le stationnement des véhicules légers. Ce serait une évolution importante puisque, jusqu’à présent, elle s’y est toujours refusée. Mais le plan ne précise ni la surface réellement libérée, ni le nombre de places créées, ni la manière dont les voitures accéderont à ce parking.

La partie 6 prévoit la création d’une passerelle reliant les deux côtés de la ville. C’est une réalisation que je réclame depuis quinze ans et qui serait incontestablement utile. Encore faut-il qu’elle soit réellement accessible à tous : personnes âgées, voyageurs chargés de bagages, familles avec poussettes et personnes à mobilité réduite. Une passerelle ne peut pas simplement être un escalier enjambant les voies ; elle doit disposer d’ascenseurs fiables et suffisamment grands.

C’est surtout la partie 5 qui pose question. Le projet prévoit, du côté du parc des Sports, des emplacements pour les bus, les taxis, les dépose-minute et les vélos. Il faudrait donc aménager ou prolonger une voie d’accès de ce côté des voies ferrées. Certains voyageurs arrivant par le bâtiment principal devraient alors emprunter la passerelle avec leurs bagages pour rejoindre leur bus ou leur taxi. On ne simplifie pas leur parcours : on partage les transports entre deux côtés de la gare et on leur impose de trouver eux-mêmes le bon.

D’après le dessin, les bus seraient dispersés sur plusieurs secteurs : devant le bâtiment voyageurs, le long de l’avenue du Général-de-Gaulle et de l’autre côté des voies, vers le parc des Sports. Ce n’est donc pas véritablement une gare routière clairement identifiable, mais un éparpillement des arrêts autour de la gare ferroviaire. Or une correspondance doit être immédiatement compréhensible. En descendant du train, le voyageur devrait voir où se trouve son bus sans devoir chercher un plan, traverser un parvis, franchir une passerelle ou contourner la gare.

Le point numéro 3, présenté comme le « réaménagement de la gare routière », ne paraît d’ailleurs pas résoudre le problème essentiel : la circulation et les manœuvres des autocars. Les véhicules semblent toujours stationnés le long des voies de circulation, sans véritable organisation en quais permettant d’entrer et de ressortir facilement en marche avant. Rien ne montre clairement les sens de circulation, les rayons de giration, les emplacements d’attente ou la séparation physique entre les bus et les voitures particulières.

Et c’est là que le projet risque de se heurter à la réalité briançonnaise. Aux heures d’arrivée et de départ des trains, les automobilistes occupent tout ce qu’ils peuvent occuper pour déposer ou attendre un voyageur. Si la gare routière reste ouverte et facilement accessible aux véhicules légers, elle sera inévitablement envahie, quelles que soient les lignes peintes au sol et les pancartes installées. À Briançon, la discipline automobile demeure une notion particulièrement abstraite, et un aménagement qui repose uniquement sur le civisme des conducteurs est condamné d’avance.

Il faut donc une séparation matérielle des circulations : une gare routière exclusivement réservée aux autocars, avec accès contrôlé, des quais clairement identifiés, un véritable dépose-minute distinct, un parking suffisamment dimensionné et des cheminements piétons courts et évidents. Sans cela, on aura dépensé beaucoup d’argent pour fabriquer un bel aménagement sur le papier, mais les bus continueront à être gênés par les voitures exactement aux moments où ils auront le plus besoin de circuler.

La passerelle serait une excellente réalisation. Le parking pourrait aussi constituer un progrès. Mais l’ensemble ne formera une véritable gare multimodale que si l’on pense d’abord aux correspondances, aux manœuvres des autocars et à la réalité des comportements. Pour l’instant, ce dessin organise surtout l’espace ; il ne démontre pas qu’il résout le fonctionnement.

 

Briançon : Gare routière SNCF

Mon avis

L’aménagement des bus en épi, avec des quais de chargement adaptés à chaque véhicule, serait certainement beaucoup plus pratique. Il permettrait aux cars d’entrer par l’arrière, de prendre en charge leurs voyageurs sur des quais sécurisés, puis de repartir directement en marche avant. Cette organisation éviterait également une grande partie des difficultés actuelles liées à l’accès par l’avenue du Général-de-Gaulle.

Derrière l’hôtel de la Gare, il serait possible de construire un parking pour véhicules légers sur deux niveaux, organisé en alvéoles. Pour relier ce parking à la gare routière, deux solutions pourraient être envisagées : la création d’un passage souterrain réservé aux piétons ou, si cette réalisation se révélait trop coûteuse, l’installation d’un passage protégé équipé de feux tricolores à commande manuelle. Les voyageurs pourraient ainsi traverser en toute sécurité, sans perturber continuellement la circulation des bus.

Il faudrait également installer un « cédez-le-passage » rue Oronce-Fine afin de donner la priorité aux véhicules sortant de la gare routière. Cette priorité profiterait aux cars et aux bus de ligne, mais surtout aux véhicules des pompiers, dont la caserne se trouve à proximité et qui doivent pouvoir intervenir sans perdre de temps au milieu de la circulation.

Enfin, l’espace situé immédiatement devant la gare pourrait rester prioritairement réservé aux taxis, comme c’est déjà le cas actuellement, mais en étant véritablement réaménagé. Les dépose-minute pourraient être placés à proximité du parking des véhicules légers, afin d’empêcher les automobilistes de pénétrer dans la gare routière et d’encombrer les emplacements destinés aux transports collectifs.

Cette organisation aurait le mérite de séparer clairement les usages : les cars et les bus dans une gare routière exclusivement conçue pour eux, les véhicules légers dans un parking suffisamment dimensionné, et les taxis devant le bâtiment voyageurs. Chacun disposerait ainsi de son propre espace, sans que les voitures particulières viennent bloquer les bus aux heures d’arrivée et de départ des trains.

 

Briançon : Gare routière SNCF
Briançon : Gare routière SNCF

Parking VL :

Derrière l'hôtel de la gare, à la place de l’actuel parking en terre battue, dont la surface défoncée rend l’accès et la circulation extrêmement compliqués, particulièrement en hiver, la construction d’un parking semi-enterré en alvéoles sur deux niveaux constituerait une solution rationnelle et durable. En exploitant correctement toute la surface disponible, il pourrait accueillir au total environ 250 à 300 véhicules légers. Son accès serait naturellement interdit aux véhicules utilitaires, qui occupent actuellement une part importante de cet espace sans que celui-ci soit destiné à leur stationnement permanent.

Un tel équipement ne coûterait probablement même pas le prix du mur d’escalade financé par la Ville. Et dans le cadre des quelque 300 millions d’euros annoncés pour préparer l’accueil des Jeux olympiques de 2030, son financement ne représenterait qu’une goutte d’eau dans cet océan de dépenses. À la différence de certains équipements essentiellement liés à l’événement, ce parking répondrait à un besoin quotidien et resterait utile aux habitants, aux voyageurs et aux visiteurs bien après la fin des Jeux.

Ce serait précisément cela, un véritable héritage olympique : profiter des investissements engagés pour résoudre durablement un problème qui existe depuis des décennies, au lieu de laisser derrière les Jeux quelques installations spectaculaires et un parking toujours aussi défoncé.

Un cabinet d’architectes, qui n’utilise pas quotidiennement les lieux et ne les connaît peut-être qu’à travers une visite ponctuelle sur le site, ne peut remplacer l’expérience de ceux qui fréquentent cette gare en permanence : les voyageurs, les taxis, les chauffeurs de bus et les conducteurs de cars. Ce sont eux qui connaissent les difficultés réelles, les mouvements de circulation, les périodes d’affluence, les correspondances et les blocages qui se produisent chaque jour.

La solution proposée ne serait d’ailleurs probablement pas plus coûteuse que la création, de l’autre côté des voies, d’une nouvelle route destinée à faire circuler des bus et des taxis. Une telle infrastructure imposerait des travaux importants, tout en éloignant une partie des transports du bâtiment voyageurs et en obligeant les clients à emprunter systématiquement la passerelle.

Le déplacement des taxis serait particulièrement incompréhensible. Leur emplacement actuel, immédiatement devant la gare, leur permet d’être visibles et accessibles dès la sortie du train. Les installer de l’autre côté des voies leur ferait perdre une part importante de leur clientèle, car de nombreux voyageurs choisiraient une autre solution plutôt que de franchir une passerelle avec leurs valises pour trouver un taxi. Réaménager leur station actuelle serait bien plus logique que de les éloigner artificiellement de ceux qu’ils sont censés transporter.

Bien entendu, je pourrais présenter ce projet à la municipalité, mais je doute que cette dernière prenne réellement en considération l’avis d’une personne qui n’a pas été élue, comme si tout ce qui venait d’un simple citoyen était nécessairement dépourvu de valeur.

À méditer.

Bonne journée à tous.

 

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