La place de la place

Publié le par François Ihuel

 

Les verts à la place des bleus, convoitée par les rouges à la place des verts (c'est un peu la même chose), convoitée par les bleus à la place des rouges.

Et on recommence

 

La place de la place

La fabrique de la complexité

Autrefois, on tenait ses comptes sur un coin de table.

Deux colonnes, un crayon, et du bon sens, aujourd’hui, il faut un cabinet, un expert, un logiciel et un mot de passe à rallonge.

On a inventé la complexité comme d’autres inventent la pénurie : pour faire vivre ceux qui la gèrent.

Celui qui comprend encore ce qu’il gagne et ce qu’il dépense devient suspect — il échappe à la machine, il pense trop librement.

Le monde moderne n’aime pas les simples, il préfère ceux qui paient pour comprendre ce qu’ils savaient déjà.

Alors les comptables prospèrent, non pas parce que les chiffres sont durs, mais parce que les règles sont tordues. Les cabinets de comptabilité sont les premiers gagnants.

Moi, je ne déteste pas les comptables, je déteste seulement qu’on ait rendu la logique payante.

 

La place de la place

La fabrique de pauvres

On a inventé un monde où tout se vend, sauf la dignité, et pour que cette machine tourne, il faut des pauvres. Pas des mendiants, non — des travailleurs dociles, endettés, fatigués, qui remercient quand on les exploite poliment.

La pauvreté moderne n’a plus de haillons : elle porte un smartphone à crédit et roule dans une voiture qu’elle ne possède pas. C’est une pauvreté propre, silencieuse, programmée pour consommer juste assez pour ne pas mourir — et trop peu pour s’émanciper.

Autrefois, les pauvres faisaient peur parce qu’ils avaient faim, aujourd’hui, on les rassasie de publicité. On leur sert le rêve en tube, la réussite en slogan, l’illusion du choix dans un monde où tout est verrouillé d’avance.

L’école forme des consommateurs, pas des consciences. Le travail nourrit la dette plus que l’assiette, et les gouvernements s’applaudissent de maintenir “la paix sociale” pendant que la dignité s’effrite au fond des poches.

Les pauvres ne se fabriquent plus dans la misère, mais dans la dépendance, on les gave de crédits, de paperasses, de fausses aides, de distractions médiatiques. On les rend complices malgré eux, en leur faisant croire qu’ils participent à un progrès dont ils ne verront jamais la couleur. Et ceux qui refusent le jeu deviennent suspects : on les traite d’asociaux, de complotistes, de marginaux. C’est le prix de la lucidité.

La fabrique de pauvres ne produit pas de la misère visible — elle produit du consentement. Les gens s’habituent à n’avoir presque rien, du moment qu’on leur laisse un écran et un ticket de caisse.

Ils votent pour ceux qui les saignent, en espérant qu’un jour le couteau changera de main, mais le manche reste toujours du même côté.

Moi, je ne crois plus à la fatalité. Je crois seulement qu’on a remplacé la justice par la gestion, et la liberté par la distraction.

Le vrai courage aujourd’hui, ce n’est pas de survivre dans le système, c’est de continuer à penser en dehors de lui.

Et penser, ça ne rapporte rien — c’est pour ça que c’est devenu un acte de résistance.

Mais il y a les partis politiques pour changer tout ça.

 

La place de la place

La place à la place de la place

Les partis politiques ne proposent plus un idéal, mais un produit, chacun vend sa marchandise :

  • Les Verts vendent la culpabilité et la taxe morale.
    Sous couvert d’écologie, ils transforment chaque geste de vie en source de fiscalité.
    L’air, l’eau, la route, tout devient prétexte à payer pour “sauver la planète”.
    Résultat : plus de contrôle, moins de liberté, et toujours plus d’impôts.

  • Les Rouges vendent l’espoir, la promesse, et l’illusion.
    Leur discours se nourrit des blessures sociales, promettant à chacun une place qu’ils savent inexistante.
    L’égalité devient une utopie rentable, un carburant électoral inépuisable.

  • Les Bleus vendent le profit.
    Leur modèle repose sur la croissance sans limite et le culte du rendement.
    L’humain devient une variable d’ajustement, la planète un stock, et la misère un coût acceptable.

Ainsi, la politique n’occupe plus sa place : elle a pris la place de la morale, de l’économie, et même de la foi. On n’élit plus des dirigeants, mais des vendeurs d’idéologies.

Dans ce grand théâtre, qu’on appelle politique, la place n’est jamais qu’un siège vide entre deux ambitions. Celui qui la prend croit qu’elle lui revient de droit, celui qui l’a perdue estime qu’on la lui a volée, et celui qui la convoite prépare déjà sa revanche.

Alors tout le monde se déplace, se remplace, et finit par se perdre dans le labyrinthe du pouvoir.

On ne défend plus une idée, on défend sa place.

L’idéologie devient un prétexte, le programme une vitrine, et la conviction un souvenir. Le citoyen, lui, regarde ce manège, croyant encore que la place changera la société, alors qu’en réalité ce sont toujours les mêmes qui changent de place.

À force de vouloir être à la place de celui qui y était, ils ont fini par effacer le sens de la place elle-même. Il ne reste plus que des gens assis là où d’autres rêvaient d’être, attendant à leur tour d’être déplacés.

La politique moderne, c’est ça : une succession d’échanges de fauteuils, de mots recyclés et de promesses qui tournent sur elles-mêmes. Et pendant que la scène se répète, le public continue d’applaudir, espérant que le prochain acteur, lui, jouera un rôle différent.

Une fois qu’ils ont pris la place, ils risquent d’être déplacés par ceux qui avaient perdu la place qu’ils occupent désormais. En somme, ils se sont mis à la place de ceux qui voulaient leur place, et tout recommence : la place à la place de la place. 

Ce qui fait que, finalement, tous ceux qui sont en place ne sont jamais à leur place, mais continuellement à celle des autres.

 

La place de la place

La République des Illusions

La République est devenue une chimère, plus personne ne croit à rien, et pourtant tout le monde croit à tout.

Chaque élection présidentielle ressemble à une pièce de théâtre dont on connaît déjà la fin : un nouvel acteur entre en scène, promet le changement, puis finit par rejouer le même rôle, avec les mêmes répliques usées.

Tous les six ans, nous changeons de président comme on change de pansement sur une plaie qui ne cicatrise pas. Nous nous racontons que le prochain sera meilleur que le précédent, que cette fois-ci, “ça ira mieux”. Mais plus les présidents passent, plus ils se ressemblent — des arrivistes, des opportunistes, ou parfois un peu moins nigauds, mais toujours plus rusés, plus calculateurs, plus requins.

Les pays les plus stables ne sont pas ceux qui changent de dirigeants comme de chemise, mais ceux qui s’appuient sur une continuité, sur une colonne vertébrale politique solide.

Nous, en revanche, avons transformé notre Assemblée en un cirque permanent, où les clowns rivalisent de discours creux pour amuser la galerie et conserver leurs privilèges. 

Chaque élu veut “la place” — pas pour servir, mais pour se servir.

Ce n’est plus la République du peuple, mais celle des places bien chauffées, une République d’ego, de carrières et d’apparences.

Et tant que le peuple continuera d’applaudir ce spectacle, les marionnettes pourront danser encore longtemps sur le dos de ceux qui les ont élues.

Et bien vous ne savez pas ? Le peuple approuve et en redemande.

Quand on aime !!!

Une page personnelle dans la journée.

Bonne journée à tous.

 

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