Briançon : ville dortoir

Publié le par François Ihuel

 

Il fut un temps, une petite ville de montagne

transformée en banlieue urbaine

 

Sans compter les hôtels et autres résidences en projet.
Sans compter les hôtels et autres résidences en projet.
Sans compter les hôtels et autres résidences en projet.
Sans compter les hôtels et autres résidences en projet.

Sans compter les hôtels et autres résidences en projet.

BRIANÇON, VILLE-DORTOIR : QUAND LE TOURISME CHASSE LES HABITANTS

À force de vouloir accueillir tout le monde, Briançon risque de ne plus pouvoir loger les siens.

Il fut un temps où Briançon était avant tout une ville de montagne, avec son caractère, son histoire, ses habitants, ses commerces et sa vie quotidienne. Une ville où l'on travaillait, où l'on élevait ses enfants, où l'on construisait son avenir.

Aujourd'hui, je regarde son évolution avec une inquiétude grandissante.

Les hôtels poussent comme des champignons, les appartements deviennent des locations touristiques et les prix de l'immobilier s'éloignent progressivement des moyens financiers de ceux qui vivent et travaillent ici.

Briançon devient une ville-dortoir. Mais une ville-dortoir pour qui ?

Des appartements pour les touristes, mais plus pour les habitants. Le développement des locations de courte durée, notamment par l'intermédiaire de plateformes comme Airbnb, transforme progressivement le marché immobilier. Pourquoi louer un appartement à l'année à une famille lorsque quelques semaines de location touristique peuvent rapporter davantage ? 

Le calcul financier est vite fait. Mais ses conséquences humaines sont considérables.

Des jeunes qui voudraient s'installer ne trouvent plus de logement à un prix raisonnable. Des salariés doivent chercher toujours plus loin. Des familles quittent la ville. Quant aux travailleurs saisonniers, pourtant indispensables à l'activité touristique, ils rencontrent eux aussi des difficultés pour se loger.

Ce phénomène n'est d'ailleurs pas une simple impression. La crise du logement dans le Briançonnais est désormais reconnue, et les locations touristiques participent à la pression exercée sur le parc immobilier. À quoi sert une ville qui attire des milliers de visiteurs si elle ne permet plus à ses propres habitants d'y vivre ?

Les Jeux olympiques de 2030 : une opportunité pour qui ?

Avec la perspective des Jeux olympiques d'hiver de 2030, l'immobilier briançonnais suscite de nouvelles convoitises. L'hébergement touristique devient un enjeu économique majeur. Les hôtels se développent, les projets immobiliers se multiplient et chaque appartement susceptible d'accueillir des visiteurs représente une source potentielle de revenus.

Je ne prétends pas que toutes ces transformations soient directement provoquées par les Jeux olympiques. Mais il serait bien naïf de croire qu'un événement de cette importance n'influence pas les stratégies immobilières. La municipalité présente les Jeux comme une formidable occasion de développer Briançon.

Soit.

Mais développer une ville, est-ce simplement construire, rénover, accueillir des touristes et multiplier les capacités d'hébergement ? Ou est-ce d'abord permettre à sa population de vivre convenablement ?

On nous annonce près de 215 logements à terme dans les projets du Fort des Trois-Têtes et de la Schappe, dont une partie à vocation sociale. C'est une perspective intéressante. Encore faudra-t-il connaître les prix, les conditions d'attribution et surtout vérifier que ces logements répondront réellement aux besoins des Briançonnais.

Car promettre des logements ne signifie pas nécessairement les rendre accessibles. Une ville où l'on dort, mais où travaille-t-on ? Le logement n'est qu'une partie du problème. Encore faut-il trouver du travail.

Briançon possède une économie fortement liée au tourisme, aux services et aux activités saisonnières. Ces secteurs sont nécessaires, mais ils ne peuvent pas, à eux seuls, garantir à toute une population des emplois stables, correctement rémunérés et permettant de construire un avenir.

Comment un jeune couple peut-il envisager de s'installer durablement lorsque les loyers augmentent et que les perspectives professionnelles restent limitées ? Comment conserver nos jeunes si nous ne leur offrons ni logement accessible ni véritable avenir économique ?

Une ville ne vit pas uniquement de ses hôtels, de ses restaurants et de ses commerces saisonniers, elle vit de ses habitants, de ses artisans, de ses salariés, de ses familles, de ses écoles et de ses services publics.

Lorsque cette population commence à partir, c'est toute la vie locale qui s'appauvrit. Briançon perd progressivement son caractère montagnard. C'est peut-être ce qui me préoccupe le plus.

Briançon n'est pas une station balnéaire que l'on pourrait déplacer à 1 300 mètres d'altitude, c'est une ville de montagne, avec une identité particulière, une architecture, une histoire militaire, des traditions et une manière de vivre façonnée par son environnement.

Or, à force de vouloir développer l'attractivité touristique, on risque de transformer cette ville en simple produit commercial. Des résidences touristiques, des hôtels, des commerces destinés aux visiteurs, des logements occupés quelques semaines par an et des rues qui changent de population au rythme des vacances.

Est-ce cela, l'avenir de Briançon ? Une ville pleine pendant les vacances et progressivement désertée par ceux qui devraient y vivre toute l'année ? Le tourisme doit rester une activité au service du territoire, et non devenir une activité à laquelle le territoire serait entièrement soumis.

La responsabilité des élus.

Je ne reproche pas à un propriétaire de chercher à rentabiliser son bien. Je ne reproche pas davantage à un entrepreneur de développer une activité hôtelière. Mais les élus ont précisément pour responsabilité de veiller à ce que les intérêts économiques particuliers ne finissent pas par compromettre l'intérêt général.

Il existe des moyens d'agir : encadrement des locations touristiques dans les limites prévues par la loi, fiscalité adaptée, développement de logements permanents, mobilisation des logements vacants, soutien à l'emploi local et politique foncière cohérente. Encore faut-il avoir la volonté de les utiliser.

Je souhaiterais notamment que la municipalité publie un état précis du nombre de logements destinés à la location touristique, de leur évolution et de leurs conséquences sur le marché locatif permanent. Il serait également intéressant de connaître le nombre de Briançonnais contraints de s'installer dans les communes voisines faute de pouvoir se loger dans leur propre ville. Car avant de multiplier les grands projets, il faudrait peut-être commencer par mesurer leurs conséquences sur la population.

Et après 2030 ?

Les Jeux olympiques dureront quelques semaines. Les bâtiments, les investissements, les charges d'entretien et les transformations de la ville resteront. Qui occupera tous ces hébergements après les Jeux ? Quel sera leur taux d'occupation ? Combien d'emplois permanents auront réellement été créés ? Et surtout, combien de Briançonnais auront encore les moyens de vivre à Briançon ?

Voilà les questions auxquelles j'aimerais entendre des réponses précises, plutôt que des discours sur l'attractivité, le rayonnement international et les retombées économiques.

Je ne suis pas opposé au tourisme. Il serait absurde de l'être dans une région comme la nôtre, mais je refuse de considérer comme une réussite le développement d'une ville qui finirait par exclure financièrement ceux qui en constituent la population permanente.

Une ville n'est pas un hôtel à ciel ouvert, elle n'est pas davantage un portefeuille immobilier destiné à produire des revenus touristiques. C'est avant tout un lieu de vie.

Et lorsqu'une ville devient trop chère pour ses habitants, lorsqu'elle ne leur offre plus suffisamment de travail et lorsqu'elle perd progressivement son identité, il faut avoir le courage de se demander si l'on parle encore de développement ou simplement d'exploitation économique du territoire.

Briançon doit rester une ville où l'on vit, pas seulement une ville où l'on vient dormir.

Et je crains qu'à force de vouloir vendre la montagne, on finisse par en chasser ceux qui la font vivre.

 

Briançon : ville dortoir

Monsieur le maire,

je ne vous demande pas la lune, simplement de faire votre travail.

Je ne demande pas au maire de Briançon de résoudre le carré de l'hypoténuse, ni de réinventer les mathématiques, encore moins de transformer notre ville en paradis terrestre.

Je lui demande simplement de remplir la mission pour laquelle il a été élu : servir la population et gérer l'argent public dans l'intérêt collectif.

Les impôts que nous payons ne sont pas des contributions volontaires destinées à satisfaire les ambitions personnelles des élus, ni à financer systématiquement des projets dont l'utilité quotidienne pour les habitants reste à démontrer.

Ils servent avant tout à assurer le fonctionnement des services publics, à entretenir les infrastructures, à maintenir les équipements collectifs en état et à garantir aux habitants des conditions de vie convenables.

L'entretien des routes, des trottoirs, des réseaux et des bâtiments publics devrait constituer une priorité permanente.

Avant de songer à embellir les pignons des immeubles avec des œuvres picturales, aussi intéressantes soient-elles, encore faudrait-il s'assurer que les chaussées qui passent devant ces immeubles soient correctement entretenues.

Je ne suis pas opposé à l'art, à la culture ou à l'embellissement de notre ville. Bien au contraire. Mais il existe un ordre de priorité qui me semble relever du simple bon sens.

On entretient d'abord ce qui existe, on répond ensuite aux besoins essentiels de la population et, lorsque les finances le permettent, on envisage les dépenses d'agrément.

Ce n'est pas refuser le progrès que de demander qu'il soit précédé d'une gestion responsable.

Il en va de même pour les opérations immobilières et les investissements privés.

Qu'une municipalité cherche à développer son territoire, à attirer des entreprises ou à favoriser l'activité économique, rien de plus normal. Mais ce développement ne devrait jamais faire oublier ceux qui vivent déjà sur ce territoire, qui y travaillent et qui contribuent chaque année à son financement.

Une ville n'est pas uniquement un espace disponible pour les promoteurs, les investisseurs et les opérations de prestige.

Une ville est d'abord un lieu de vie, avec des habitants dont les besoins doivent être entendus et respectés.

Il ne s'agit pas d'opposer systématiquement les investissements privés à l'intérêt général, mais de veiller à ce que le second ne soit jamais sacrifié au profit des premiers.

Je ne demande pas davantage au maire de Briançon de réaliser des miracles financiers. Je sais parfaitement qu'un budget municipal comporte des contraintes, des obligations et des dépenses incompressibles.

Mais c'est précisément pour cette raison que les choix budgétaires doivent être réfléchis, hiérarchisés et expliqués.

Lorsque les moyens sont limités, la priorité devrait être donnée à ce qui est indispensable plutôt qu'à ce qui est simplement souhaitable.

Et puis, lorsqu'on est titulaire d'un master en économie, savoir compter ne devrait tout de même pas relever de l'exploit intellectuel. Établir des priorités budgétaires, distinguer les dépenses indispensables des dépenses accessoires et gérer correctement l'argent des contribuables devraient être des compétences élémentaires.

Encore qu'en matière d'économie, à Briançon, je me pose de sérieuses questions.

Car, au-delà des choix budgétaires que je conteste, je nourris personnellement des suspicions quant à l'utilisation de certains fonds publics, au point de m'interroger sur l'existence éventuelle de détournements.

Je parle bien de suspicions, et je n'ai aucune intention de les présenter comme des faits démontrés. Mais je n'ai pas davantage l'intention de taire mes interrogations sous prétexte qu'elles pourraient déranger.

L'argent public n'est pas une caisse privée dans laquelle les élus pourraient puiser à leur convenance. Chaque euro dépensé doit pouvoir être justifié, chaque décision expliquée et chaque bénéficiaire identifié lorsque la transparence des finances publiques l'exige.

Car lorsqu'on sait manipuler les chiffres et les formules mathématiques, on sait également comment les présenter, les arranger et, éventuellement, en dissimuler certaines réalités derrière des montages comptables suffisamment complexes pour décourager le commun des contribuables.

La maîtrise de l'économie et des mathématiques n'est pas nécessairement une garantie de transparence. Elle peut aussi devenir un excellent moyen de rendre incompréhensible ce qui devrait être parfaitement clair.

Je ne prétends pas que ce soit nécessairement le cas à Briançon, mais c'est précisément cette possibilité qui nourrit mes suspicions et justifie mes interrogations.

Après tout, ce n'est pas parce que les comptes sont mathématiquement justes qu'ils racontent nécessairement toute la vérité.

Ce que j'attends d'un maire, ce n'est pas qu'il laisse son nom associé à une réalisation spectaculaire. C'est qu'il laisse derrière lui une commune correctement entretenue, des finances maîtrisées et des habitants dont les préoccupations quotidiennes auront été prises en considération.

Un mandat municipal n'est pas une récompense personnelle, c'est une responsabilité temporaire confiée par les citoyens.

Et cette responsabilité implique une évidence que l'on semble parfois oublier : l'argent public n'appartient pas aux élus. Ils n'en sont que les gestionnaires.

Alors, Monsieur le Maire, je ne vous demande ni l'impossible ni l'extraordinaire.

Je vous demande simplement de respecter l'esprit de vos engagements et de ne jamais oublier que la première richesse de Briançon n'est ni son patrimoine immobilier, ni ses projets d'investissement, ni ses façades décorées.

Sa première richesse, ce sont les Briançonnais.

Et c'est à eux que doit revenir, en priorité, le bénéfice de l'argent qu'ils contribuent à verser dans les caisses publiques.

Ce n'est pas une exigence démesurée.

C'est simplement ma conception du service public.


 

Cendrier urbains collectifs
Cendrier urbains collectifs

Cendrier urbains collectifs

Des semaines que ça se dégrade.

Il s'agit de l'arrêt de bus "Espace Sud", situé dans la zone d'activité sud de Briançon, un arrêt fréquenté quotidiennement par les usagers des transports en commun.

On se demande surtout comment se fait-il que cet aménagement, qui n'a pourtant pas été refait il y a si longtemps, soit déjà dans un tel état de dégradation. Le revêtement se désagrège, des trous apparaissent et certaines parties de la chaussée semblent s'affaisser. De quoi s'interroger sur la qualité des travaux réalisés, mais également sur leur suivi et leur entretien.

À ce rythme, faudra-t-il attendre qu'un usager trébuche, qu'une personne se blesse ou qu'un véhicule soit endommagé pour envisager une intervention ?

On s'interroge aussi sur ce qui est justifiable aux yeux de la municipalité ou de la CCB, dont les responsables sont en partie les mêmes, et sur la manière dont on peut en arriver à une telle négligence et à un tel état d'abandon.

Il serait intéressant de savoir qui a commandé ces travaux, qui les a réceptionnés, quelles garanties étaient prévues et surtout pourquoi aucune réparation durable ne semble avoir été entreprise.

Car l'entretien des voiries et des équipements publics ne devrait pas être une préoccupation secondaire. Il fait partie des services essentiels que les habitants sont en droit d'attendre des collectivités auxquelles ils versent leurs impôts.

Avant de multiplier les projets d'envergure et les dépenses destinées à améliorer l'image touristique de Briançon, il serait peut-être judicieux de commencer par entretenir correctement ce qui existe déjà.

Un arrêt de bus en bon état ne fait peut-être pas rêver les visiteurs, mais il rend quotidiennement service aux Briançonnais.

 

Vieille ville
Vieille ville
Vieille ville
Vieille ville
Vieille ville

Vieille ville

Est-il normal...

...qu'une ville comme Briançon, dont les fortifications sont inscrites au patrimoine mondial de l'UNESCO, et qui accueille chaque année des touristes venus de tous horizons, présente dans certains secteurs de sa vieille ville un état d'entretien aussi déplorable ?

Il ne s'agit pourtant pas de petites dégradations apparues récemment. Dans certaines rues, les pavés sont disjoints, les revêtements se détériorent, les irrégularités se multiplient et l'ensemble donne une impression d'abandon difficilement compatible avec le prestige historique que la municipalité ne manque pas de mettre en avant.

Non seulement ces dégradations ne semblent pas faire l'objet de réparations durables, mais elles s'aggravent d'année en année. À force de laisser les choses se détériorer, les interventions nécessaires deviennent inévitablement plus importantes et plus coûteuses. Ce qui aurait pu être réparé à moindre coût finit par nécessiter des travaux beaucoup plus conséquents.

Je possède des photographies de ces mêmes endroits prises il y a une vingtaine d'années. La comparaison est particulièrement révélatrice. On mesure ainsi l'évolution de la dégradation, non pas sur quelques semaines ou quelques mois, mais sur plusieurs décennies.

Cela pose une question essentielle : comment peut-on laisser se détériorer progressivement un patrimoine dont on revendique pourtant la valeur historique et touristique ?

Le classement à l'UNESCO constitue une reconnaissance prestigieuse, mais il devrait également s'accompagner d'une exigence permanente d'entretien et de préservation. Il ne suffit pas d'afficher ce classement sur les documents touristiques ou de s'en servir pour promouvoir l'image de Briançon.

Encore faut-il que cette reconnaissance se traduise concrètement dans l'état des lieux.

Je ne demande pas que l'on transforme la vieille ville en décor artificiel destiné aux visiteurs. Bien au contraire. Son charme réside précisément dans son authenticité, ses ruelles, ses pavés, ses bâtiments anciens et son histoire. Mais préserver l'authenticité d'un lieu ne signifie pas accepter sa dégradation.

Les habitants de la vieille ville, tout comme les visiteurs, devraient pouvoir circuler dans des rues correctement entretenues, sans avoir à surveiller constamment les irrégularités du sol.

Je m'interroge également sur les priorités budgétaires de la municipalité. Comment peut-on envisager de nouveaux aménagements, multiplier les projets et consacrer des sommes importantes à l'attractivité touristique, tout en laissant certaines parties du patrimoine existant se dégrader ?

L'entretien régulier coûte de l'argent, certes. Mais l'absence d'entretien finit généralement par en coûter davantage.

À mes yeux, la première responsabilité d'une municipalité n'est pas de multiplier les réalisations spectaculaires, mais de prendre soin de ce dont elle a déjà la charge.

Briançon possède un patrimoine exceptionnel. Ce patrimoine ne doit pas devenir une simple vitrine touristique dont on soigne la publicité en négligeant progressivement l'entretien.

Car à quoi sert de faire venir des visiteurs du monde entier pour leur présenter une ville historique si l'on n'est même plus capable d'en assurer convenablement la conservation ?

La vieille ville de Briançon mérite mieux qu'une politique de réparation occasionnelle. Elle mérite un entretien suivi, cohérent et durable, à la hauteur de son histoire et de sa valeur patrimoniale.

Et surtout, elle mérite que l'on cesse de confondre la promotion du patrimoine avec sa préservation.

Quel flagrant contraste entre les efforts déployés pour le cœur de ville et l'abandon caractéristique, et à mes yeux volontaire, de ce qui constitue pourtant le phare historique et touristique de Briançon !

 

Briançon : ville dortoir
Briançon : ville dortoir

Rencontre accidentelle, non désirée.

 

À l'occasion des dernières élections, j'ai rencontré presque accidentellement Monsieur le Maire. Il faut dire que nos rencontres sont plutôt rares, tant il semble avoir tendance à m'éviter, quelles que soient les démarches que j'entreprends pour obtenir un rendez-vous.

J'ai néanmoins profité de cette rencontre pour lui parler de l'état particulièrement préoccupant de certaines rues de Briançon, notamment de la rue Alfred-Mondet.

L'échange fut naturellement assez bref. Monsieur le Maire semblait, comme souvent lorsqu'il s'agit de me consacrer quelques minutes, particulièrement pressé.

Il m'a expliqué qu'avant de refaire cette rue, il fallait d'abord procéder aux travaux d'assainissement.

Ce dont je me doute parfaitement. Lorsqu'une chaussée est dans un tel état de dégradation, il ne s'agit évidemment pas de se contenter d'y déposer une mince pellicule d'asphalte à moindre coût, histoire de masquer provisoirement les dégâts. Il faut reprendre ce qui doit l'être, à commencer par les réseaux souterrains, afin d'effectuer ensuite une réfection sérieuse et durable.

Encore faut-il programmer ces travaux intelligemment.

La rue Alfred-Mondet constitue notamment le seul accès au collège des Garcins. La circulation y est particulièrement importante pendant les périodes scolaires, avec les transports d'élèves, les véhicules des parents et les déplacements quotidiens. Elle dessert également le secteur du Pont-de-Cervières.

Il paraît donc évident qu'un chantier d'une telle importance devrait être organisé pendant les vacances scolaires, afin de limiter autant que possible les perturbations de circulation et les difficultés d'accès au collège.

Mais au-delà des contraintes techniques, qui sont parfaitement compréhensibles, se pose une autre question : celle des priorités budgétaires.

Quand une municipalité trouve de l'argent pour réaliser de grandes fresques sur les façades des immeubles, quand elle engage des dépenses considérables pour la rénovation d'un équipement sportif, dont le montant évoqué atteint 15 millions d'euros, quand elle consacre, selon les chiffres avancés, 1 500 000 euros à un mur d'escalade dont l'utilisation me paraît particulièrement limitée, comment expliquer que l'entretien des rues demeure dans un état aussi préoccupant ?

Je ne conteste pas nécessairement l'intérêt de ces réalisations. Je conteste la priorité qui leur est accordée lorsque des équipements et des infrastructures indispensables à la vie quotidienne restent insuffisamment entretenus.

Car les impôts prélevés auprès de la population doivent aussi servir à cela : entretenir les routes, les trottoirs, les réseaux, les bâtiments et l'ensemble des équipements publics.

Ce n'est pas une faveur que les administrés sollicitent auprès de leurs élus. C'est la contrepartie normale des contributions qu'ils versent à la collectivité.

Je ne demande pas que l'on refasse toutes les rues de Briançon en quelques semaines. Je demande simplement que l'entretien des infrastructures existantes soit considéré comme une priorité permanente et non comme une dépense que l'on reporte indéfiniment au profit de réalisations plus visibles.

Il est toujours plus valorisant d'inaugurer un nouvel équipement ou de présenter une fresque monumentale que de faire photographier une chaussée fraîchement rénovée.

Mais une ville ne se gère pas uniquement à coups d'inaugurations et d'opérations de communication.

Elle se gère d'abord en répondant aux besoins de ceux qui y vivent.

Et lorsqu'on dispose des moyens nécessaires pour financer des aménagements coûteux, il devient parfaitement légitime de demander pourquoi certaines rues, empruntées quotidiennement par des centaines d'usagers, continuent à se détériorer.

L'entretien de la voirie n'est pas un luxe. C'est une nécessité, une question de sécurité et une responsabilité publique.

À Briançon, il serait peut-être temps de se rappeler que les impôts des habitants ne sont pas uniquement destinés à embellir la ville, à accueillir des touristes, à ouvrir grandes les portes aux promoteurs et aux investisseurs, mais également à la maintenir en état.

Monsieur le Maire, les Briançonnais quittent la ville pour trouver moins cher ailleurs, pour accéder à des logements financièrement abordables et pour trouver du travail. Pendant ce temps, les établissements touristiques se multiplient et les projets immobiliers continuent de transformer notre environnement.

À force de privilégier l'accueil des visiteurs et les investissements touristiques, ne risque-t-on pas d'oublier ceux qui vivent ici toute l'année, qui travaillent, qui élèvent leurs enfants et qui contribuent au financement de cette ville ?

Monsieur le Maire, allez-vous finir par devenir le maire d'un complexe hôtelier pour touristes plutôt que celui d'une ville habitée par des Briançonnais

Bonne journée à tous.

 

Briançon : ville dortoir
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