Rencontre littéraire avec Claude Arnaud
Claude Arnaud, critique littéraire,
écrivain primé au Fémina,
jury littéraire.
Photo retouchée avec ChatGPT afin de supprimer les autres clients du Nemours, au Palais-Royal, qui n'avaient pas donné leur accord pour apparaître sur cette photographie.
Une heure d'échanges autour de la littérature, de l'écriture et de l'intelligence artificielle.
J'ai eu le plaisir de rencontrer Claude Arnaud, écrivain et critique littéraire, avec lequel nous avons discuté pendant plus d'une heure. Une rencontre particulièrement intéressante au cours de laquelle nous avons abordé différents sujets, mais principalement celui qui nous rapproche : la littérature.
Lorsque deux personnes qui écrivent se rencontrent, il est assez naturel que la conversation s'oriente vers les livres, leur conception, leur écriture et les motivations qui poussent un auteur à coucher ses pensées sur le papier.
Nous avons également abordé un sujet devenu presque incontournable aujourd'hui : l'intelligence artificielle et sa place dans la création littéraire.
Il serait absurde de nier que l'intelligence artificielle occupe désormais une place dans le monde de l'édition. Certains ouvrages sont effectivement rédigés, en totalité ou en grande partie, par des systèmes informatiques. Il existe donc des auteurs qui n'ont pratiquement jamais pris la plume ni posé les doigts sur un clavier pour écrire les textes qu'ils publient.
Mais il serait tout aussi absurde de considérer que tous les écrivains utilisant l'intelligence artificielle fonctionnent de cette manière.
Il existe une différence fondamentale entre demander à une machine d'écrire un livre et utiliser cette même machine pour corriger un texte que l'on a personnellement rédigé.
Cette distinction me paraît essentielle.
Un écrivain possède son histoire, son imagination, sa sensibilité, ses expériences, ses souvenirs et sa manière particulière de les raconter. C'est cet ensemble qui constitue son identité littéraire.
L'intelligence artificielle peut intervenir dans le travail de présentation, de correction ou d'illustration. Elle peut faciliter certaines opérations autrefois longues et fastidieuses. Mais son utilisation ne signifie pas nécessairement qu'elle soit à l'origine de l'œuvre.
Au cours de notre conversation, Claude Arnaud m'a demandé combien de temps il me fallait pour écrire un livre.
Il semblait assez admiratif devant ma cadence de publication et le nombre d'ouvrages que j'avais réussi à faire paraître en relativement peu de temps.
Je lui ai expliqué que cette productivité avait plusieurs raisons.
Tout d'abord, je n'ai pas commencé à écrire le jour où mes premiers livres ont été publiés. Certains textes existaient depuis longtemps, parfois sous forme de manuscrits inachevés, de récits à reprendre ou de projets que j'avais laissés de côté.
Ensuite, j'ai derrière moi une existence particulièrement remplie, une multitude d'expériences professionnelles, de rencontres, de déplacements et de situations qui constituent une réserve considérable de souvenirs et d'inspiration.
Je n'ai donc pas besoin d'inventer systématiquement une histoire pour trouver quelque chose à raconter. Bien souvent, il me suffit de puiser dans ce que j'ai vécu.
Quant à mes romans, ils sont le produit de mon imagination, de mes réflexions et de cette faculté que possède l'esprit humain de construire des univers, des personnages et des situations qui n'existent pas nécessairement dans la réalité.
Enfin, il faut distinguer le temps nécessaire pour imaginer une œuvre, celui consacré à sa rédaction et celui indispensable à sa préparation avant publication.
Ce sont trois choses différentes.
J'ai donc expliqué très clairement à Claude Arnaud que j'utilisais effectivement l'intelligence artificielle ChatGPT.
Je n'en fais aucun mystère et je ne vois d'ailleurs aucune raison de le dissimuler.
Son intervention concerne essentiellement la correction orthographique, grammaticale et la ponctuation de mes manuscrits. Elle m'aide également à réaliser certaines illustrations destinées à mes livres ou à mes publications.
Mais je lui impose une règle fondamentale : ne pas réécrire mes textes.
Mes tournures, ma syntaxe, mes expressions et parfois même mes constructions inhabituelles font partie de mon écriture. Je n'ai aucune envie de les voir disparaître au profit d'une littérature uniformisée, dans laquelle tous les auteurs finiraient par employer les mêmes formulations.
Il arrive d'ailleurs que nous ayons quelques désaccords, ChatGPT et moi, lorsqu'il tente de corriger ce que je considère comme une particularité volontaire de mon expression.
Et dans ce cas, c'est moi qui décide.
Il ne faut pas confondre la correction d'un texte avec sa création.
Un correcteur humain qui intervient sur un manuscrit n'en devient pas l'auteur. Il en va de même pour une intelligence artificielle utilisée dans cette fonction.
Je lui ai donc précisé qu'aucun de mes livres n'avait été rédigé par ChatGPT.
Les histoires, les personnages, les dialogues, les descriptions, les réflexions et les événements que je raconte sont les miens.
La machine intervient après moi, pas à ma place.
Cette conversation m'a également amené à réfléchir à une question plus générale.
L'intelligence artificielle peut produire des milliers de pages. Elle peut construire des phrases parfaitement correctes, imaginer des situations et reproduire différents styles littéraires.
Mais elle ne possède pas une existence humaine comparable à celle de l'écrivain.
Elle n'a pas vécu son enfance, connu ses premières amours, exercé ses métiers, traversé ses difficultés, rencontré les personnages qui ont marqué sa vie.
Elle peut décrire un voyage en mer, mais elle n'a jamais senti un navire rouler sous ses pieds. Elle peut raconter la conduite d'un train, mais elle n'a jamais éprouvé les sensations d'une locomotive lancée sur ses rails.
Elle peut raconter la misère, la joie, la peur ou la passion en s'appuyant sur les innombrables textes dont elle a appris les structures.
Mais décrire une expérience et l'avoir personnellement vécue restent deux réalités différentes.
Cela ne signifie pas que l'intelligence artificielle soit incapable de produire un texte intéressant. Cela signifie simplement que son rapport à l'écriture n'est pas celui d'un être humain.
Et cette différence mérite d'être préservée.
Je comprends parfaitement que ma cadence de publication puisse surprendre.
Mais il faut aussi comprendre que je ne pars pas de rien.
J'ai accumulé pendant des décennies des expériences, des observations, des souvenirs et des réflexions. Mes ouvrages autobiographiques puisent dans cette matière considérable, tandis que mes romans me permettent d'explorer des univers que mon imagination construit depuis longtemps.
L'intelligence artificielle me fait gagner du temps sur les opérations techniques. Elle ne me fournit pas les années de vie nécessaires pour constituer le contenu de mes récits.
Et c'est probablement là que réside le véritable malentendu.
On peut écrire un livre en quelques semaines après l'avoir imaginé pendant des années. On peut également publier rapidement plusieurs ouvrages dont la rédaction s'est étalée sur une longue période.
La date de publication ne correspond pas nécessairement à la date de création.
J'ai particulièrement apprécié cet échange avec Claude Arnaud parce qu'il m'a permis d'aborder ces questions avec quelqu'un qui connaît le monde littéraire et les exigences de l'écriture.
Nos parcours sont différents, nos expériences également, mais la littérature offre précisément cette possibilité de réunir des personnes qui n'ont pas nécessairement emprunté les mêmes chemins.
Je retiens de cette rencontre une conversation agréable, ouverte et enrichissante, au cours de laquelle nous avons pu confronter nos expériences et nos réflexions.
Quant à l'intelligence artificielle, je continuerai à l'utiliser tant qu'elle me sera utile, sans lui abandonner ce qui constitue l'essentiel de mon travail : ma pensée, mon imagination et ma liberté d'écrire.
Ce n'est pas l'outil qui fait l'écrivain, mais ce que l'écrivain a à raconter.
Et des choses à raconter, je crois bien que j'en ai encore pour quelques années.
Comme on peut le voir sur la photo avec Claude Arnaud, mes livres sont devant lui, puisque je les lui ai offerts afin qu'il puisse les lire.
Il a déjà toute ma série "Onze métiers – Cent galères", mais également "Le Baron des Serfs", "Le Cadet du Baron" et "Roland de Perthuis".
Son regard sur ma série autobiographique lui a permis d'apprécier mon parcours, mais également cette vie d'après-guerre que j'ai connue dans le Paris d'alors.
Un Paris qui a en partie disparu, surtout les Halles et la gare parisienne de la Bastille.
J'ai apprécié qu'il fasse des comparaisons avec Zola, tant dans mes écrits que dans mon regard sur la société. Avec cette différence que Zola observait et décrivait un monde dont il n'avait pas nécessairement vécu toutes les réalités, alors que, pour ma part, je raconte ce que j'ai personnellement vécu.
Je ne doute pas un seul instant qu'il portera autant d'attention aux ouvrages que je lui ai remis.
Ce QR code vous permet, d'un simple geste avec votre téléphone, d'accéder directement à la page à laquelle il renvoie, sans avoir à saisir une adresse Internet.
Vous pourrez ainsi poursuivre votre découverte de mon univers littéraire, de mes récits autobiographiques et de mes romans, au fil des ouvrages que je publie.
Une autre façon de prolonger cette rencontre littéraire, cette fois à travers mes écrits.
Une occasion de revenir aux sources, accompagné d'une de mes filles, Aurore qui m'a servi de copilote sur ces trajets que je n'effectue plus tout seul.
Bonne journée à tous.
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