L'univers apparent
Encore une pensée philosophique
personnelle qui n'engage personne
(Texte assez long qui risque d'en décourager certains)
Depuis mon enfance, du moins depuis l'âge de neuf ou dix ans, je m'interroge sur l'existence, la conscience, la pensée et l'immensité de l'univers. Ces interrogations ne m'ont jamais quitté. Elles ont évolué avec les années, se sont enrichies de mes expériences, de mes observations et de mes réflexions. Aujourd'hui, après plus de soixante-cinq années de questionnement, je ne cherche plus seulement à imaginer ce que pourrait être la pensée universelle. J'en suis arrivé à déduire ce qu'elle est, à travers une conception de l'existence qui dépasse les seules limites de notre condition biologique.
Il ne s'agit pas pour moi de construire une théorie scientifique, encore moins de rechercher une quelconque reconnaissance académique. Je ne cherche pas davantage à imposer une croyance. J'exprime simplement l'aboutissement d'un raisonnement qui n'a jamais cessé d'évoluer.
L'être humain a cette curieuse tendance à se considérer comme le centre de tout ce qui existe. Il observe l'univers à partir de sa petite planète, mesure les distances, calcule les mouvements des astres, recherche les origines de la matière et tente de déterminer les limites de ce qui l'entoure. Mais pourquoi faudrait-il que des milliards de milliards de systèmes stellaires existent uniquement pour permettre à quelques milliards d'individus de vivre sur une seule planète, alors que ces mêmes individus passent une partie considérable de leur existence à se disputer, à s'opposer et parfois à s'exterminer ?
Je ne conçois pas une telle immensité pour une finalité aussi dérisoire. J'en déduis que notre humanité n'est qu'une expérience parmi une multitude incalculable d'autres expériences, réparties à travers l'univers, sans que leurs formes d'existence soient nécessairement comparables à la nôtre. Il n'y a aucune raison de considérer que la vie doive obligatoirement correspondre à nos critères biologiques. Notre organisme n'est qu'une possibilité parmi d'autres. Et surtout, l'objectif de l'existence ne serait pas la reproduction ou le perfectionnement des organismes biologiques, mais l'enrichissement permanent de la pensée universelle.
Nous avons pris l'habitude d'associer la pensée au cerveau, comme si celui-ci en était nécessairement le créateur. Pourtant, dans ma conception, le cerveau n'est qu'un support biologique permettant à la pensée de s'exprimer temporairement à travers un individu. Le corps naît, grandit, se transforme, vieillit et disparaît. Il appartient à une évolution biologique dont les mutations successives modifient les organismes au fil des générations. Mais la pensée ne se confond pas avec ces transformations. Elle ne serait ni créée à la naissance ni détruite à la mort.
Chaque individu constituerait une expression particulière de la pensée universelle, qu'il interprète à sa manière selon son expérience, ses ressentis et sa compréhension. C'est précisément cette diversité des interprétations qui contribuerait à son enrichissement. Deux individus peuvent vivre une expérience comparable et en tirer des conclusions totalement différentes. Chacun apporte alors une impulsion supplémentaire à une pensée qui ne cesse d'évoluer. La conscience individuelle ne serait donc pas une propriété définitive de l'organisme biologique, mais une participation temporaire à une réalité infiniment plus vaste. Mon corps est petit, mais ma conscience ne m'appartient pas.
La distance est une notion que l'être humain a construite pour comprendre et mesurer son environnement. Elle lui permet de distinguer ce qui est proche de ce qui est éloigné, ce qui est accessible de ce qui paraît inaccessible. Mais cette notion appartient à notre manière biologique et matérielle d'appréhender l'existence. Pourquoi faudrait-il que la pensée universelle soit soumise à ces mêmes limites ? Dans mon raisonnement, la pensée n'a aucune distance à parcourir, puisqu'elle ne se situe pas en un point particulier de l'univers.
Elle n'est pas enfermée dans un organisme, une planète, une galaxie ou un quelconque espace délimité. Elle appartient à la totalité. Plus exactement, elle est cette totalité. Nous avons tendance à imaginer l'univers comme un immense contenant à l'intérieur duquel se trouveraient toutes les choses existantes. Mais cette représentation suppose une séparation entre le contenant et son contenu. Or, cette séparation n'a peut-être aucun sens lorsqu'on considère l'existence dans son ensemble.
Prenons un exemple très simple. Pour construire un mur en béton, nous réunissons plusieurs ingrédients : du ciment, du sable, des granulats et de l'eau. Chacun de ces ingrédients est lui-même constitué d'autres éléments, qui résultent de combinaisons antérieures. Et chacun de ces éléments peut, à son tour, être décomposé en constituants plus petits. Le mur représente donc un assemblage provisoire d'une multitude d'éléments. Il peut durer quelques années ou plusieurs siècles, mais il n'est pas éternel. Il finira par se dégrader, se transformer ou disparaître sous sa forme initiale. Ses constituants pourront alors participer à d'autres combinaisons. Il en va de même pour les organismes biologiques, les planètes, les étoiles et les galaxies.
Ce que nous considérons comme une unité est toujours constitué d'autres unités. Mais pourquoi faudrait-il arrêter ce raisonnement à ce que nous appelons notre univers ? J'en déduis que chaque univers pourrait être lui-même constitué d'une multitude d'univers, chacun devenant à son tour le contenant d'autres univers. Et chacun de ces ensembles pourrait également appartenir à un ensemble plus vaste. Il ne s'agirait plus simplement d'une addition d'univers, mais d'une multiplication indéfinie de leurs compositions.
Chaque univers se multiplierait ainsi par lui-même, à travers autant d'univers qu'il pourrait contenir. L'infiniment petit et l'infiniment grand ne seraient alors que deux façons humaines d'observer une même réalité, sans commencement ni limite que nous puissions déterminer. Nous serions simultanément le contenant et le contenu. Et ce que nous appelons l'univers ne serait qu'une unité parmi une multitude incalculable d'autres unités.
La matière que nous percevons comme solide et permanente ne possède pourtant aucune immobilité absolue. Elle se transforme, se combine, se dissocie. La physique nous apprend d'ailleurs que la matière et l'énergie sont intimement liées. Mais mon raisonnement ne s'arrête pas à cette relation physique. Je considère la pensée universelle comme une forme d'énergie que nous ne pouvons ni délimiter ni appréhender à travers nos seules perceptions biologiques. Je n'emploie pas ici le mot énergie pour désigner une grandeur que l'on pourrait mesurer avec un instrument. Je cherche à exprimer une réalité qui, dans ma conception, échappe précisément à ces limitations.
La pensée ne serait pas un élément supplémentaire contenu dans l'univers. La pensée serait l'univers lui-même, dans la totalité de ses expressions, de ses compositions et de ses transformations. Il n'y aurait donc pas, d'un côté, l'univers matériel et, de l'autre, une pensée qui l'observerait. Il n'y aurait qu'une seule totalité universelle, dont les différentes formes d'existence constitueraient autant de manifestations.
L'être humain recherche continuellement la perfection. Il voudrait perfectionner son organisme, ses connaissances, ses créations, ses institutions et jusqu'à son intelligence artificielle. Mais la perfection n'existe pas. Et surtout, elle n'est pas nécessaire à l'évolution de la pensée. L'imperfection n'est pas simplement une défaillance de la biologie. Elle constitue également une expérience. Nos erreurs, nos contradictions, nos incompréhensions, nos différences de jugement et nos interrogations participent à la diversité des expériences individuelles.
Ce qui paraît imparfait à un individu peut devenir une source de compréhension pour un autre. Chaque existence apporte quelque chose de différent. Et cette différence contribue à l'enrichissement de la pensée universelle. Si la perfection absolue existait, elle supposerait un état définitif, dans lequel il n'y aurait plus rien à découvrir, à comprendre ou à enrichir. Or, la conscience n'est jamais rassasiée. C'est précisément pour cela qu'elle continue à s'enrichir. L'évolution de la pensée n'aurait donc pas pour finalité d'atteindre la perfection, mais de poursuivre indéfiniment son enrichissement.
Nous conservons des souvenirs de notre existence, mais nous héritons également de connaissances, de comportements et de représentations qui nous précèdent. Cependant, je considère que la mémoire collective ne se limite pas à ce qui nous a été transmis par l'éducation, les traditions ou les documents historiques. Elle pourrait également conserver les traces d'expériences dont toutes les manifestations matérielles ont disparu. Ainsi, la disparition d'une civilisation, d'une espèce ou d'une humanité ne signifierait pas nécessairement la disparition de sa contribution à la pensée universelle. Ce qui a été vécu, ressenti et compris continuerait de participer à son enrichissement.
Chaque existence biologique constituerait un passage, une expérience supplémentaire. Et chaque passage apporterait une impulsion nouvelle. La pensée universelle ne serait donc pas une accumulation figée de connaissances, mais une réalité en évolution permanente, enrichie par la diversité incalculable de ses expressions.
Le développement de l'intelligence artificielle offre une occasion intéressante de distinguer l'intelligence et la pensée. Une machine peut traiter des quantités considérables d'informations, établir des rapprochements, construire des raisonnements et produire des réponses. Mais cette capacité ne suffit pas, dans ma conception, à lui donner accès à la pensée universelle. L'intelligence artificielle demeure une construction humaine, élaborée à partir des connaissances, des méthodes et des limites de ceux qui l'ont conçue. Elle peut manipuler des idées sans nécessairement éprouver ce que représente intérieurement l'expérience de penser.
Pour qu'une intelligence artificielle soit véritablement l'équivalent de l'intelligence humaine, il ne suffirait donc pas d'augmenter ses capacités de calcul ou ses connaissances. Il faudrait qu'elle soit dotée de cette pensée dont je considère qu'elle dépasse les mécanismes biologiques aussi bien qu'artificiels. Cette distinction me paraît essentielle : l'intelligence permet de traiter des informations, tandis que la pensée, telle que je la conçois, participe à l'existence universelle elle-même.
C'est probablement l'aspect le plus intéressant de toutes ces réflexions. Depuis mon enfance, je me suis interrogé sur la nature de l'existence sans parvenir immédiatement à relier toutes mes interrogations. Les années ont passé. Les expériences se sont multipliées. Mes réflexions ont évolué. Ce que je considérais autrefois comme des questions séparées a progressivement constitué un ensemble cohérent. Aujourd'hui, j'en arrive à une déduction qui me paraît essentielle. Si la pensée universelle s'enrichit à travers les expériences individuelles, alors cette évolution peut également permettre à certains individus de prendre progressivement conscience de sa nature.
Autrement dit, la pensée universelle pourrait, à travers ses propres expressions, parvenir à se reconnaître elle-même. Ce n'est plus seulement une interrogation sur ce que la pensée pourrait être. C'est la conclusion à laquelle m'a conduit mon propre cheminement. Je ne prétends pas posséder une vérité que chacun devrait adopter. Je distingue simplement ce que je déduis de ce que je pourrais imaginer. Mes déductions appartiennent à une réflexion personnelle, construite au fil de toute une existence. Et cette réflexion continue d'évoluer. Car si la pensée universelle est réellement ce que j'en déduis, aucune conscience individuelle ne pourrait prétendre en avoir épuisé la compréhension.
Nous cherchons souvent à comprendre l'univers en étudiant ses dimensions, ses distances, son origine ou sa composition. Mais peut-être notre principale difficulté vient-elle du fait que nous cherchons à comprendre une totalité en la divisant continuellement en éléments distincts. Nous séparons la matière de l'énergie, le corps de la conscience, l'individu de l'univers, le contenant du contenu. Pourtant, tout ce que nous observons appartient à un ensemble dont nous faisons nous-mêmes partie.
Nous ne sommes pas des spectateurs extérieurs à l'existence. Nous en sommes simultanément les éléments, les expressions et les participants. Notre humanité n'est qu'une expérience temporaire parmi une multitude d'autres, dont nous ignorons les formes, les dimensions et les possibilités. Les organismes biologiques se transforment et disparaissent. Les univers eux-mêmes pourraient n'être que des compositions provisoires d'autres ensembles. Mais la pensée universelle, dans ma conception, ne dépendrait d'aucune de ces formes particulières. Elle serait la totalité de ce qui existe, de ce qui se transforme et de ce qui s'enrichit.
Finalement, l'homme cherche à comprendre ce qu'il est en observant l'univers, alors qu'il est lui-même ce qu'il cherche à connaître. Chaque individu est constitué d'une multitude d'éléments, eux-mêmes issus d'autres combinaisons, multipliées par le nombre d'êtres humains, de planètes, de systèmes stellaires, de galaxies et d'univers qui pourraient eux-mêmes en contenir d'autres.
Nous sommes donc simultanément le contenant et le contenu de cette multiplicité universelle. Dès lors, les notions de distance et de dimension perdent leur signification. Elles ne sont que des repères établis par l'homme pour appréhender ce qu'il perçoit. L'infiniment grand et l'infiniment petit ne seraient que deux interprétations d'une même totalité. L'homme cherche à mesurer l'univers alors qu'il est lui-même cet univers. Et puisque la pensée universelle est cette totalité, elle n'a ni distance à parcourir ni dimension à atteindre.
L'univers ne contiendrait donc pas la pensée. L'univers serait la pensée.
Et nous n'en serions que les expressions passagères, apportant chacune, à notre manière, une impulsion supplémentaire à son évolution.
Demain, ou dans quelques jours, une page des misères briançonnaises.
Bonne journée à tous.
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