Briançon - La folie des grandeurs

Publié le par François Ihuel

 

Quelle lucidité pour l'avenir ?

 

Briançon n’a pas besoin de rêves démesurés

ni de projets taillés pour des investisseurs de passage

 

Briançon - La folie des grandeurs

Briançon, Serre-Chevalier et l’illusion du tourisme de luxe

Depuis quelque temps, une idée semble s’imposer chez certains décideurs locaux : transformer Briançon et la vallée de Serre-Chevalier en destination capable d’attirer une clientèle aisée, voire très aisée. On voit apparaître des projets d’hôtels haut de gamme, des investissements importants, des programmes ambitieux. Comme si la vallée devait soudain rejoindre les stations alpines réputées pour leur luxe et leur clientèle internationale.

Mais une question simple se pose : est-ce réellement en accord avec la nature de ce territoire ?

Serre-Chevalier ne s’est pas construite sur ce modèle. La station s’est développée à une époque où la montagne devenait accessible à un grand nombre de Français grâce aux congés payés. La clientèle qui fréquente la vallée depuis des décennies est avant tout composée de familles, de skieurs réguliers, de vacanciers attachés à une montagne encore vivante et relativement accessible. C’est cette fréquentation qui a façonné l’identité du lieu.

Vouloir transformer cette réalité pour attirer une clientèle plus fortunée peut sembler séduisant sur le papier. Mais dans la pratique, ces clientèles ne choisissent pas leurs destinations au hasard. Elles se dirigent vers des stations dont l’image est installée depuis longtemps, où le luxe est omniprésent, où les infrastructures et l’environnement social correspondent à leurs attentes.

Serre-Chevalier n’est pas Courchevel, ni Megève, ni Val-d’Isère. Et il est peu probable qu’elle le devienne simplement en construisant quelques hôtels quatre étoiles.

Construire des établissements capables de facturer des chambres à plus de cent euros la nuit suppose l’existence d’une clientèle prête à payer ces prix de manière régulière. Si cette clientèle n’est pas réellement présente, les difficultés économiques apparaissent rapidement. On commence d’ailleurs à voir certains signes inquiétants lorsque des structures ouvertes récemment rencontrent déjà des problèmes financiers.

Le risque de ce type de stratégie est de reposer sur une illusion : celle de croire qu’un territoire peut changer de catégorie touristique par simple volonté politique ou par quelques investissements spectaculaires. L’histoire des stations de montagne montre pourtant que l’identité d’un lieu se construit lentement, au fil des décennies, avec une clientèle fidèle et une image cohérente.

Chercher à copier le modèle des stations les plus luxueuses peut conduire à un résultat paradoxal. On risque de perdre ce qui faisait l’authenticité et l’accessibilité de la vallée sans réussir pour autant à attirer la clientèle visée.

Serre-Chevalier possède pourtant de véritables atouts : un grand domaine skiable, une vallée habitée toute l’année, une montagne encore authentique et une fréquentation familiale fidèle. C’est peut-être dans cette identité qu’elle trouve sa véritable force.

À vouloir transformer trop vite un territoire pour répondre à des ambitions économiques ou à des projets prestigieux, on prend parfois le risque de construire des infrastructures qui ne correspondent pas à la réalité du terrain.

L’avenir dira si ces choix étaient visionnaires ou s’ils auront conduit à un pari difficile à tenir. Mais une chose est certaine : la montagne ne se transforme pas par décret. Elle évolue avec le temps, avec ceux qui la vivent et avec ceux qui la fréquentent.

Briançon - La folie des grandeurs
Briançon - La folie des grandeurs

Je vous promet 600 lits en 4 étoiles.

C'était la vision du maire sortant de Briançon qui se représente avec des projets encore plus grandioses. 

Un exemple récent illustre particulièrement bien les fragilités de cette stratégie fondée sur une montée en gamme touristique. Le Grand Hôtel installé dans le bâtiment de Collaud, ouvert il y a à peine quelques mois, a déjà été placé en redressement judiciaire. Cet établissement, qui devait incarner le renouveau hôtelier de Briançon et symboliser l’arrivée d’une clientèle plus aisée dans la ville, se retrouve aujourd’hui confronté à des difficultés financières majeures.

Lors de son ouverture, le projet avait pourtant été largement présenté comme une réussite et comme un signe du repositionnement touristique de la ville vers un tourisme plus haut de gamme. L’idée était claire : attirer une clientèle disposant d’un pouvoir d’achat plus élevé, susceptible de consommer davantage dans les hôtels, les restaurants et les commerces locaux. Dans les discours officiels, ce type d’établissement devait contribuer à transformer l’image de Briançon et à renforcer son attractivité face à d’autres stations alpines plus réputées.

Mais la réalité économique semble déjà rappeler certaines limites. Un hôtel de standing ne peut fonctionner durablement que si la clientèle correspondante existe réellement et de manière régulière. Or la vallée de Briançon reste un territoire de montagne relativement enclavé, avec une fréquentation touristique très saisonnière et fortement dépendante de l’enneigement. Lorsque la neige se fait plus rare et que les saisons d’hiver se raccourcissent, l’équilibre économique de ce type d’établissement devient rapidement fragile.

Le placement rapide de ce premier hôtel en redressement judiciaire montre à quel point ce modèle peut reposer sur des hypothèses optimistes. On peut toujours imaginer attirer une clientèle haut de gamme sur le papier, mais encore faut-il que cette clientèle ait réellement envie de venir séjourner à Briançon de façon durable. La concurrence est forte dans les Alpes, notamment avec des stations beaucoup plus connues et plus facilement accessibles.

Cet épisode devrait inviter à une certaine prudence dans la manière dont on envisage le développement touristique de la ville. Les projets ambitieux et les discours sur la montée en gamme peuvent être séduisants, mais ils doivent rester en phase avec la réalité économique du territoire. L’exemple du Grand Hôtel de Collaud montre que la transformation touristique d’une ville ne se décrète pas simplement par la construction d’établissements prestigieux.

Avant de multiplier ce type d’initiatives, il serait peut-être nécessaire de s’interroger plus largement sur le modèle touristique réellement adapté à Briançon. Une ville de montagne comme celle-ci ne peut pas forcément rivaliser avec les grandes stations internationales sur le terrain du luxe. Son avenir repose peut-être davantage sur un tourisme authentique, accessible et durable, en lien avec son patrimoine, son histoire et son environnement naturel.

Dans ce contexte, l’exemple du Grand Hôtel apparaît comme un signal d’alerte. Il montre que les paris économiques fondés sur une clientèle haut de gamme peuvent se révéler beaucoup plus fragiles qu’ils ne le paraissent lorsqu’ils sont annoncés. Et il rappelle qu’un développement équilibré doit toujours partir des réalités du territoire plutôt que de projections trop ambitieuses.

 
Briançon - La folie des grandeurs
Briançon - La folie des grandeurs

Attention : Danger de promesses inconnues

Le projet de transformation du fort des Trois Têtes à Briançon en village olympique pour les Jeux d’hiver de 2030 suscite de nombreuses interrogations. Présenté comme une opportunité de développement pour la ville, il apparaît pour beaucoup d’habitants comme un pari financier risqué et une opération dont les conséquences pourraient être lourdes pour l’avenir du territoire.

Le fort des Trois Têtes est un ouvrage militaire majeur qui domine Briançon et fait partie des fortifications de Vauban inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le projet prévoit d’y installer un village olympique destiné à héberger environ 1 200 athlètes pendant la durée des Jeux. Pour cela, les bâtiments devront être profondément transformés afin de créer des logements temporaires, avec l’idée qu’ils puissent ensuite être réutilisés pour former un nouveau quartier. Mais cette perspective soulève une question fondamentale : est-il raisonnable de transformer un site historique d’une telle importance pour un événement qui ne durera que quelques semaines ?

Le coût du projet constitue l’une des principales inquiétudes. Les investissements liés aux Jeux dans le Briançonnais pourraient représenter plusieurs centaines de millions d’euros, tandis que la seule réhabilitation du fort pourrait dépasser la centaine de millions. Dans un contexte de finances publiques déjà fragiles, beaucoup se demandent si ces dépenses correspondent réellement aux priorités d’un territoire comme Briançon et qui assumera finalement la facture.

Le calendrier extrêmement serré ajoute également aux incertitudes. Les travaux devront être réalisés en quelques années seulement, alors que de nombreux chantiers olympiques devront être menés simultanément dans les Alpes. Cette pression temporelle fait craindre des décisions précipitées, des dépassements de coûts ou des réalisations menées dans l’urgence.

Au-delà de l’aspect financier, le projet soulève aussi des questions environnementales et patrimoniales. La transformation d’un site historique situé dans un environnement naturel fragile apparaît pour certains en contradiction avec les discours qui présentent ces Jeux comme durables et respectueux des territoires.

Les promoteurs du projet affirment que les infrastructures serviront ensuite au développement de la ville, notamment pour créer des logements ou des activités nouvelles. Pourtant, l’histoire des Jeux olympiques montre que de nombreuses installations construites pour l’occasion ont parfois du mal à trouver une véritable utilité une fois l’événement terminé.

Pour beaucoup d’habitants, ce projet donne l’impression d’une fuite en avant. Briançon reste une petite ville de montagne, enclavée et fragile économiquement. Transformer un site historique classé en village olympique temporaire représente un chantier considérable dont les bénéfices à long terme restent incertains.

L’empressement de certains investisseurs à se lancer dans une opération aussi risquée interroge également. Personne n’engage de telles sommes sans garanties solides. Il est donc légitime de se demander quelles promesses ou quelles compensations pourraient se négocier en coulisses pour rendre cette opération acceptable financièrement.

Les habitants n’ont pas non plus oublié les projets passés qui avaient été présentés comme des solutions miracles avant de se terminer dans la confusion. L’ancien projet municipal abandonné après une affaire d’escroquerie reste encore dans les mémoires et rappelle qu’une ville doit rester prudente face aux montages trop ambitieux.

Au fond, la question reste simple : ce projet sert-il réellement l’intérêt de Briançon et de ses habitants, ou est-il devenu le symbole d’une ambition politique déconnectée des réalités du territoire ? Dans une ville qui a déjà connu trop de promesses non tenues, beaucoup estiment qu’il serait temps de privilégier des projets plus raisonnables, adaptés à la réalité d’une ville de montagne et à l’avenir de ses habitants.

Ce qui n'engage que moi : Il est évident que le maire sortant ne va pas s'arrêter à ces projets, la tirelire fiscale est là pour financer. Quand j'entends, et que je lis que la ville n'a qu'une petite part à payer, c'est oublier un peu facilement que toutes les finances, d'où qu'elles viennent, sortent toujours du même porte-monnaie, le contribuable.

Ce motif souvent avancé pour laisser entendre qu'on épargne les contribuables c'est un énorme mensonge auquel, hélas, beaucoup croient.

Je me suis laissé dire que Monsieur le Maire se serait offert, en mairie, un bureau à 120 000 euros, Question ? À confirmer mais émanent de personnes bien informées

Savoir que le projet mairie c'était un devis de 12 000 000 d'euros, la facture c'est 22 000 000 d'euros, presque le double.

 

Auteurs : Thibaut Durand / Hans Lucas

Auteurs : Thibaut Durand / Hans Lucas

Un rendez-vous aléatoire

Briançon est une ville particulière. Ce n’est pas une station construite d’un seul bloc comme certaines stations alpines modernes. La ville s’est développée par couches successives, au fil du temps, avec des quartiers qui ressemblent davantage à des villages accolés les uns aux autres qu’à un ensemble urbain cohérent. Autour de la vieille ville fortifiée se sont ajoutés des morceaux de ville, parfois sans véritable plan d’ensemble.

Cette organisation rend la circulation difficile et donne souvent l’impression d’une ville fragmentée. Ce n’est pas forcément un défaut pour une ville de montagne habitée toute l’année, mais cela devient plus compliqué lorsqu’on imagine un développement touristique haut de gamme nécessitant une accessibilité fluide, des espaces organisés et une cohérence urbaine.

Attirer une clientèle aisée suppose en général des infrastructures très lisibles, une circulation simple, une offre concentrée et une image clairement identifiée. Briançon ne correspond pas vraiment à ce modèle. La ville reste avant tout une ville alpine vivante, avec ses quartiers, ses contraintes géographiques et son histoire.

À cela s’ajoute un facteur que l’on ne peut plus ignorer aujourd’hui : l’évolution de l’enneigement. Pendant longtemps, la montagne pouvait compter sur des saisons hivernales longues et relativement régulières. Il n’était pas rare d’avoir plusieurs mois de neige continue. Aujourd’hui, la situation est beaucoup plus incertaine. Certaines années, la neige arrive tard, fond vite ou reste limitée à quelques semaines. Lorsque l’on atteint deux mois d’enneigement correct, on considère déjà la saison comme satisfaisante.

Ce changement doit forcément entrer dans les réflexions sur l’avenir de la vallée. Les investissements lourds dans le tourisme hivernal reposent sur une condition essentielle : la présence régulière de neige. Si cette condition devient aléatoire, les modèles économiques construits autour de la saison d’hiver deviennent plus fragiles.

C’est pour cela que les choix d’aménagement et de développement doivent être réfléchis avec beaucoup de prudence. Les territoires de montagne ont toujours su s’adapter, mais ils doivent rester en accord avec leurs réalités géographiques, climatiques et sociales.

DEMAIN, DANS LES URNES, PENSEZ À L’AVENIR DE CEUX QUI PAIERONT TOUT CELA : VOS ENFANTS ET VOS PETITS-ENFANTS.

Une dette, qu'on reconduit éternellement, c'est une dette permanente pour les foyer briançonnais, pas pour ceux qui en titrent profits.

Bonne journée à tous.

 

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F
Le bon sens près de chez vous qui semble faire grandement défaut à M. Murgia qui se croit dans le Var...
Répondre
F
Je pense, vu les résultats, que ça satisfait pas mal de monde. Ma foi, quand on aime les dettes on avalise. Merci de votre commentaire.