Briançon. Les aberrations sécuritaires
Les catastrophes qui
ont pour origine l'incivilité
Le stationnement anarchique
Surtout quand il y a beaucoup de place ailleurs, seulement marcher, maintenant c'est devenu une corvée.
Un véhicule garé devant un accès de secours, un local technique, une borne incendie, une entrée d’immeuble, une voie étroite ou un emplacement réservé peut sembler, pour celui qui l’abandonne là, n’être qu’une petite entorse au règlement. « Je n’en ai que pour cinq minutes », « je ne gêne personne », « les autres peuvent passer » : les mêmes excuses reviennent sans cesse. Jusqu’au jour où il faut intervenir. Ce jour-là, les cinq minutes deviennent une éternité.
Lorsqu’un incendie se déclare, les premières minutes sont essentielles. Le feu ne patiente pas pendant que l’on recherche le propriétaire d’un véhicule mal stationné. Un local technique peut contenir une installation électrique, un dispositif de chauffage, des équipements de ventilation, des commandes de sécurité ou des réseaux indispensables. S’il devient inaccessible, les secours ou les techniciens peuvent perdre un temps précieux avant de pouvoir couper une alimentation, ouvrir un accès ou maîtriser un départ de feu. Un véhicule placé devant cet accès peut donc transformer un incident encore contrôlable en catastrophe impossible à contenir.
Le problème n’est pas seulement qu’un automobiliste commette une erreur exceptionnelle. Le problème est que ces comportements sont permanents, répétés et résurgents. On verbalise un jour, puis le lendemain un autre véhicule prend la même place. On installe un panneau, mais il est ignoré. On peint une interdiction au sol, mais elle devient rapidement invisible aux yeux de ceux qui ne veulent pas la voir. À force, l’interdit perd toute signification. Le stationnement gênant devient une habitude, le passage protégé devient une place disponible, le trottoir devient un parking et l’accès technique devient un simple recoin où l’on peut abandonner sa voiture.
Il faut poser la question franchement : ceux qui se garent devant un accès sensible sont-ils inconscients, ou sont-ils incapables de mesurer les conséquences de leurs actes ? Dans les deux cas, le résultat est inquiétant. Conduire un véhicule ne consiste pas seulement à savoir tourner un volant, changer de vitesse ou utiliser un clignotant. Cela suppose aussi de comprendre son environnement, d’anticiper les risques et de respecter les règles destinées à protéger les autres. Un conducteur qui ne voit pas un panneau d’interdiction, qui ne comprend pas qu’un local technique doit rester accessible ou qui considère que sa commodité personnelle passe avant la sécurité collective pose un véritable problème de responsabilité.
L’une des phrases les plus absurdes reste : « Je ne gêne pas. » Celui qui affirme cela ne sait généralement rien des besoins réels du lieu qu’il bloque. Il ne sait pas quel véhicule peut devoir intervenir, quelle porte doit s’ouvrir, quelle manœuvre doit être réalisée ni à quelle vitesse il faudra agir. Il juge uniquement avec ses propres yeux, dans une situation calme, au moment où rien ne se passe. Mais la sécurité ne se prévoit pas lorsque l’incendie a déjà commencé. Elle se prépare avant. Un accès doit rester libre précisément parce que personne ne peut prévoir l’instant où il deviendra nécessaire.
Le plus révoltant est qu’après une catastrophe, on reproche souvent aux secours leur manque de rapidité. On demande pourquoi les pompiers n’ont pas pu intervenir plus tôt, pourquoi les techniciens n’ont pas coupé l’alimentation, pourquoi l’incendie s’est propagé ou pourquoi les dégâts ont été aussi importants. Mais on oublie trop vite les véhicules mal garés, les accès obstrués, les voies trop étroites, les bornes inutilisables et tous les obstacles posés par ceux qui pensaient n’en avoir que pour quelques minutes. Les secours ont besoin de circuler, de stationner, de déployer du matériel et d’accéder immédiatement aux installations. Une voiture laissée au mauvais endroit peut suffire à casser toute une chaîne d’intervention.
Les panneaux ne servent à rien s’ils ne sont pas respectés. Les interdictions ne servent à rien si elles ne sont jamais contrôlées. Les règlements ne servent à rien si tout le monde sait qu’il peut les ignorer sans conséquence. Il ne s’agit pas de réclamer une répression aveugle pour le plaisir de sanctionner. Il s’agit de comprendre que certaines interdictions existent pour une raison précise. Devant un local technique, une borne incendie, un accès réservé ou une voie de secours, la tolérance ne devrait pas être la règle. Il faut que les forces de l’ordre puissent intervenir, verbaliser et, lorsque la sécurité l’exige, faire enlever rapidement le véhicule.
Certaines personnes confondent liberté et absence totale de contrainte. Elles considèrent qu’un emplacement libre leur appartient dès lors qu’elles peuvent y faire entrer leur voiture. Mais l’espace public n’est pas une zone sans règles. Il est partagé entre tous, y compris avec ceux qui auront peut-être besoin d’être secourus. La liberté de stationner ne peut pas inclure le droit d’empêcher une intervention, de bloquer une installation sensible ou de compliquer l’action des secours. La voiture ne donne aucun privilège particulier. Elle impose au contraire davantage de responsabilités.
L’incivilité n’est jamais anodine lorsqu’elle touche à la sécurité. Tant qu’aucun incident ne se produit, chacun croit que son comportement est sans conséquence. Puis un feu se déclare, une personne doit être évacuée, un réseau doit être coupé, un véhicule de secours doit passer, et l’on découvre brutalement que l’accès est bloqué. À ce moment-là, il est trop tard pour rechercher le conducteur, trop tard pour discuter, trop tard pour rappeler le règlement.
Une catastrophe n’est pas toujours provoquée par le feu, la panne ou l’accident. Elle peut aussi naître de l’égoïsme, de l’inconscience et de cette certitude imbécile que les règles sont toujours faites pour les autres.
Bon stationnement à tous
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