Briançon : la face cachée des désordres récurrents
Ces misères que les médias locaux nous cachent
Les cyclistes en danger permanent.
À Briançon comme dans une grande partie des Hautes-Alpes, on parle beaucoup de vélo, mais les aménagements réellement sécurisés restent insuffisants. Pourtant, sur de nombreux axes, la place existe pour créer de véritables pistes cyclables, physiquement séparées de la circulation automobile. Quelques traits de peinture sur la chaussée ne protègent personne : lorsqu’une voiture, un camion ou un car passe à quelques dizaines de centimètres d’un cycliste, celui-ci reste le plus vulnérable.
La ville de Briançon comme le Département pourraient profiter des secteurs où l’espace le permet pour construire progressivement un véritable réseau cyclable continu et sécurisé, plutôt que des portions isolées qui s’interrompent brusquement. Encourager les habitants et les touristes à utiliser le vélo est une bonne chose, mais encore faut-il leur permettre de circuler sans mettre leur vie en danger. Une vraie politique cyclable commence par une chose toute simple : séparer autant que possible les vélos des véhicules motorisés.
Briançon, patrimoine mondial… et parking à ciel ouvert
La place Vauban, au cœur de la vieille ville de Briançon, devrait être l’un des endroits où le patrimoine historique est le mieux mis en valeur.
Pourtant, lorsqu’on prend un peu de recul et qu’on regarde la place dans son ensemble, le spectacle est assez désolant : une succession de voitures stationnées dans tous les sens sur un sol dégradé, au milieu d’un site historique exceptionnel.
On parle beaucoup de tourisme, d’attractivité, d’image de la ville et de valorisation du patrimoine. Mais avant de chercher à attirer toujours davantage de visiteurs, peut-être faudrait-il commencer par regarder ce qu’on leur donne à voir.
Un site historique ne devrait pas servir de décor à un immense parking. Le patrimoine ne consiste pas seulement à conserver les bâtiments : il faut aussi respecter et mettre en valeur l’espace qui les entoure.
À voir cette place aujourd’hui, on pourrait malheureusement davantage penser à un dépôt de voitures d’occasion qu’à l’un des joyaux historiques de Briançon.
Les balais n’ont pas d’yeux
Même si dieu est tout près.
Briançon, accès à la collégiale, le 23 mai 2026.
Cette rampe est notamment destinée à permettre l’accès aux personnes handicapées. Pourtant, lorsqu’on regarde dessous, le décor est beaucoup moins prestigieux : mégots, papiers, déchets alimentaires et détritus divers s’y accumulent tranquillement.
On pourra toujours dire que les balais passent régulièrement dans le secteur. Le problème, c’est que les balais n’ont pas d’yeux. Ils vont là où on les dirige et, manifestement, personne ne pense à regarder quelques centimètres plus loin ou sous les installations.
Entretenir une ville, ce n’est pas seulement nettoyer ce qui se voit immédiatement. C’est aussi aller chercher la saleté là où elle s’accumule.
Et au-delà de l’image déplorable que cela donne, ces déchets laissés dans des endroits abrités font aussi le bonheur des rats, des insectes et autres nuisibles. À force de ne nettoyer que ce qui se voit, on finit par leur offrir le gîte, et parfois même le couvert.
Dans une ville touristique qui met en avant son patrimoine historique, quelques minutes de nettoyage ne seraient certainement pas du luxe.
Rue du Temple en vieille ville.
Dite "citée Vauban".
Graffitis : quand le provisoire devient permanent
Il y a maintenant plusieurs années, la vidéosurveillance avait été présentée comme l’un des moyens permettant de lutter contre les dégradations et les incivilités.
Soyons réalistes : identifier l’auteur d’un graffiti n’est pas toujours facile. Une caméra ne voit pas tout, les images ne permettent pas nécessairement de reconnaître quelqu’un et l’auteur peut très bien ne jamais être retrouvé.
Mais il y a une chose qui, elle, ne nécessite aucune enquête : nettoyer le graffiti.
Lorsqu’une dégradation reste visible pendant des mois, voire davantage, la question n’est plus seulement de savoir qui en est responsable. Elle devient aussi celle de l’entretien et de la réaction des services concernés.
Et lorsqu’il s’agit, comme ici, du mur d’une école maternelle, laisser ces inscriptions s’installer durablement donne une bien mauvaise image. Une école accueillant de jeunes enfants mérite tout de même autre chose que des murs abandonnés aux graffitis.
La vidéosurveillance peut éventuellement aider à retrouver les auteurs. Un seau, une brosse et un peu de volonté peuvent déjà empêcher leurs œuvres de devenir une partie permanente du décor.
Avenue Vauban : les travaux puzzle
Un petit morceau par-ci, une rustine par-là, quelques mètres refaits quand cela devient vraiment nécessaire… et ainsi, année après année, l’avenue Vauban ressemble de plus en plus à un immense puzzle de goudron.
La réfection de cette voie avait déjà été engagée sous la précédente municipalité, mais elle n’a manifestement jamais été menée dans son ensemble. Aujourd’hui encore, on continue essentiellement à réparer les morceaux les plus dégradés au lieu de reprendre véritablement la chaussée.
Le problème, c’est que nous ne sommes pas dans une quelconque petite rue industrielle. Nous sommes avenue Vauban, au cœur de la vieille ville de Briançon, dans un secteur historique classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Quand on regarde l’état du revêtement, les fissures, les reprises successives et les centaines de raccords d’enrobé, difficile de parler de mise en valeur du patrimoine. À force de réparations provisoires, le provisoire finit par devenir définitif.
On peut faire beaucoup de discours sur l’attractivité touristique et le prestige de Briançon. Mais les visiteurs, eux, regardent aussi par terre.
Un site classé à l’UNESCO mérite autre chose que des travaux puzzle et une chaussée rafistolée morceau par morceau. Un tous les dix ans.
On attend qu’elle tombe ?
Cela fait près de vingt ans que je signale régulièrement l’état de cette passerelle. J’ai consacré au fil des années de nombreuses pages de mon blog à sa dégradation. Et pendant ce temps, année après année, la corrosion poursuit tranquillement son travail.
Les photographies prises le 14 août 2026 parlent d’elles-mêmes : tôles rongées par la rouille, parties métalliques perforées, pieds de montants fortement corrodés… Il ne s’agit plus de quelques traces superficielles donnant simplement une mauvaise image.
Je ne prétends pas décider, à partir de photographies, si cette passerelle présente aujourd’hui un danger structurel. C’est précisément aux services compétents de le vérifier. Mais lorsqu’un équipement public présente extérieurement un tel niveau de corrosion, après des années de signalements, demander un véritable contrôle technique ne me paraît vraiment pas extravagant.
Alors une question toute simple : on attend quoi ?
On trouve de l’argent pour embellir la ville, notamment avec de grandes œuvres picturales réalisées sur les pignons de certains immeubles. Très bien. Mais dans ce cas, il est également permis de s’interroger sur l’ordre des priorités.
Avant d’embellir, ne faudrait-il pas entretenir ? Avant de financer ce qui se voit de loin, ne faudrait-il pas s’occuper de ce que les habitants empruntent quotidiennement ?
Cela fait vingt ans que j’en parle. Vingt ans que cette passerelle vieillit. Vingt ans que la rouille, elle, ne demande aucune autorisation pour continuer son travail.
Faudra-t-il attendre qu’un problème sérieux survienne pour découvrir soudainement qu’il était temps d’intervenir ?
Il n'y a jamais eu la moindre intervention pour ne serait-ce que faire une réparation provisoire. Ce qui prouve à quel point la municipalité se fout royalement de ses ouvrages d'art.
Quand le chasse-neige abîme le patrimoine… et qu’on laisse les dégâts
L’hiver, il faut bien déneiger les rues de Briançon. Personne ne le conteste. Mais lorsque les engins de déneigement endommagent des éléments anciens ou des ouvrages en pierre, la moindre des choses serait ensuite de les remettre en état.
Sur ces photos, on voit clairement une partie du muret et de la maçonnerie fortement détériorée, avec des pierres arrachées et des morceaux laissés sur place. Le problème n’est donc plus seulement l’accident ou le choc initial : c’est le fait que les dégâts restent ainsi pendant des mois.
Dans une vieille ville historique, on ne peut pas demander aux habitants et aux visiteurs de respecter le patrimoine si les dégradations provoquées lors de l’entretien hivernal ne sont ensuite jamais réparées.
Déneiger est indispensable. Réparer ce que l’on casse devrait l’être tout autant.
À force de laisser les blessures du patrimoine ouvertes, ce n’est plus seulement la neige qui l’abîme : c’est aussi l’absence de suivi.
Toutes ces petites choses qui finissent par pourrir la vie
Pris séparément, chacun de ces problèmes peut sembler dérisoire : un muret cassé, une grille bouchée, une passerelle qui rouille, un graffiti qui reste, une rue rafistolée, des déchets oubliés.
Mais mis bout à bout, tous ces petits désordres finissent par donner le sentiment d’une ville laissée à elle-même.
Ce ne sont pas forcément de grands travaux qui manquent. Souvent, il suffirait simplement de regarder, d’entretenir, de réparer au bon moment et de ne pas attendre que le petit problème devienne un gros chantier.
Le plus étonnant, c’est que tout cela est visible. Visible tous les jours. Visible par les habitants, les visiteurs, les services.
Et pourtant, on a parfois l’impression que personne ne voit rien.
Ou peut-être que beaucoup voient, mais que trop peu osent dire ce qui ne va pas. Comme si, peu à peu, s’était installée une forme de retenue, voire de crainte de déranger. Comme si contester une décision municipale ou simplement signaler ce qui fonctionne mal revenait presque à s’attaquer à une autorité devenue intouchable.
Un maire reste pourtant un élu. Il est là pour administrer une ville, entendre les remarques de ses habitants et leur rendre des comptes. Signaler ce qui ne va pas n’est ni une attaque ni une offense : c’est simplement exercer son droit de citoyen.
Lorsque plus personne n’ose parler, les petits problèmes deviennent invisibles non pas parce qu’ils ont disparu, mais parce qu’on s’est habitué à se taire.
Ce sont peut-être de petites choses, mais à force de s’accumuler, elles finissent par dégrader le cadre de vie, l’image de la ville et surtout la patience de ceux qui y vivent.
La peur de dire ce qui ne va pas.
On connaît tous le vieux proverbe : « Il faut savoir ménager la chèvre et le chou. » Une façon de dire qu’il faut essayer de satisfaire tout le monde, éviter les conflits et trouver un compromis.
Seulement voilà : à force de vouloir ménager tout le monde, on finit parfois par ne plus rien régler du tout.
C’est devenu une habitude dans beaucoup de domaines. On constate un problème, on sait qu’il existe, on connaît parfois même les risques, mais personne ne veut vraiment prendre une décision qui pourrait déplaire à quelqu’un. Alors on discute, on transmet, on attend, on renvoie la responsabilité ailleurs et, surtout, on évite de faire des vagues.
Pendant ce temps, le problème, lui, ne prend aucune précaution diplomatique. Il continue tranquillement à s’aggraver.
Et lorsqu’un jour les conséquences arrivent, chacun explique qu’il n’était pas vraiment responsable, qu’il ne savait pas, que cela dépendait d’un autre service ou qu’il aurait fallu prévenir plus tôt.
À force de vouloir préserver les susceptibilités, on oublie parfois ceux qui subiront réellement les conséquences de cette prudence excessive.
Alors le vieux proverbe mériterait peut-être une petite mise à jour :
« À force de vouloir ménager la chèvre et le chou, c’est le chou qui finira par bouffer la chèvre. »
C’est totalement absurde, bien sûr.
Mais finalement, certaines situations le sont tout autant.
Un élu n'est pas le maître absolu.
Financé par les contribuables, il a des comptes à rendre sur la gestion des affaires de la ville.
Il faudrait peut-être que les citoyens cessent d’avoir peur des responsables qu’ils ont eux-mêmes élus. Un maire, un député, un président ou n’importe quel autre élu n’est pas devenu notre supérieur parce qu’il a remporté une élection. Il n’est pas propriétaire de sa commune, de son département ou du pays. Il est simplement dépositaire, pour quelques années, d’un pouvoir que les citoyens lui ont confié.
Et qui dit pouvoir confié dit comptes à rendre.
Pourtant, on rencontre encore trop souvent cette étrange retenue face aux élus. On n’ose pas écrire, on n’ose pas protester, on hésite à poser une question qui dérange. Certains craignent de se faire mal voir, d’être catalogués comme opposants ou simplement de se retrouver face à une administration qui leur compliquera la vie. Cette crainte, qu'elle soit justifiée ou non selon les situations, suffit parfois à installer une forme d’autocensure.
C’est exactement le contraire de ce que devrait être une démocratie.
Un citoyen doit pouvoir demander à son maire pourquoi telle rue n’est pas entretenue, pourquoi tel équipement est abandonné, pourquoi de l’argent public est consacré à tel projet plutôt qu’à tel autre. Il doit pouvoir demander combien coûte une décision, qui l’a prise et quelles en seront les conséquences. Ce ne sont pas des questions insolentes : ce sont des questions parfaitement légitimes.
L’argent public n’appartient pas aux élus. Il provient essentiellement des contribuables et doit être employé dans l’intérêt collectif. Les bâtiments publics, les routes, les équipements et les services ne sont pas davantage la propriété de ceux qui les administrent. Les élus en ont la responsabilité pendant la durée de leur mandat, rien de plus.
Bien entendu, demander des comptes ne signifie pas insulter, menacer ou harceler. La critique peut être ferme tout en restant argumentée. Et c’est justement lorsqu’elle s’appuie sur des faits, des documents, des chiffres ou des situations concrètes qu’elle devient difficile à balayer d’un revers de main.
Il faudrait également perdre cette habitude de considérer la fonction comme supérieure à celui qui l’exerce. On peut respecter la fonction sans s’incliner devant la personne. Le maire reste un citoyen. Le député reste un citoyen. Même le président de la République reste un citoyen auquel les institutions ont confié des responsabilités particulières pour une durée déterminée.
Le bulletin de vote ne constitue d’ailleurs pas un chèque en blanc valable jusqu’à l’élection suivante. Entre deux élections, la démocratie continue. Elle existe dans les conseils municipaux, dans les associations, dans la presse, dans les courriers adressés aux administrations, dans les recours prévus par la loi et simplement dans la possibilité pour chacun de poser publiquement des questions.
Et lorsqu’un élu prend une mauvaise décision, il faut pouvoir le dire. Lorsqu’une politique semble privilégier l’image au détriment du quotidien, il faut pouvoir le dire également. Lorsqu’un projet paraît coûteux, inutile ou mal pensé, les citoyens ont parfaitement le droit d’en demander la justification.
Un responsable politique qui accepte les compliments mais supporte mal les critiques oublie une partie essentielle de sa fonction. Gouverner ou administrer, ce n’est pas seulement décider. C’est aussi expliquer, écouter, répondre et parfois reconnaître que l’on s’est trompé.
La démocratie ne fonctionne réellement que lorsque les deux côtés jouent leur rôle : des élus qui rendent des comptes et des citoyens qui n’ont pas peur de les leur demander.
Pas un mot de tout ça dans les médias locaux.
Il est vrai qu'un journal orienté à gauche, subventionné par un maire macroniste, ne peut faire sujets des dégradations urbaines qui passent à la trappe.
Parce que si toutes ces conneries étaient médiatisées, peut-être que la municipalité bougerait un peu plus.
Une suite prochaine
Bonne journée à tous.
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