Dégradation généralisée

Publié le par François Ihuel

 

Ces signes, marques du déclin du pays

 

Dégradation généralisée

La poste : le service public devenu commerce

Pendant longtemps, le principe du service public était simple : assurer à chacun un service utile, quel que soit l’endroit où il habite et même lorsque ce service n’est pas rentable. Son financement reposait en grande partie sur la collectivité, par l’impôt, les redevances ou d’autres mécanismes publics. L’objectif premier n’était donc pas de dégager un bénéfice, mais de répondre à un besoin général.

Aujourd’hui, cette logique a profondément changé. De nombreux services autrefois pensés d’abord pour l’usager fonctionnent désormais avec des méthodes proches de celles d’une entreprise privée : réduction des coûts, suppression de ce qui rapporte peu, automatisation, fermeture de guichets, diminution du personnel et transfert d’une partie du travail vers le client.

La Poste en est un bon exemple. Lorsqu’on supprime des boîtes aux lettres parce qu’elles ne sont pas assez utilisées, qu’on réduit les horaires d’un bureau ou qu’on demande aux usagers de se déplacer davantage, la décision peut être rationnelle du point de vue comptable. Mais elle l’est beaucoup moins du point de vue du service rendu à la population.

C’est là toute la contradiction. Un service public devrait justement maintenir certaines prestations même lorsqu’elles coûtent plus qu’elles ne rapportent, parce que leur utilité ne se mesure pas seulement en argent. Une boîte aux lettres dans un village, un guichet accessible ou une présence humaine peuvent sembler peu rentables, mais ils restent indispensables pour certaines personnes.

À force de vouloir gérer les services publics comme des entreprises, on risque donc d’en conserver le nom tout en perdant progressivement l’esprit. Le citoyen devient un client, puis parfois presque un exécutant : il remplit lui-même ses démarches, imprime ses documents, réserve ses rendez-vous, suit ses dossiers et se déplace davantage.

On appelle souvent cela modernisation ou rationalisation. Mais pour l’usager, cela ressemble surtout à un transfert de charges. L’institution économise du temps et du personnel, tandis que le citoyen en dépense davantage.

Un service public ne devrait pas être jugé seulement sur sa rentabilité. Sa véritable valeur se mesure aussi à sa capacité à rester accessible, humain et utile à tous, y compris là où cela coûte de l’argent.

 

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Le découvert bancaire : une aide qui peut devenir un piège

Le découvert bancaire est souvent présenté comme une facilité, presque comme un avantage accordé au client. Lorsqu’une banque annonce : « vous avez droit à 1 200 euros de découvert », la formulation peut laisser penser qu’il s’agit d’une somme disponible en complément du compte. En réalité, ce n’est pas un droit au sens d’un argent supplémentaire : c’est une autorisation de crédit à court terme.

Autrement dit, lorsqu’un compte passe dans le rouge, la banque avance temporairement de l’argent au client. Cette avance n’est pas gratuite. Elle peut entraîner des intérêts, appelés agios, auxquels peuvent parfois s’ajouter différents frais selon les conditions du compte. Le découvert n’est donc pas une réserve d’argent : c’est une dette.

Le danger apparaît surtout lorsque le découvert devient habituel. Une personne qui termine chaque mois à moins 300 euros ne repart pas réellement à zéro lorsque son salaire est versé. Si elle reçoit 2 000 euros, elle ne dispose en pratique que de 1 700 euros avant même d’avoir commencé à payer ses nouvelles dépenses. À cela peuvent encore s’ajouter les intérêts et les frais du découvert précédent.

Le mécanisme peut alors devenir un cercle difficile à casser : découvert, frais, diminution de l’argent disponible, nouveau découvert, nouveaux frais. Plus le budget est serré, plus le moindre prélèvement supplémentaire fragilise l’équilibre du mois suivant.

Pour la banque, le découvert constitue aussi un produit financier. Elle accepte de prêter temporairement de l’argent en échange d’une rémunération. Pris individuellement, quelques euros d’agios peuvent sembler insignifiants. Mais multipliés par un grand nombre de clients qui utilisent régulièrement leur découvert, ils représentent des sommes importantes.

C’est là que le système devient paradoxal. Ceux qui disposent du moins de marge financière sont souvent ceux qui paient le plus cher pour manquer d’argent. Une personne qui possède une épargne confortable n’a généralement pas besoin de découvert. Celle qui termine difficilement le mois, au contraire, peut être amenée à payer encore davantage précisément parce qu’elle n’a déjà plus assez.

Le découvert peut bien sûr rendre service en cas d’imprévu exceptionnel : une dépense urgente, un décalage de quelques jours entre un prélèvement et une rentrée d’argent. Utilisé ponctuellement et remboursé rapidement, il peut constituer une sécurité.

Mais il devient dangereux lorsqu’il est intégré au budget courant. À partir du moment où l’on considère son découvert autorisé comme faisant partie de l’argent disponible, on commence à vivre avec l’argent du mois suivant.

Cette logique rejoint celle de nombreux crédits à la consommation ou paiements fractionnés. Ils permettent d’obtenir immédiatement quelque chose que l’on ne peut pas encore réellement payer. Le problème n’est pas forcément le crédit lui-même, mais son accumulation et sa banalisation.

Un crédit destiné à acheter un logement, un véhicule nécessaire au travail ou un équipement durable peut avoir une justification économique. En revanche, lorsqu’on commence à emprunter pour financer les dépenses quotidiennes, les loisirs ou simplement la fin du mois, le crédit ne résout plus un problème : il le repousse.

Le découvert bancaire doit donc être considéré pour ce qu’il est réellement : une solution de secours et non une extension du salaire. La meilleure protection reste de ne jamais compter dessus dans son budget courant.

Car au fond, le principe est simple : l’argent du découvert appartient à la banque. Et plus longtemps on l’utilise, plus il coûte cher à celui qui en a justement le plus besoin.

 

Dégradation généralisée

Les institutions qui sanctionnent ceux qui les entretiennent

Il existe aujourd’hui un paradoxe de plus en plus visible : certaines institutions sont financées, directement ou indirectement, par les citoyens, mais ce sont parfois ces mêmes citoyens qui subissent ensuite leurs contraintes, leurs pénalités et leurs sanctions.

Le principe d’une institution publique ou d’un service collectif devrait pourtant être simple : servir la population qui le finance. Les impôts, les cotisations, les taxes et les contributions diverses permettent de faire fonctionner les administrations, les organismes sociaux et de nombreux services publics. Le citoyen n’est donc pas extérieur au système : il en est l’un des principaux financeurs.

Pourtant, dès qu’il commet une erreur, dépasse un délai, remplit mal un formulaire ou ne respecte pas une procédure parfois complexe, la réponse peut être immédiate : pénalité, majoration, amende, frais supplémentaires ou blocage du dossier. Celui qui entretient le système devient alors celui que le système sanctionne.

Ce fonctionnement est d’autant plus mal vécu que l’inverse n’est pas toujours vrai. Lorsqu’une administration répond avec plusieurs semaines de retard, qu’un service ferme un guichet, qu’un dossier se perd ou qu’une erreur est commise par l’institution elle-même, le citoyen obtient rarement une compensation automatique. Il doit souvent patienter, relancer, prouver sa bonne foi et parfois recommencer entièrement sa démarche.

Il apparaît alors une forme de déséquilibre : les obligations du citoyen sont strictes et immédiatement sanctionnables, tandis que celles de l’institution sont souvent beaucoup plus souples.

Bien sûr, une société a besoin de règles et certaines sanctions sont nécessaires. Le problème commence lorsque la règle devient plus importante que le service, lorsque la procédure remplace le dialogue et lorsque la sanction devient plus facile à appliquer que la recherche d’une solution.

Une institution financée par la population ne devrait jamais oublier qu’elle existe d’abord pour cette population. Faire respecter des règles est une chose. Transformer ceux qui la financent en simples administrés soumis à des contraintes permanentes en est une autre.

Le paradoxe pourrait finalement se résumer ainsi : nous finançons des institutions pour qu’elles nous rendent service, mais il arrive de plus en plus souvent que nous ayons le sentiment de devoir nous adapter à elles, travailler pour elles et, au moindre faux pas, les payer une deuxième fois sous forme de sanctions.

Demain, pas mal de photos des navrances de la ville de Briançon. 

Bonne journée à tous.

 

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