Le joujou gyrophare

Publié le par François Ihuel

 

Nostalgie d'enfance, sans doute

 

Le joujou gyrophare
La multiplication des gyrophares

Il fut un temps où, lorsqu’on apercevait un gyrophare, on savait immédiatement qu’il se passait quelque chose d’inhabituel et qu’il fallait redoubler d’attention. Aujourd’hui, les gyrophares et autres feux à éclats se sont multipliés au point de devenir presque banals.

Dépanneuses, camions de ramassage des ordures, véhicules de voirie, engins de chantier, véhicules d’entretien, tracteurs et bien d’autres sont désormais équipés de gyrophares orange, parfois accompagnés d’une véritable débauche de feux à éclats et de projecteurs.

Je comprends parfaitement leur utilité lorsqu’un véhicule est en intervention. Une dépanneuse arrêtée sur le bord d’une route, avec quelqu’un travaillant autour d’une voiture accidentée, doit être visible de loin. Même chose pour une benne à ordures qui s’arrête tous les cinquante mètres et autour de laquelle des employés circulent à pieds. Dans ces situations, le gyrophare a toute son utilité : il signale un danger particulier et demande aux autres usagers de ralentir et d’être attentifs.

Ce que je comprends beaucoup moins, c’est de voir ces mêmes véhicules continuer à circuler tous gyrophares allumés alors qu’ils roulent normalement et ne présentent plus aucun danger particulier. Une dépanneuse transportant tranquillement une voiture sur son plateau n’est plus en intervention sur la chaussée. Un camion-poubelle qui a terminé son ramassage et rejoint son dépôt n’est plus en train de collecter les poubelles. Pourtant, il n’est pas rare de les voir continuer leur route avec toute leur signalisation lumineuse en fonctionnement.

Et c’est justement là que se trouve le problème.

À force de voir des lumières orange clignoter partout, on finit par ne plus les regarder. Le cerveau s’habitue. Ce qui était destiné à attirer immédiatement l’attention devient une partie ordinaire du paysage routier.

C’est exactement le contraire de ce que devrait être un signal d’alerte.

Une alarme n’est efficace que parce qu’elle est exceptionnelle. Si elle retentit toute la journée, plus personne ne l’écoute. Il en va de même avec les gyrophares. Leur multiplication et surtout leur utilisation lorsqu’ils ne sont pas nécessaires finissent par diminuer leur efficacité lorsqu’un véritable danger se présente.

Cela devient encore plus gênant la nuit, avec certains véhicules couverts de feux à éclats, de rampes lumineuses et parfois de projecteurs puissants. Non seulement cela attire inutilement le regard, mais cela peut également gêner ou éblouir les autres conducteurs.

Bien entendu, les véritables véhicules de secours utilisent une signalisation différente, notamment les feux bleus et les avertisseurs sonores. Mais le problème de fond demeure : nous habituons progressivement les automobilistes à voir clignoter des lumières de toutes sortes sur la route.

Or, le jour où arrivent derrière eux une ambulance, les pompiers, le SAMU ou les forces de l’ordre en intervention urgente, il faudrait justement que le cerveau du conducteur réagisse immédiatement à un signal exceptionnel.

La solution me paraît pourtant relever du simple bon sens : lorsqu’un véhicule effectue une intervention, crée un danger particulier, travaille sur la chaussée ou circule dans des conditions inhabituelles, les gyrophares doivent évidemment être utilisés.

Je connais une société d'ambulances pour laquelle certains « chauffeurs » ne savent pas les éteindre, ce qui fait qu'on ne prend plus au sérieux ces véhicules qui, ne serait-ce que pour ne pas attendre au feu rouge ou pour remonter une file de véhicules, utilisent abusivement les dispositifs d'urgence, aussi bien visuels que sonores.

Mais lorsque l’intervention est terminée et que le véhicule roule normalement, on les éteint.

Un gyrophare ne devrait jamais devenir un simple éclairage décoratif.

Car à force de vouloir signaler absolument tout, on finit par ne plus signaler grand-chose.

Et le jour où il faudra vraiment regarder, certains risquent de ne plus le faire.

Bonne journée à tous.

 

Le joujou gyrophare
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