Le fisc au service des grèves

Publié le par François Ihuel

 

La syndicalophobie aigüe

 

Le fisc au service des grèves

Lamentations d'avantagés

Arrêtez de vous plaindre. Arrêtez de geindre, de vous lamenter, de vous prendre pour les rois du travail. Vous êtes les privilégiés de la France, et il serait temps de l’admettre sans détour. Vous bénéficiez d’un système de retraite en béton qui permet de partir au bout de vingt-cinq ans, d’un système de santé imbattable avec une prise en charge à 100 % sans débourser un centime, et de comités d’entreprise parmi les plus riches et les plus puissants du pays. Mais savez-vous ce que c’est que la vie d’un routier, dormir dans une cabine, manger comme on peut, être bloqué des heures aux frontières ou coincé tout un week-end faute de pouvoir rouler ? Savez-vous ce que c’est que le travail en abattoir, commencer à quatre heures du matin dans le froid, dans des conditions que vous ne tiendriez pas une semaine ? Avez-vous connu les trois-huit en imprimerie, les cadences infernales, les tranchées routières sous la pluie, le gel ou la canicule ? Pensez aux salariés du privé, à ceux qui bossent dehors, à la plomberie, à l’électricité, aux plongeurs en restauration, à tous ces métiers invisibles sans lesquels vous ne vivriez pas. Tous ces gens travaillent quarante, parfois quarante-cinq ans, pour une retraite qui atteint péniblement les deux tiers de la vôtre. Alors non, vous n’êtes pas à plaindre. Vous êtes protégés, couverts, sécurisés, et tant que vous refuserez de le reconnaître, vous resterez déconnectés de la réalité de ceux qui tiennent ce pays à bout de bras.

Avant que certains se permettent de me juger ou de me donner des leçons, qu’ils prennent le temps de savoir d’où je viens. Avant d’entrer dans le secteur public, j’ai travaillé plus de quinze ans dans le privé, dans des métiers concrets, parfois durs, souvent invisibles. J’ai été barman, artiste de cabaret, employé d’imprimerie avec des horaires décalés, ouvrier d’abattoir dans le froid et l’odeur, salarié des travaux publics, plongeur et commis de cuisine, monteur électricien, chauffeur-livreur en messagerie, routier en national, et d’autres métiers encore que je ne cite même pas. J’ai connu les cadences, les week-ends sacrifiés, les nuits courtes, les fins de mois incertaines, le corps usé avant l’âge. Alors oui, quand je suis entré dans le secteur public après tout cela, je me suis cru en vacances. Non pas parce que je ne travaillais plus, mais parce que, pour la première fois, j’avais des horaires lisibles, une protection, une stabilité. Je ne parle pas par idéologie, je parle par expérience vécue. J’ai connu les deux mondes, et je sais exactement de quoi je parle.

Aujourd’hui, à soixante-quinze ans passés, je travaille toujours. Pendant dix-neuf ans, j’ai cumulé un double emploi. Je ne m’en sers ni comme vitrine ni comme médaille : ce n’est ni une fierté affichée ni un exploit, simplement un choix de vie. Je ne me prends pas pour un surhomme et je n’ai jamais prétendu l’être. Je fais ce que je peux, comme beaucoup d’autres, avec constance et humilité. Depuis 1967, j’ai cumulé plus d’annuités de travail que je n’ai d’années d’âge, non par goût de la performance, mais parce que le travail a toujours fait partie de mon équilibre et de ma responsabilité.

Mes livres, "Onze métiers — Cent galères", détaillent une bonne partie des métiers exercés; mais aussi ce qui a fait que mon fonctionnement semble différent des autres.

Savoir que je ne critique pas les salariés du service public, juste savoir que les médias adorent faire des différences, laissant entendre que les salariés du public travaillent plus que les autres, laissant de côté les métiers durs et ingrats, ceux dont on ne parle jamais.

Je ne nie pas la pénibilité de certains postes du public, je refuse simplement qu’on fasse passer ce secteur pour le plus maltraité de France.

 

Le fisc au service des grèves

Syndicalite aiguë – quand le remède détruit le corps

À la RATP, quand je conduisais le Métro, puis le RER, j’ai attrapé ce que j’appelle la syndicalite aiguë. Pas une posture politique, pas une théorie. Une réaction progressive au décalage entre ce qui se disait et ce qui se vivait réellement sur le terrain. Quand on est en cabine, on ne travaille pas avec des slogans mais avec des contraintes concrètes, des voyageurs, du matériel, des horaires, et une responsabilité permanente. Le réel ne se négocie pas, il s’assume.

Les syndicats affirment défendre les salariés. Sur le principe, personne ne peut contester l’intention. Mais dans les faits, un paradoxe s’est installé, de plus en plus visible : à force de vouloir protéger, ils finissent par détruire l’outil même qui permet aux salariés de travailler. Un train immobilisé ne protège personne. Une ligne bloquée n’améliore ni la sécurité, ni les conditions de travail. Elle use le matériel, tend les équipes, et retourne les usagers contre ceux qui font tourner le service.

Ce que le grand public ignore souvent, c’est que les syndicats ne vivent pas uniquement de convictions. Leur poids, leur pouvoir et parfois leur prospérité dépendent directement du nombre de cotisants. Plus il y a de tension, plus il y a de colère, plus le discours se radicalise, plus les adhésions augmentent. La grève devient alors non seulement un moyen d’action, mais aussi un levier de recrutement. Le conflit nourrit la structure. Le calme, lui, ne rapporte rien.

À cela s’ajoute un autre angle mort rarement évoqué : une partie du fonctionnement syndical est financée indirectement par de l’argent public. Autrement dit, par les impôts de tous, y compris de ceux qui subissent les grèves, les retards, les suppressions de trains et la dégradation du service. Les usagers paient pour un service qui ne fonctionne pas, et participent en même temps au financement des structures qui organisent ce blocage. Le cercle est parfaitement absurde.

Sur le terrain, les conséquences sont claires. Ceux qui appellent à la grève ne sont pas toujours ceux qui en assument les retombées concrètes. Ce sont les équipes, les conducteurs, les agents, qui encaissent la tension, la colère des voyageurs, la remise en état du service. Pendant que certains occupent les estrades, d’autres ramassent les morceaux. Le discours parle de solidarité, mais la réalité fabrique de l’usure et de la division.

À force de confondre défense des salariés et stratégie de conflit permanent, le syndicalisme a perdu sa crédibilité. Il ne protège plus, il fragilise. Il ne rassemble plus, il oppose. Et surtout, il alimente une mécanique où l’enrichissement des structures passe avant la préservation du travail lui-même.

Je ne suis pas hostile aux salariés. J’en ai été un, pleinement, avec mes responsabilités et mes contraintes. Je suis devenu syndicalophobe parce que j’ai vu de l’intérieur ce que ce système produit quand il se coupe du réel. Ce n’est pas une phobie. C’est une lucidité forgée sur le terrain. Et une fois qu’on a vu ça, on ne peut plus faire semblant de ne pas comprendre.

À méditer quand on vous prélève les impôts, puisqu'on ne les payes plus, c'est du racket imposé.

Bonne journée à tous

 

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