Série biographique des années 1950/1974
ONZE MÉTIERS – CENT GALÈRES : CINQ TOMES DÉJÀ ÉCRITS
J’ai entrepris avec Onze métiers – Cent galères de raconter une vie comme elle s’est déroulée, sans chercher à la rendre plus belle, plus respectable ou plus littéraire qu’elle ne l’a été. Ce n’est pas une autobiographie construite autour d’une réussite, encore moins le parcours exemplaire d’un homme qui aurait suivi une route toute tracée. C’est exactement le contraire : des changements permanents, des métiers qui se succèdent, des rencontres improbables, des périodes de misère, d’autres plus heureuses, beaucoup d’erreurs, quelques coups de chance et surtout cette curiosité qui m’a toujours poussé à regarder ce qu’il y avait derrière la porte suivante. Comme je l’écris dès le début de la série : je ne cherche pas à plaire, je cherche à dire.
Le premier tome couvre les années 1950 à 1966. C’est celui de l’enfance et de l’adolescence, dans cette France d’après-guerre qui n’a plus grand-chose à voir avec celle d’aujourd’hui. J’y raconte la famille, Paris, la rue, l’école, les premières libertés, les premiers bouleversements et tous ces petits événements qui, sur le moment, semblent insignifiants mais participent à construire un individu. Ce premier volume remonte volontairement à la source, parce qu’on ne peut pas comprendre la suite sans savoir d’où l’on vient.
Le deuxième tome, 1966-1968, marque l’entrée dans une autre vie. L’adolescent découvre Paris autrement, Pigalle, le monde du spectacle, les cabarets, les personnages de la nuit, mais aussi l’amour et les premières grandes contradictions. C’est une période où tout s’accélère. À seize ou dix-sept ans, on peut encore avoir un pied dans l’enfance et l’autre dans des univers auxquels beaucoup d’adultes n’auront jamais accès. C’est aussi le début d’une liberté que je vais parfois payer cher. Le livre reste volontairement moins explicite que la série ADHOMO, dont il reprend une partie de la trame.
Le troisième tome couvre la période 1968-1971. C’est notamment celle de la Marine nationale, puis d’un retour à une vie civile qui ne sera pas davantage rectiligne. J’y raconte une époque où je cherche toujours ma place et où les contraintes sociales, familiales et morales se heurtent continuellement à mon besoin de liberté. Le fil conducteur de ces livres reste le même : raconter ce qui a été vécu, sans transformer rétrospectivement le garçon que j’étais en personnage raisonnable qu’il n’a jamais été.
Avec le quatrième tome, 1970-1972, plusieurs mondes se mélangent encore davantage. Pigalle et ses nuits côtoient le véritable travail, notamment les chantiers de la SNCF. Je passe d’un univers à l’autre, quelquefois presque dans la même journée. Les cabarets, l’argent, le sexe et les personnages extravagants ne constituent qu’une partie de cette période ; derrière eux apparaissent également les gens ordinaires, ceux qui travaillent, ceux qui se débrouillent et ceux qui se perdent. Pigalle lui-même devient dans ce récit une sorte de société parallèle, avec ses excès mais aussi avec ses solidarités et ses êtres profondément humains.
Le cinquième tome, 1972-1974, que je viens d’achever, est probablement celui où la dimension de chronique sociale prend encore davantage de place. Les emplois se succèdent : abattoirs, industrie, petits boulots, Air France, bureau, électrotechnique… Je rencontre des patrons, des ouvriers, des paumés, des gens instruits ou complètement démunis, des pauvres comme des riches. J’apprends davantage par ces rencontres et ces métiers successifs que je n’aurais probablement appris en restant assis sur les bancs d’une école. La période se termine en novembre 1974, au moment où je pars pour une formation de conducteur routier : encore une porte qui se ferme et une autre qui s’ouvre.
À travers ces cinq premiers tomes, ce n’est donc pas seulement ma propre histoire que je raconte. C’est également une certaine France populaire des années 1950, 1960 et 1970, avec ses bistrots, ses usines, ses petits métiers, ses combines, ses solidarités, ses hypocrisies, sa misère parfois, et tous ces gens dont personne n’écrira jamais la biographie. J’en ai croisé des centaines. Certains n’ont fait que passer quelques heures dans ma vie, d’autres plusieurs années, mais chacun a laissé quelque chose.
Onze métiers – Cent galères doit encore continuer. Je n’en suis, finalement, qu’en 1974. Il reste beaucoup de métiers, beaucoup de routes et surtout encore pas mal de galères à raconter.
Et quand on sait ce qui m’attend après 1974, le titre de la série n’a vraiment rien d’exagéré.
Bonne lecture, et merci de partager
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