Il faut sortir les couilles du placard

Publié le par François Ihuel

 

Le pouvoir, c'est le peuple, pas l'inverse

 

 

Il faut sortir les couilles du placard

L’infériorité des supérieurs

Nous employons facilement le mot « supérieur ». Supérieur hiérarchique, directeur, responsable, chef de service, dirigeant, élu… Le vocabulaire lui-même laisse entendre que certains seraient « au-dessus » et les autres « en dessous ». Pourtant, lorsqu’on regarde les choses autrement, cette prétendue supériorité devient beaucoup moins évidente.

Un responsable possède certes un pouvoir de décision. Ses choix peuvent avoir des conséquences sur des dizaines, des centaines, parfois des millions de personnes. Mais ce pouvoir s’accompagne d’une contrepartie considérable : il doit rendre des comptes. À sa hiérarchie, à son conseil d’administration, à ses employés, à ses électeurs, à la justice, aux médias ou simplement à l’opinion publique.

Plus on monte, plus on devient visible. La moindre parole peut être commentée, la moindre décision contestée, la moindre erreur ressortie plusieurs années après. Il faut suivre des protocoles, respecter des règles, participer à des réunions, expliquer, justifier, prévoir les conséquences de ce que l’on décide. Où se trouve alors cette fameuse supériorité ?

Il existe surtout une différence de responsabilité, et non de valeur entre les individus.

Un directeur n’est pas humainement supérieur à l’employé qu’il dirige. Un maire n’est pas supérieur à ses administrés. Un ministre n’est pas supérieur aux citoyens. Ils occupent simplement, provisoirement pour certains, une fonction qui leur donne davantage de responsabilités et certains pouvoirs nécessaires pour les exercer.

Et la dépendance fonctionne dans les deux sens. Un chef sans subordonnés n’est plus un chef. Un directeur sans personnel ne dirige rien. Un élu sans électeurs n’existe politiquement plus. Celui qui semble être au sommet dépend donc entièrement de ceux qui se trouvent prétendument en dessous de lui.

Il y a même quelque chose de paradoxal : plus on acquiert de pouvoir, plus on peut perdre une partie de sa liberté. Celui qui n’exerce aucune fonction importante peut rentrer chez lui, fermer sa porte et redevenir simplement lui-même. Celui qui dirige emporte souvent avec lui ses responsabilités, ses obligations et les conséquences de ses décisions.

Bien sûr, les postes élevés apportent aussi des avantages : rémunération, influence, reconnaissance, parfois privilèges. Il serait absurde de le nier. Mais avoir davantage de pouvoir ou d’argent ne signifie pas nécessairement être davantage libre, et encore moins être « supérieur ».

C’est peut-être là que notre vocabulaire nous trompe. Nous devrions moins parler de supérieurs et davantage parler de responsables. Le premier mot établit une différence de rang entre les personnes ; le second rappelle simplement qu’une fonction particulière a été confiée à quelqu’un.

Finalement, je préfère ma place à la leur. Je ne dirige aucune institution, je n’ai pas une population entière qui observe mes décisions et je n’ai aucune envie de vivre en permanence sous le regard des autres.

Être en haut de l’échelle permet peut-être de voir plus loin. Mais cela signifie aussi qu’on est beaucoup plus nombreux à vous regarder d’en bas.


 

Il faut sortir les couilles du placard

Au-dessus des partis

Je n’ai jamais considéré qu’une idée devait être rejetée simplement parce qu’elle venait de la droite, de la gauche, du centre ou d’ailleurs. Une bonne décision reste une bonne décision, quelle que soit l’étiquette de celui qui la propose. Ce qui compte, ce n’est pas son origine, mais son utilité, sa justice et ses conséquences pour l’ensemble de la société.

La politique devrait être faite pour améliorer la vie collective. Elle devrait permettre de mieux organiser le pays, de protéger les plus fragiles, de maintenir les libertés, de préparer l’avenir et de résoudre les problèmes concrets. Pourtant, trop souvent, une proposition n’est pas examinée pour ce qu’elle contient, mais en fonction de celui qui la présente. Si elle vient du camp opposé, on la critique avant même de l’avoir étudiée. Si elle vient de son propre camp, on la défend parfois sans chercher à savoir si elle est réellement bonne.

C’est précisément ce fonctionnement que je refuse.

Je peux parfaitement reconnaître qu’une décision prise par un parti dont je ne partage pas les idées est utile à la collectivité. De la même manière, je peux désapprouver une mesure défendue par des personnes dont je me sens habituellement plus proche. Je ne vois là aucune contradiction. Au contraire, c’est pour moi une forme de cohérence. Mes convictions ne consistent pas à suivre aveuglément un groupe, mais à juger chaque proposition selon ce qu’elle apporte réellement.

Une décision sociétale devrait dépasser les intérêts électoraux. Elle ne devrait pas être conçue pour satisfaire uniquement une catégorie de population, récompenser des fidèles, punir des opposants ou préparer l’élection suivante. Elle devrait répondre à une question beaucoup plus simple : est-elle bonne pour la société dans son ensemble ?

Cela ne signifie évidemment pas qu’une décision puisse contenter tout le monde. Gouverner oblige parfois à faire des choix difficiles. Certaines réformes avantagent davantage certaines personnes que d’autres, notamment lorsqu’il s’agit de corriger une injustice ou de protéger ceux qui en ont le plus besoin. Mais la finalité doit rester collective. Il existe une différence fondamentale entre aider une partie de la population parce qu’elle en a besoin et la favoriser uniquement parce qu’elle représente un intérêt électoral.

Le problème de la politique partisane, c’est qu’elle transforme chaque sujet en affrontement. L’adversaire n’est plus quelqu’un avec qui l’on débat, mais quelqu’un qu’il faut empêcher d’avoir raison. Une proposition peut être excellente : si elle vient du mauvais côté, elle sera combattue. Puis, quelques années plus tard, le même parti pourra reprendre presque exactement la même idée en la présentant comme une nouveauté. Pendant ce temps, les problèmes demeurent et la société perd un temps considérable.

Il faudrait au contraire être capable de dire : cette idée n’est pas la nôtre, mais elle est bonne, alors adoptons-la. Il n’y aurait aucune faiblesse à agir ainsi. Ce serait même une preuve d’intelligence et de responsabilité. Personne ne possède à lui seul toutes les bonnes solutions. Les idées utiles peuvent venir de partout : d’un élu, d’un citoyen, d’un spécialiste, d’une association, d’un chef d’entreprise, d’un salarié ou simplement d’une personne confrontée quotidiennement à un problème que les dirigeants connaissent mal.

Mon esprit politique tient donc en peu de mots : tout est bon à prendre, à condition que cela serve l’intérêt général et non celui d’un parti. Je ne demande pas d’où vient une idée avant de l’examiner. Je demande ce qu’elle vaut, ce qu’elle produit et à qui elle profite réellement.

Cette indépendance ne signifie pas que je n’ai pas de convictions. Elle signifie simplement que je refuse de les abandonner à un appareil politique. Un parti peut changer de discours, de chef ou de stratégie selon les circonstances. Une conviction véritable devrait rester fondée sur des principes : la justice, la liberté, la responsabilité, la solidarité et le respect des personnes.

Je préfère donc une bonne décision prise par un adversaire politique à une mauvaise décision prise par mon propre camp. Cela devrait être une évidence. Pourtant, dans notre société, cette façon de penser devient presque suspecte, comme s’il fallait obligatoirement choisir une équipe et applaudir tout ce qu’elle fait.

Je ne veux appartenir à aucune équipe de cette manière. Je veux conserver le droit d’approuver, de critiquer et de réfléchir. La politique ne devrait pas être un match dans lequel on soutient les siens, même lorsqu’ils jouent mal. Elle devrait être un outil au service de tous.

C’est là, selon moi, la différence entre avoir un esprit politique et avoir un esprit partisan. Le premier cherche ce qui peut faire progresser la société. Le second cherche avant tout à faire gagner son camp. Et pour ma part, je préfère encore que la société avance, même si personne ne peut ensuite en revendiquer seul la victoire.

 

Il faut sortir les couilles du placard

Ne plus trembler devant ceux que nous avons placés là

Il faudrait que les populations cessent de considérer leurs dirigeants comme des êtres placés au-dessus d’elles. Dans une démocratie, un élu, un responsable ou un dirigeant n’est pas un maître. Le pouvoir lui est confié ; il ne lui appartient pas. Il exerce une fonction pour un temps, avec des responsabilités, et il doit rendre des comptes à ceux au nom desquels il agit.

Surtout, on oublie trop souvent que la population possède davantage d’atouts pour faire entendre raison à ses responsables que ceux-ci n’en possèdent pour imposer durablement leur volonté à toute une population. Un responsable dispose d’une fonction, d’une administration, parfois d’un pouvoir réglementaire ou décisionnel. Mais les citoyens disposent du nombre, du vote, de la parole publique, des associations, des syndicats, des recours, de la presse, des pétitions, des manifestations pacifiques et, surtout, de la possibilité de retirer leur confiance.

Un dirigeant peut ignorer une personne. Il lui devient beaucoup plus difficile d’ignorer cent, mille ou cent mille personnes qui expriment clairement et légalement le même désaccord. L’autorité est concentrée chez quelques-uns, mais la légitimité demeure entre les mains du plus grand nombre. C’est justement ce qui fait la force d’une démocratie.

Cela ne signifie pas qu’il faille rejeter les institutions, désobéir systématiquement ou transformer chaque désaccord en affrontement. Une société a besoin de règles et de responsables. Mais elle a également besoin de citoyens qui ne baissent pas les yeux, qui questionnent les décisions, proposent d’autres solutions et savent dire fermement : « Nous ne sommes pas d’accord, et vous devez nous entendre. »

La démocratie ne consiste donc pas à mettre un bulletin dans une urne puis à se taire pendant plusieurs années. Elle suppose une population présente, attentive et capable de rappeler à ses responsables une évidence : vous disposez temporairement du pouvoir de décider, mais nous disposons collectivement du pouvoir de vous demander des comptes, de vous faire changer de décision et, finalement, de vous remplacer.

Respecter ceux qui exercent une responsabilité, oui. Les craindre, non. Car un responsable peut être puissant face à un individu ; face à une population déterminée, organisée et pacifique, le rapport de force change complètement.

Il est temps au peuple d'ouvrir les yeux.

Bonne journée à tous.


 

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