La guerre si utile

Publié le par François Ihuel

 

Le profit n'est pas regardant

 

La guerre si utile

La guerre, prétexte commode de nos renoncements économiques

La guerre au Moyen-Orient occupe aujourd’hui une grande partie de l’actualité économique. Les inquiétudes se concentrent notamment sur le détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite une part importante du pétrole et du gaz consommés dans le monde. Si cette voie maritime venait à être bloquée ou fortement perturbée, les conséquences seraient réelles : hausse du coût des transports, augmentation du prix de l’énergie, tensions sur les matières premières et ralentissement de certaines activités industrielles.

Pour autant, il est permis de s’interroger sur la part exacte de responsabilité de cette guerre dans les difficultés que rencontrent aujourd’hui les entreprises françaises. À entendre certains responsables économiques, on pourrait croire que les problèmes actuels sont apparus avec les premiers tirs de missiles au Moyen-Orient. Pourtant, les fragilités de notre économie ne datent pas d’hier.

Depuis plusieurs décennies, une grande partie de l’industrie française a progressivement quitté le territoire national. Des usines ont fermé, des ateliers ont disparu et des savoir-faire se sont éteints. Les productions ont été déplacées vers des pays où la main-d’œuvre coûtait moins cher, où les contraintes étaient moins nombreuses et où les marges pouvaient être plus importantes. À l’époque, ces choix étaient présentés comme inévitables. On parlait de compétitivité, d’ouverture des marchés et de mondialisation heureuse. Les bénéfices augmentaient, les actionnaires étaient satisfaits et peu de voix s’inquiétaient réellement des conséquences à long terme.

Aujourd’hui, lorsqu’une crise internationale éclate, nous découvrons brutalement les limites de cette stratégie. Lorsqu’une pièce détachée fabriquée à l’autre bout du monde n’arrive plus, lorsqu’un navire reste bloqué dans un port ou lorsqu’une route maritime devient dangereuse, toute la chaîne économique se fragilise. Ce n’est pourtant pas la guerre qui a créé cette dépendance. Elle ne fait que la mettre en lumière.

Il est souvent plus facile d’accuser un événement extérieur que de reconnaître des erreurs accumulées pendant des années. La guerre devient alors une explication commode. Elle permet de justifier certaines difficultés, certaines augmentations de prix ou certains reculs économiques. Elle offre une cause visible, immédiate et compréhensible par tous. Pourtant, derrière cette cause apparente se cachent parfois des problèmes beaucoup plus anciens.

Une économie réellement solide devrait pouvoir absorber une partie des chocs extérieurs. Lorsqu’une simple perturbation internationale provoque autant d’inquiétudes, c’est peut-être le signe que les fondations étaient déjà fragiles. La dépendance aux importations, la disparition progressive des productions locales et la recherche constante du coût le plus bas ont créé une vulnérabilité que la moindre crise révèle désormais au grand jour.

Il ne s’agit pas de nier les conséquences d’un conflit international. Elles existent et peuvent être importantes. Mais il est nécessaire de distinguer ce qui relève réellement de la guerre et ce qui résulte de décisions économiques prises depuis longtemps. Sans cette distinction, le risque est grand de transformer chaque crise en excuse universelle, permettant d’éviter toute remise en question.

L’histoire montre d’ailleurs que les périodes de tension ont souvent servi à justifier des décisions qui auraient été beaucoup plus difficiles à faire accepter en temps normal. La peur favorise l’acceptation. Lorsqu’une population s’inquiète pour son avenir, elle est davantage disposée à entendre des discours alarmistes ou à accepter des mesures exceptionnelles. Ce mécanisme n’est ni nouveau ni propre à notre époque.

Le véritable débat dépasse donc largement la seule question du détroit d’Ormuz. Il concerne notre capacité à produire ce dont nous avons besoin, à préserver nos compétences industrielles et à construire une économie moins dépendante des aléas du monde. Car une nation qui ne produit plus grand-chose devient inévitablement dépendante de ceux qui produisent à sa place.

La guerre actuelle agit comme un révélateur. Elle met en évidence des fragilités anciennes que beaucoup préféraient ignorer tant que tout semblait fonctionner. Elle n’a pas créé ces faiblesses ; elle les éclaire simplement sous une lumière plus crue.

Il est donc légitime d’écouter les inquiétudes exprimées par les représentants du monde économique. Mais il est tout aussi légitime de rappeler que certaines des difficultés d’aujourd’hui trouvent leur origine dans des choix effectués bien avant les tensions géopolitiques actuelles. La guerre est parfois une cause. Elle est souvent un révélateur. Et il arrive aussi qu’elle serve de prétexte à ce que l’on peine à expliquer autrement.

 

La guerre si utile

Le vrai gagnant n'est peut-être pas celui que l'on croit

Lorsque cette guerre a commencé, beaucoup imaginaient que son objectif était clair : affaiblir le régime iranien, réduire l'influence des ayatollahs et peut-être ouvrir la voie à une évolution politique du pays. Les discours officiels parlaient de sécurité, de stabilité régionale et parfois même de libération d'un peuple soumis à un pouvoir religieux autoritaire. Pourtant, à mesure que les événements se sont déroulés, la situation est apparue beaucoup plus complexe qu'elle ne semblait au premier regard.

L'Iran a subi des bombardements, perdu des responsables militaires importants et vu certaines de ses infrastructures touchées. Sur le plan matériel, les dégâts sont incontestables. Pourtant, lorsqu'on regarde le résultat politique, le régime est toujours là. Les gardiens de la révolution sont toujours là. Les ayatollahs sont toujours là. Aucun effondrement du pouvoir n'a eu lieu, aucune révolution populaire n'a renversé les dirigeants, aucun changement fondamental n'est apparu.

C'est précisément ce paradoxe qui mérite réflexion. Car dans certaines guerres, la victoire ne consiste pas forcément à vaincre son adversaire. Elle consiste simplement à survivre. Lorsqu'un régime que l'on annonçait condamné reste debout malgré les attaques, il peut présenter sa survie comme un succès. C'est ce que semblent faire aujourd'hui les dirigeants iraniens.

Au cœur de cette confrontation se trouve un élément dont l'importance dépasse largement les frontières de l'Iran : le détroit d'Ormuz. Ce passage maritime, que beaucoup ignoraient avant la crise, est devenu un enjeu mondial. Une part considérable du pétrole et du gaz consommés sur la planète transite par cet étroit corridor maritime. Dès lors, toute menace sur sa circulation ne concerne plus seulement l'Iran ou ses voisins, mais l'ensemble de l'économie mondiale.

Les États-Unis et leurs alliés disposaient d'une supériorité militaire écrasante. Ils pouvaient frapper des objectifs stratégiques, détruire des installations ou neutraliser des responsables militaires. En revanche, ils ne pouvaient ignorer les conséquences économiques d'un blocage durable du détroit. Une fermeture prolongée aurait provoqué des secousses sur les marchés mondiaux, une hausse des prix de l'énergie et des répercussions dans de nombreux pays.

À partir de cet instant, le rapport de force a changé de nature. Il ne s'agissait plus seulement d'une confrontation militaire. Il s'agissait également d'un bras de fer économique dans lequel l'Iran possédait un moyen de pression considérable. Cette situation a progressivement rendu la négociation presque inévitable.

C'est peut-être là que réside la véritable victoire du régime iranien. Non pas dans les destructions qu'il a subies, ni dans les pertes qu'il a endurées, mais dans sa capacité à demeurer incontournable. Malgré les frappes, malgré les menaces et malgré la pression internationale, il a conservé suffisamment de pouvoir pour obliger ses adversaires à tenir compte de lui.

Le peuple iranien, quant à lui, ne semble pas être le grand bénéficiaire de cette situation. Les difficultés économiques demeurent, les sanctions continuent de peser sur la vie quotidienne et les libertés restent limitées. Comme souvent dans les conflits, ce sont les populations qui supportent les conséquences les plus lourdes tandis que les dirigeants transforment les événements en victoire politique.

L'histoire montre d'ailleurs que les régimes contestés savent souvent utiliser les guerres pour renforcer leur légitimité. Face à une menace extérieure, les divisions internes s'effacent temporairement. Le pouvoir se présente comme le protecteur de la nation et ceux qui le contestent risquent d'être accusés de servir les intérêts de l'ennemi. Dans ce contexte, une guerre peut parfois consolider ce qu'elle était censée affaiblir.

Il est donc possible que le véritable gagnant de cette confrontation ne soit ni le peuple iranien, ni même les pays qui ont participé aux opérations militaires. Les principaux bénéficiaires pourraient bien être les gardiens de la révolution et les ayatollahs eux-mêmes. Ce qui devait les fragiliser leur offre aujourd'hui l'occasion de se présenter comme les survivants d'une épreuve qu'ils affirment avoir traversée sans céder sur l'essentiel.

Dans l'histoire des peuples, il arrive souvent que la victoire appartienne moins à celui qui frappe le plus fort qu'à celui qui demeure debout lorsque la poussière retombe. Et lorsque les armes se taisent, ce sont parfois les survivants qui écrivent eux-mêmes le récit de leur victoire.

 

La guerre si utile

La guerre : destruction pour les uns, reconstruction pour les autres

Lorsqu'une guerre éclate, les regards se tournent naturellement vers les combats, les bombardements et les victimes. Les images montrent des immeubles éventrés, des routes coupées, des usines en flammes et des populations contraintes de fuir. Pourtant, derrière ce spectacle de désolation, une autre réalité se prépare déjà. Car dès que les premières destructions apparaissent, certains commencent à penser à la reconstruction.

Cela peut sembler cynique, mais l'histoire humaine fonctionne souvent ainsi. Chaque pont détruit devra être reconstruit. Chaque centrale électrique remise en service. Chaque port, chaque raffinerie, chaque route, chaque école et chaque hôpital devront un jour renaître des ruines. Ce qui représente un drame pour les populations devient en même temps un gigantesque chantier pour les entreprises capables de répondre à ces besoins.

Depuis des siècles, les guerres détruisent des richesses accumulées pendant des générations. Une bombe peut anéantir en quelques secondes ce que des milliers d'hommes ont mis des décennies à bâtir. Pourtant, après chaque conflit, les mêmes questions reviennent : qui va reconstruire ? Qui va financer ? Qui va obtenir les marchés ? Qui va tirer profit de cette immense remise en état ?

Les populations concernées, elles, n'ont souvent pas le choix. Elles veulent simplement retrouver un toit, une route praticable, de l'eau potable, de l'électricité et une vie normale. Pour elles, la reconstruction n'est pas une opportunité économique. C'est une nécessité vitale. Elles ne gagnent rien. Elles tentent seulement de récupérer une partie de ce qu'elles ont perdu.

Dans le même temps, les grandes entreprises du bâtiment, des travaux publics, de l'énergie, des transports ou des télécommunications voient apparaître des contrats représentant parfois des dizaines ou des centaines de milliards d'euros. Les matériaux doivent être produits, transportés et installés. Les infrastructures doivent être repensées. Les réseaux doivent être recréés. Une économie entière peut renaître autour d'un pays détruit.

Cette réalité nourrit depuis longtemps la méfiance de nombreux observateurs. Certains y voient une forme de cercle pervers dans lequel la destruction crée elle-même les conditions d'une nouvelle activité économique. Plus un pays est dévasté, plus les besoins de reconstruction deviennent importants. Ce constat ne signifie pas que les guerres sont déclenchées pour reconstruire ensuite, mais il rappelle que des intérêts économiques existent toujours dans l'ombre des grands conflits.

Les États-Unis, comme d'autres grandes puissances avant eux, ont souvent découvert qu'une victoire militaire ne garantit pas une victoire économique. Les guerres modernes coûtent des sommes colossales. Elles mobilisent des moyens humains, techniques et financiers gigantesques. Même lorsqu'un pays dispose d'une puissance exceptionnelle, il peut ressortir affaibli par l'effort nécessaire au maintien de ses opérations militaires.

Dans le cas du Moyen-Orient, les enjeux dépassent encore la simple question militaire. Les routes maritimes, les ressources énergétiques, les approvisionnements mondiaux et les équilibres financiers sont directement concernés. Chaque tension sur le pétrole se répercute dans les transports, l'industrie et la consommation. Une guerre locale peut produire des conséquences mondiales.

C'est pourquoi la notion de victoire devient parfois difficile à définir. Qui gagne réellement ? Celui qui a remporté les batailles ? Celui qui conserve le pouvoir ? Celui qui obtient les contrats de reconstruction ? Celui qui sécurise ses approvisionnements énergétiques ? Ou celui qui survit simplement aux événements ?

Souvent, les peuples ne gagnent rien. Ils enterrent leurs morts, reconstruisent leurs maisons et tentent de reprendre une existence normale. Pendant ce temps, les dirigeants politiques rédigent leurs mémoires, les généraux analysent leurs campagnes et les entreprises répondent aux appels d'offres.

La guerre possède ainsi deux visages. Le premier est visible : celui des ruines, des souffrances et des destructions. Le second est plus discret : celui des marchés, des investissements et des intérêts économiques qui émergent après les combats. L'un ne va malheureusement jamais sans l'autre.

Peut-être est-ce là l'un des paradoxes les plus troublants de l'histoire humaine. Ce qui représente une tragédie pour des millions de personnes peut devenir, ailleurs, une opportunité financière considérable. Et lorsque les armes se taisent enfin, le bruit des marteaux et des bulldozers prend le relais. La guerre s'achève, mais l'économie de la guerre continue sous une autre forme.

Cette analyse personnelle n'est que de ma seule interprétation des faits qui se sont déroulés.

Toutefois, il ne faut pas croire ce que les médias veulent bien nous faire avaler, l'Iran aujourd'hui est gagnante à long terme de cet épisode de crise.

C'est dommageable pour le premier ministre Israélien Nétanyahou, ce dernier voyait déjà l'effondrement de ses rivaux de toujours. 

Bonne journée à tous.

 

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