Le prix de l'emploi

Publié le par François Ihuel

 

Payer pour travailler pour payer

 

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Payer pour travailler… puis payer encore

On nous parle sans cesse de sécurité routière, de prévention, de contrôle, de responsabilité. Très bien. Mais alors il faudrait avoir l’honnêteté d’aller jusqu’au bout du raisonnement. Car aujourd’hui, dans le monde du transport routier, le chauffeur professionnel est devenu l’un des travailleurs les plus surveillés, les plus contrôlés et les plus sanctionnés de toute la société moderne. Et pourtant, ce sont souvent ces mêmes conducteurs qui provoquent le moins d’accidents graves au regard des millions de kilomètres qu’ils parcourent chaque année.

Le chauffeur routier ou le conducteur d’autocar ne conduit pas seulement avec ses mains et ses yeux : il conduit aussi avec une machine qui l’observe en permanence. Le tachygraphe enregistre tout. Les temps de conduite, les pauses, les dépassements d’horaires, les vitesses, les amplitudes de travail, parfois même les mouvements du véhicule à l’arrêt. Une minute de trop peut devenir une infraction. Quelques kilomètres/heure supplémentaires dans une descente peuvent déclencher une sanction. Le conducteur professionnel vit sous surveillance continue.

Et malgré cela, on continue à lui imposer des couches supplémentaires de contraintes administratives et financières. Tous les cinq ans, il faut repasser la FCO. Sept cents euros en moyenne. Puis renouveler la carte conducteur. Puis payer la visite médicale. Puis refaire les photos officielles. Puis perdre des journées entières dans des démarches numériques absurdes où le système refuse une signature parce qu’elle n’est pas assez noire ou une photo parce qu’un logiciel n’aime pas le contraste. On finit par payer pour avoir le droit de continuer à travailler.

Pendant ce temps-là, combien d’automobilistes particuliers prennent le volant fatigués, téléphone à la main, sans contrôle réel de leurs temps de conduite, sans surveillance continue, sans aucune formation obligatoire régulière ? Combien roulent trop vite, collent les autres véhicules, franchissent des lignes, grillent des priorités, tout cela sans autre conséquence qu’un risque statistique de radar ou de contrôle occasionnel ?

Soyons honnêtes : si tous les automobilistes étaient surveillés avec le même niveau d’exigence que les chauffeurs routiers, il y aurait probablement 50 % d’accidents en moins et 80 % d’infractions en moins. Parce que le problème n’est pas seulement la route. Le problème, c’est le comportement humain quand il sait qu’il ne sera pas contrôlé.

Le conducteur professionnel, lui, sait qu’il peut être contrôlé à tout moment. Son camion devient presque un bracelet électronique roulant. Et c’est précisément pour cela que beaucoup d’entre eux roulent avec davantage de prudence qu’un automobiliste ordinaire. Non pas parce qu’ils seraient moralement supérieurs, mais parce que tout leur métier repose sur une discipline imposée.

Le paradoxe est là : ceux qui transportent des dizaines de tonnes ou des dizaines de passagers sont souvent les plus encadrés, tandis que la majorité des comportements dangereux quotidiens restent diffus, banalisés et difficilement contrôlables dans la circulation ordinaire.

À force de vouloir transformer le chauffeur en machine parfaite, on oublie qu’il reste un être humain. Un homme qui travaille parfois de nuit, sous la neige, dans les cols, dans les bouchons, sous pression horaire, avec des responsabilités énormes sur les épaules. Et malgré cela, on continue à ajouter des taxes, des formations obligatoires, des renouvellements payants et des procédures administratives de plus en plus lourdes.

La sécurité routière est une nécessité. Personne de sérieux ne peut contester cela. Mais il existe une différence entre prévenir les dangers et fabriquer une société de suspicion permanente où le travailleur honnête finit par avoir l’impression d’être traité comme un délinquant potentiel.

Le plus ironique dans tout cela, c’est que le chauffeur routier finance lui-même une grande partie du système qui le surveille. Il paie sa formation, sa carte, sa médecine agréée, ses renouvellements, parfois même ses journées perdues. En réalité, il paie pour obtenir le droit d’exercer un métier déjà sous contrôle permanent.

Et pendant qu’on exige de lui la perfection absolue, la route continue chaque jour à révéler une évidence simple : le danger vient souvent moins des professionnels surveillés que de l’immense masse des comportements ordinaires jamais réellement encadrés.

Toutefois, dans le cadre de la profession, certains employeurs financent la FCO de leurs chauffeurs, d'autres financent aussi, en complément de la formation prise en charge par l'État, le permis de conduire de la catégorie en rapport avec l'entreprise.

RÉSALP à Briançon forme les chauffeurs, en multi-financements avec la région et autres. 

 

Le prix de l'emploi
Prévenir l’accident avant qu’il existe

Depuis des années, les pouvoirs publics renforcent les contrôles dans le transport routier. Chronotachygraphes numériques, cartes conducteurs, temps de conduite enregistrés à la minute près, géolocalisation, contrôles techniques renforcés, limitations de vitesse spécifiques… Le chauffeur professionnel est devenu l’un des travailleurs les plus surveillés de la société moderne.

Et pourtant, au milieu de cette montagne de contrôles électroniques, il reste un paradoxe énorme : le chronotachygraphe sait combien d’heures le conducteur a roulé, à quelle vitesse, à quel moment il s’est arrêté, mais il ne sait pas si celui qui tient le volant est alcoolisé.

C’est là que le système montre ses limites. On contrôle parfaitement la machine, mais beaucoup moins l’état réel de l’être humain qui la conduit.

Lors des opérations de contrôle routier sur les poids lourds, les forces de l’ordre découvrent encore régulièrement des conducteurs sous l’emprise de l’alcool. Et ce phénomène concerne souvent des chauffeurs étrangers parcourant des milliers de kilomètres à travers l’Europe, parfois dans des conditions de fatigue et de pression énormes. Bien entendu, il ne faut pas généraliser ni transformer cela en accusation contre une nationalité ou une profession. La majorité des chauffeurs routiers restent des professionnels sérieux. Mais le problème existe bel et bien.

Et quand un poids lourd de quarante tonnes est concerné, le danger potentiel devient immense.

On nous parle sans cesse de sécurité routière. Très bien. Mais alors il faudrait peut-être commencer par agir sur les vraies causes de certains drames. Un radar automatique ne détecte pas l’alcool. Un chronotachygraphe ne détecte pas l’alcool. Une limitation de vitesse ne détecte pas l’alcool. Tous ces systèmes interviennent autour du conducteur, mais rarement sur son état réel au moment où il démarre.

La seule réelle efficacité reste le contrôle routier volant effectué par les forces de l’ordre. Mais il y a toujours des petits malins, experts des appels de phare, pour avertir les autres d’un contrôle de gendarmerie. Pourtant, c’est bien là que se détecte avec efficacité l’état physique d’un conducteur, quel que soit le véhicule.

C’est pour cela que l’éthylotest antidémarrage est probablement l’un des dispositifs les plus intelligents jamais imaginés pour la sécurité routière. Le principe est simple : si le conducteur dépasse le seuil autorisé, le véhicule refuse de démarrer.

Là, on n’est plus dans la sanction après l’accident. On est dans la prévention réelle.

Et pourtant, autre paradoxe, ce dispositif obligatoire ne concerne que les bus et les autocars transportant des voyageurs, mais pas les poids lourds de marchandises. Comme si le danger dépendait uniquement du nombre de passagers transportés. Pourtant, lorsqu’un camion percute un autocar à pleine vitesse, les conséquences humaines sont exactement les mêmes. La physique, elle, ne fait pas de différence entre un transport de personnes et un transport de marchandises.

Alors pourquoi ne pas généraliser progressivement ces systèmes sur les poids lourds ? Et pourquoi ne pas réfléchir un jour à certaines formes de prévention intelligente sur une partie du parc automobile classique ? Car si l’on veut vraiment réduire les morts sur les routes, il faudra tôt ou tard sortir du tout-répressif pour entrer dans la prévention technique.

Il est également évident qu’un tel système réduirait fortement certains comportements inconscients chez de nombreux automobilistes.

Aujourd’hui, on installe des radars partout. On verbalise à distance. On photographie les plaques. On traque les petits dépassements de vitesse. Mais combien d’accidents mortels seraient évités si les véhicules dangereux ne pouvaient tout simplement pas démarrer lorsque le conducteur est alcoolisé ?

La question mérite d’être posée honnêtement.

Car entre empêcher un drame avant qu’il existe et distribuer des amendes après coup, il existe une différence fondamentale : dans un cas, on sauve des vies ; dans l’autre, on remplit des dossiers administratifs.

Le problème moderne de la sécurité routière est peut-être là. À force de surveiller les chiffres, les machines et les statistiques, on oublie parfois l’essentiel : l’état réel de l’homme qui tient le volant.

Je sens que je ne vais pas me faire des copains, mais nous sommes tous concernés. Ce n’est pas quand un proche perd la vie à cause d’une infraction qu’il faut penser à la sécurité, c’est avant.

J'avais préparé un page impôts que je devais publier, il me manque des éléments, mais ça va venir.

Bonne journée à tous.

 

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