Le pouvoir de ne pas pouvoir

Publié le par François Ihuel

 

Ou ! L'inutilité de la gloriole

 

Le pouvoir de ne pas pouvoir

L’ILLUSION DU POUVOIR 

Un roi, ce n’est pas un dieu. Ce n’est même pas un maître. C’est le premier bouffon de la cour, celui qu’on met en avant pour donner l’illusion que l’ordre tient debout. Il porte la couronne, mais il ne tient pas les rênes. Les vraies forces sont ailleurs : les conseillers, les intrigants, les intérêts cachés, et surtout cette masse silencieuse qu’on appelle “le peuple”. On peut la flatter, la menacer, la contenir, mais sans elle, rien n’existe.

Le roi n’est que le bouton du couvercle d’une grande marmite. Il brille, il fait joli, on le regarde pour croire que tout repose sur lui, mais ce qui bout là-dessous — les colères, les espoirs, les manques, les rêves — c’est cela la vraie puissance. Quand le peuple bout trop fort, le couvercle saute, et le roi, qui n’a jamais été qu’un accessoire, disparaît. Les puissants se succèdent, les noms changent, mais la marmite reste la même : elle nourrit ou elle brûle, et elle appartient à ceux qui vivent dedans, pas à celui qui pose sa main sur le couvercle.

On croit toujours que le roi détient le pouvoir. C’est l’image la plus vieille de l’humanité : un homme debout, entouré d’or, que l’on regarde comme si la réalité passait par lui. Mais ce n’est qu’une façade, le pouvoir n’est jamais là où l’on regarde. Un roi n’est qu’un point fixe autour duquel tourne le désordre humain ; un repère commode pour ceux qui gouvernent dans l’ombre et pour ceux qui cherchent un visage à adorer ou à accuser.

Le vrai pouvoir circule, il glisse entre les mains du peuple, des élites, des institutions, du hasard ; il n’appartient à personne. Le roi le porte, mais ne le possède jamais : il n’est que le vecteur d’une force qui le dépasse. La royauté est un théâtre. Un décor dont on a besoin pour accepter ce que l’on ne comprend pas.

Le peuple supporte mieux l’injustice quand elle a un visage, et mieux l’espoir quand il porte une couronne. Le roi n’est pas la marmite : il n’est que le bouton. Ce qui bout dessous — la vie humaine, ses peurs, ses manques, ses folies — décide du moment où le couvercle tient, et du moment où il vole. Il n’existe ni souverain absolu ni peuple totalement maître : seulement des forces qui circulent et s’équilibrent temporairement.

Le pouvoir n’est qu’un costume, et celui qui le porte change, mais le tissu est toujours tissé par tous. Le président moderne, lui, n’est même plus un roi : c’est un masque. On le présente comme l’homme le plus puissant du pays, mais il n’est qu’un visage posé sur une machine qu’il ne maîtrise pas. Un roi tient son trône tant que coule le sang de sa lignée ; un président tient sur un siège éjectable. Il dépend des sondages, des alliances, des marchés, des médias, et surtout de ces forces invisibles qui œuvrent sans jamais apparaître.

La présidence est un mirage moderne : un pouvoir qui semble immense mais qui ne peut presque rien. Elle est enfermée dans des contraintes économiques, médiatiques, diplomatiques, administratives qui réduisent l’autorité présidentielle à un décor mouvant. Le mandat n’est pas un pouvoir : c’est un passage. Un rôle dont on connaît à l’avance la durée et la chute éventuelle. Le président n’agit pas : il négocie. Il ne décide pas : il compose. Il ne dirige pas : il surfe sur des courants qu’il ne peut ni créer ni arrêter. Et pourtant, c’est à lui que l’on demande des comptes, parce que l’humanité a besoin d’un coupable visible pour un désordre invisible.

Le président, lui aussi, est le bouton du couvercle d’une marmite sous pression — mais cette fois, la pression ne vient plus seulement du peuple. Elle vient des marchés, des réseaux d’influence, des appareils d’État, des médias, des alliances extérieures. Quand tout va bien on le célèbre, quand tout va mal il saute. Le siège éjectable n’a qu’une règle : on applaudit celui qui monte, on oublie celui qui tombe. Le roi était prisonnier de son rang ; le président est prisonnier de l’époque. On lui demande d’incarner un pouvoir qu’il ne possède pas, et de tenir debout un monde qui chancelle.

Sous eux, la même comédie se répète : du maire au président de région, du préfet au directeur de service, chacun se croit indispensable. Chacun imagine que sans lui tout s’écroulerait. Mais les “indispensables” il y en a plein les cimetières, et le monde tourne toujours. Le maire se croit souverain de sa commune, mais dès qu’il tombe un autre prend sa place, et la ville continue. Le président de région inaugure des projets qu’il n’a pas conçus, parle d’orientations qu’il ne maîtrise pas.

Le préfet incarne l’État… mais il n’est que le relais. Il signe sans décider, applique sans inventer, arbitrant dans un cadre qu’il n’a pas choisi. Tous ces postes “supérieurs” ne sont que des fonctions temporaires, interchangeables, des rôles dans une pièce qui se joue depuis des siècles. Leur importance disparaît dès qu’un autre s’assoit dans leur fauteuil.

Le pouvoir réel n’est jamais dans le fauteuil : il circule dans la salle. Il passe d’un groupe à un autre, d’un intérêt à un autre, d’une époque à une autre. Diriger n’est pas décider : c’est tenir une place dans le théâtre. Et, à la fin, il ne reste qu’une évidence : le pouvoir n’habite jamais l’homme qui croit le posséder. Il traverse, utilise, remplace. Ceux qui s’imaginent être le centre du monde ne sont que les passagers éphémères d’un train qu’ils n’ont jamais conduit.

Les dirigeants qui ne dirigent rien, ne sont que les bouffons des peuples, ils n'ont de devoir que de gérer pour le peuple, pas pour eux. Mais ils ont aussi des comptes à rendre, et ça ils l'oublient vite. Ils ne tiennent que par la police aux ordres, la force contre le peuple alors qu'elle devrait le servir.

Ils financent avec l'argent du peuple la propagande qui les maintient en place, ils achètent les médias et leur demande de mentir, parce qu'aujourd'hui les médias ne sont plus que des clowns au service d'un bouffon.

À méditer.

Bonne journée à tous.

 

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