Écologie contre écologie
Il faut dissocier la nature de la politique
Réduction d'esprit
On voit circuler de plus en plus de chiffres spectaculaires sur la consommation d’eau et d’énergie liée à l’intelligence artificielle. Des chiffres énormes, impressionnants, souvent accompagnés d’images futuristes et de formules définitives. Le problème ce n’est pas de s’interroger sur l’impact du numérique, le problème c’est la manière dont ces chiffres sont utilisés.
La première confusion vient du mot consommer. Dans la plupart des centres de données l’eau n’est pas détruite, elle est utilisée pour le refroidissement puis restituée sous différentes formes. Assimiler cette utilisation à une disparition pure et simple de l’eau relève déjà d’un raccourci trompeur.
La seconde confusion est encore plus grave. On attribue à l’intelligence artificielle des chiffres qui concernent en réalité l’ensemble des infrastructures numériques mondiales. Stockage de données, streaming vidéo, réseaux sociaux, cloud, serveurs classiques, tout est mélangé, puis résumé sous un seul mot à la mode. C’est une simplification volontaire, parce qu’elle permet de désigner un coupable unique et spectaculaire.
Quand on annonce des volumes comparables à la consommation mondiale d’eau en bouteille, on quitte le terrain de l’analyse pour entrer dans celui de l’effet de choc. Un chiffre isolé, sans contexte précis, sans méthodologie claire, sans distinction entre usage et perte réelle, n’est plus une information. C’est un outil émotionnel.
Le fond du sujet est pourtant réel et mérite mieux que des slogans. Oui, le numérique a un coût environnemental. Oui, certains centres de données sont mal conçus. Oui, l’optimisation énergétique et le refroidissement sont des enjeux importants. Mais ces questions demandent de la rigueur, pas de la peur.
À force de brandir des chiffres anxiogènes sans les penser, on ne lutte pas contre les dérives, on entretient une confusion permanente, une fatigue mentale, et une méfiance générale envers toute technologie nouvelle. Ce n’est pas l’intelligence artificielle qui pose problème ici. C’est l’usage paresseux du chiffre, utilisé non pour comprendre, mais pour frapper.
Quand l’indignation remplace la réflexion, on n’informe plus, on conditionne. Et c’est toujours le bon sens qui finit par disparaître dans le bruit.
Sont-ce les mêmes ?
Quand les cerveaux s’éteignent, les moteurs continuent de tourner. On dira qu’un moteur allumé pour trois minutes, ce n’est rien. Trois minutes, c’est insignifiant. Pris isolément, le geste paraît dérisoire. Pourtant, autour, il y a du monde. Des passants, des enfants, des personnes âgées, tous respirent les gaz d’échappement sans avoir rien demandé. Il y a aussi le bruit, souvent sous les fenêtres des riverains, un bruit sourd, continu, inutile, qui finit par user.
Il y a des scènes qui devraient être banales et qui pourtant disent beaucoup plus que ce qu’on croit. Un véhicule à la station-service, plein de gasoil terminé, moteur toujours en marche, notamment chez les poids lourds. Un autre arrêté devant la boulangerie, moteur allumé pour quelques minutes. Un troisième devant le bar-tabac, on va boire un café, moteur qui ronronne inutilement. Et personne ne semble y voir un problème.
Ce n’est pas une question d’écologie militante ni de discours moralisateur. C’est une question de bon sens élémentaire. Et ce bon sens-là, manifestement, se perd. Pendant longtemps, l’énergie était concrète. On la voyait, on la sentait, on la payait comptant. Aujourd’hui, elle est devenue abstraite. Le carburant coule, le moteur tourne, le bruit devient un fond sonore banal. On ne relie plus l’acte à sa conséquence. Ce n’est pas seulement du gaspillage, c’est une déconnexion.
Quand on laisse tourner un moteur pour rien, ce n’est pas parce qu’on ne sait pas. C’est parce qu’on ne pense plus l’acte. Beaucoup agissent comme si quelques minutes ne comptaient pas, comme si un moteur de plus ne changeait rien, comme si un geste isolé était négligeable. Sauf que le monde est précisément la somme de ces gestes dits négligeables. Ce n’est pas la grosse usine lointaine qui pose problème au quotidien, c’est le petit renoncement répété au bon sens.
On peut comprendre l’agacement de ceux qui subissent ce bruit et cette pollution. Mais lorsqu’ils se manifestent, leur lassitude est souvent interprétée comme de l’agression. Comme si le problème venait de celui qui proteste, et non de celui qui laisse tourner son moteur pour rien. Le renversement est devenu habituel : le dérangement devient normal, la réaction devient suspecte.
Il faut le dire honnêtement, ce n’est pas de la mauvaise volonté. C’est une fatigue mentale, une paresse intérieure, un relâchement de l’attention. Couper un moteur, c’est un geste simple. Mais aujourd’hui, même les gestes simples deviennent trop. On veut du confort immédiat, sans effort, sans contrainte, sans responsabilité. Le problème n’est pas mécanique, il est psychologique et collectif.
La vraie question dépasse largement ces trois minutes. Combien y a-t-il de véhicules à moteur dans le monde ? Des centaines de millions. Et parmi eux, combien tournent chaque jour à l’arrêt, devant une école, une boulangerie, un bar, un immeuble, un chantier ? Même si ce n’est qu’un faible pourcentage, l’accumulation transforme l’insignifiant en phénomène massif.
Ce malaise dépasse la seule question du carburant. On le retrouve dans le bruit permanent, dans les lumières allumées inutilement, dans les écrans laissés allumés en continu, dans les paroles qui tournent à vide, dans les décisions prises sans réflexion. Le moteur qui tourne inutilement est un symbole, celui d’un monde qui fonctionne sans se demander pourquoi.
Il n’y a pas besoin de textes, d’amendes ou de campagnes culpabilisantes. Le bon sens, c’est je m’arrête, je coupe le moteur, parce que ça ne sert à rien de le laisser tourner. Point. Quand on en arrive à devoir expliquer cela, ce n’est pas la planète qui va mal en premier, c’est le rapport de l’homme à ses actes.
Le monde ne s’effondre pas à cause de gestes spectaculaires. Il s’use à cause de gestes absurdes répétés. Couper un moteur inutile, ce n’est pas sauver la planète. C’est simplement être présent à ce qu’on fait. Et aujourd’hui, c’est déjà beaucoup.
Quand les arbres deviennent des poteaux
Il suffit de lever les yeux en ville, dans beaucoup de communes aujourd’hui, pour avoir un malaise diffus. Des alignements d’arbres réduits à l’état de troncs nus, quelques feuilles survivantes accrochées comme par hasard, des silhouettes raides et amputées. Ce ne sont plus des arbres. Ce sont des vestiges. Et pourtant, tout cela se fait au nom de la gestion, de la sécurité, ou pire encore, de l’écologie.
La première raison est simple : la peur. Peur qu’une branche tombe. Peur d’un accident. Peur d’un procès. Alors on coupe. Fort. Large. Sans nuance. C’est la logique du parapluie administratif : on ne gère plus le vivant, on neutralise le risque. Un arbre sain devient un danger potentiel avant même d’être un être vivant.
Entretenir un arbre correctement demande du suivi, de la connaissance, des tailles légères et régulières, des professionnels formés. Ça coûte. Alors on préfère la taille radicale, celle qui tient longtemps, celle qui permet de dire qu’on y reviendra dans dix ans. À court terme, c’est rentable. À long terme, c’est une absurdité biologique.
Un arbre violemment taillé s’affaiblit, se défend dans l’urgence, repousse n’importe comment, vieillit plus vite, tombe malade. On crée soi-même le problème qu’on prétend éviter.
On invoque parfois les tailles dites traditionnelles. Mais on oublie volontairement le contexte. Autrefois, les arbres étaient taillés régulièrement, avec un rythme précis, dans un but clair. Aujourd’hui, on copie le geste sans la culture, sans le sens, sans le respect du cycle. Ce n’est plus de la tradition, c’est de la caricature.
Un arbre mutilé, ce n’est pas qu’un problème esthétique. C’est des nids supprimés, des insectes éliminés, des refuges détruits, une biodiversité sacrifiée. Un tronc nu ne nourrit rien. Il ne protège rien. Il ne vit presque plus.
Ce qui choque, ce n’est pas seulement la raison invoquée. C’est le résultat. Ces arbres propres donnent une impression étrange, presque dérangeante. Parce que notre œil sait instinctivement qu’un arbre n’est pas censé ressembler à un pylône.
Ces tailles extrêmes racontent autre chose que de l’entretien : une peur permanente, un refus de l’imprévisible, une volonté de tout contrôler, une incapacité à cohabiter avec le vivant.
Respecter les arbres, ce n’est pas les laisser à l’abandon. C’est intervenir peu, intervenir bien, accepter qu’un arbre ne soit pas géométrique, comprendre qu’il vit à un rythme qui n’est pas le nôtre.
Quand on transforme les arbres en poteaux, ce n’est pas la nature qui est en faute. C’est notre rapport au monde vivant qui est devenu bancal, froid, méfiant, comptable.
Les médias devraient aussi s'intéresser à cette absurdité, ils préfèrent le tout venant, le facile, le digeste sucré.
Et si on taillait la connerie !
Les sucreries médiatiques
Il existe aujourd’hui une forme de journalisme qui ne choque pas, ne crie pas, ne scandalise pas. Un journalisme apparemment inoffensif, doux, bienveillant. Et pourtant, c’est peut-être le plus pernicieux. Il ne heurte pas frontalement, il ne provoque pas de rejet immédiat. Il s’installe, il s’étale, il rassure. C’est un journalisme de confort, qui agit moins par ce qu’il dit que par ce qu’il évite de dire.
Le sensationnel, on l’imagine violent, excessif, outrancier. Mais il existe une autre forme, beaucoup plus sournoise. Un sensationnel sans aspérité, sans conflit, sans analyse. On ne cherche plus à informer, mais à provoquer une réaction émotionnelle minimale : un attendrissement, un sourire, un soupir rassuré. Ce n’est pas un scandale, c’est une caresse. Mais une caresse répétée, jour après jour, finit par endormir l’esprit critique. Le sensationnel mou ne dérange pas. Il occupe l’espace, il remplit le silence, il évite le vide que pourrait créer la réflexion.
Comme un doudou, il rassure. Le doudou est utile à l’enfant quand le monde lui fait peur. Il devient inquiétant lorsqu’il accompagne l’adulte. Or, une partie de l’information actuelle fonctionne exactement ainsi. On rassure, on adoucit, on enveloppe, on contourne ce qui heurte. Le journal devient un objet de confort émotionnel. Il ne sert plus à comprendre le monde, mais à supporter l’idée qu’il existe. Le lecteur n’est plus considéré comme un adulte capable de réfléchir, mais comme quelqu’un qu’il faut ménager, protéger, apaiser. Informer n’est plus la priorité. Ne pas troubler devient la règle implicite.
À cela s’ajoute le sucre émotionnel. Le sucre donne une énergie rapide, mais il ne nourrit pas. Pire, il crée une dépendance. Le sucre émotionnel agit de la même manière. Une belle histoire, une image attendrissante, un titre positif, une émotion immédiate. Mais aucun contenu structurant. Aucune mise en perspective. Aucune hiérarchie. On consomme de l’émotion comme on consomme du sucre : vite, souvent, sans satiété. Et plus on en consomme, moins on supporte la complexité, la nuance, la contradiction, la réalité brute.
À force de sensationnel mou, de réassurance permanente et de sucre émotionnel, le réel devient insupportable. La pensée critique s’atrophie. Le citoyen se transforme peu à peu en consommateur d’images. On ne cherche plus à comprendre, on cherche à se sentir bien. Mais une société qui préfère le réconfort à la lucidité devient fragile. Facilement manipulable. Facilement guidée.
Le rôle du journalisme n’est pas de consoler les consciences. Il est de mettre en lumière, même quand cela dérange, même quand cela oblige à penser. Un journal n’est ni un doudou, ni une friandise, ni une guirlande émotionnelle. C’est un outil. Et un outil qui n’est plus utilisé pour ce à quoi il sert finit par émousser ceux qui le tiennent.
Le sensationnel mou ne choque pas. Le doudou médiatique ne fait pas de bruit. Le sucre émotionnel ne laisse pas de trace immédiate. Mais ensemble, ils fabriquent un monde infantile, où l’on préfère être rassuré plutôt qu’éclairé. Et cela n’a rien d’anodin. C’est un choix de société.
L'écologie de façade
L’écologie a quitté le terrain du réel pour entrer dans celui de l’idéologie. Et ce glissement-là, historiquement, l’a fait basculer à gauche.
Au départ, l’écologie n’était ni de droite ni de gauche. C’était du bon sens. Préserver les sols, l’eau, les forêts, limiter le gaspillage, respecter les équilibres naturels, ne pas détruire ce qu’on ne sait pas réparer. Une écologie paysanne, locale, concrète, héritée de ceux qui vivaient avec la nature et non contre elle.
Puis elle a été récupérée politiquement. À partir du moment où l’écologie est devenue un outil de critique globale du système, elle a naturellement rejoint le logiciel de la gauche radicale. Dénonciation du capitalisme, de l’industrie, de la croissance, de la technique, du progrès. La nature est alors devenue un prétexte moral pour attaquer un modèle de société entier.
À ce stade, on ne parle plus d’écologie, mais de culpabilisation. L’homme devient le problème, la société devient coupable, le citoyen devient suspect. On ne corrige plus les excès, on cherche des fautifs. Et qui dit fautifs dit contrôle, normes, interdits, taxes, surveillance. Un terrain idéologique parfaitement compatible avec une vision autoritaire déguisée en vertu.
Autre glissement : l’écologie politique s’est urbanisée. Elle est aujourd’hui pensée par des milieux déconnectés des réalités matérielles, souvent éloignés du travail physique, des contraintes techniques, des territoires ruraux ou montagneux. Le résultat, ce sont des injonctions abstraites, hors-sol, parfois absurdes, imposées à ceux qui n’ont ni alternatives ni marges de manœuvre.
Enfin, la gauche a trouvé dans l’écologie un nouveau récit mobilisateur après l’essoufflement des grands combats sociaux classiques. Là où la lutte des classes ne faisait plus rêver, la lutte pour la planète offrait un horizon moral, global, anxiogène, émotionnel. L’urgence climatique a remplacé l’urgence sociale, avec les mêmes mécanismes de peur et de discipline collective.
Le paradoxe, c’est que cette écologie idéologique a fini par trahir l’écologie elle-même. Elle parle beaucoup, elle interdit beaucoup, elle moralise énormément, mais elle agit peu sur les causes réelles, concrètes, mesurables. Elle préfère les symboles aux solutions, les slogans aux gestes simples, le contrôle au bon sens.
L’écologie n’a pas viré à gauche par nécessité naturelle. Elle y a glissé parce que la gauche cherchait un nouveau combat, et parce que le réel, lui, demande trop de nuance pour faire de bons slogans.
La nouvelle mode des services
Il existe une différence fondamentale entre l’auto-traitement lucide et l’intervention d’un tiers. Le premier ne se facture pas, le second oui. Quand on s’écoute soi-même, on ne vend rien, on ne promet rien, on ne crée aucune dépendance. On observe, on ajuste, on assume. Il n’y a ni mise en scène, ni posture d’expert, ni transfert d’autorité. Seulement une relation directe à ce que l’on ressent, avec ses limites, ses doutes et ses zones d’incertitude.
À partir du moment où un tiers intervient contre rémunération, le rapport change. L’écoute devient une prestation, le ressenti une interprétation, et la fragilité un marché potentiel. Même sans intention malveillante, l’argent introduit un déséquilibre. Celui qui paie attend quelque chose. Celui qui encaisse doit produire un résultat, ou au moins donner l’impression qu’il se passe quelque chose. C’est là que naît l’illusion. L’auto-écoute est gratuite parce qu’elle ne promet rien. L’intervention payante, elle, doit convaincre pour durer.
Ce glissement dépasse largement le cadre d’une méthode ou d’une pratique particulière. Il s’inscrit dans un contexte plus large où fleurissent des professions présentées comme nouvelles, alternatives ou bienveillantes, mais qui reposent souvent sur peu d’effort réel et peu de contraintes concrètes. Des activités où l’on parle beaucoup, où l’on interprète, où l’on suggère, mais où l’on ne porte ni responsabilité matérielle, ni charge physique, ni obligation de résultat mesurable.
Dans ces métiers, l’essentiel du travail consiste à produire un discours, une posture, une atmosphère rassurante. L’effort est minimal, le risque quasi nul, mais la valeur symbolique est élevée. On vend de l’attention, de l’écoute, de l’intuition, parfois même du ressenti projeté sur l’autre. Ce ne sont pas des compétences inutiles en soi, mais leur marchandisation systématique pose question lorsqu’elle remplace le bon sens, l’expérience directe et l’autonomie personnelle.
Le paradoxe, c’est que plus une société se prétend consciente, plus elle externalise ce qui relevait autrefois de la responsabilité individuelle. On délègue l’écoute de soi, la compréhension de ses limites, la gestion de son mal-être à des intermédiaires. Et ces intermédiaires prospèrent d’autant mieux que les individus doutent de leur propre capacité à sentir, comprendre et ajuster.
Ce système crée une dépendance douce, rarement visible, mais bien réelle. Là où l’effort personnel demandait du temps, de l’attention et parfois de l’inconfort, la prestation promet une solution rapide, sans engagement profond, sans remise en question réelle. On consomme alors de l’accompagnement comme on consomme un service, sans jamais retrouver pleinement sa propre autorité intérieure.
Il ne s’agit pas de nier l’intérêt de toute aide extérieure. Il s’agit de rappeler une distinction essentielle. Ce qui relève de l’écoute de soi ne devrait jamais devenir un produit. Et une société qui multiplie les métiers sans effort réel, sans utilité clairement identifiable, tout en dévalorisant les activités concrètes, physiques ou techniques, finit par perdre le sens même de ce qu’est un travail utile.
Déconologue
La déconologie est une spécialité utopique, non reconnue, non remboursée, et officiellement boudée, mais officieusement très demandée. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai décidé d’ouvrir mon propre cabinet. Pas par opportunisme, mais par cohérence. En soixante-dix ans d’expérience accumulée, observée, vécue, digérée, je peux raisonnablement me dire spécialiste en la matière. Pas formé, pas certifié, pas labellisé. Spécialiste par saturation.
La clientèle est immense, presque universelle, à ceci près qu’elle n’ose pas franchir la porte. Les gens passent devant la vitrine, ralentissent, lisent l’enseigne, sourient parfois, ricanent souvent, puis repartent l’air de rien, comme s’ils n’avaient rien vu. Pourtant, ils reconnaissent immédiatement le problème. Ils savent qu’ils en sont porteurs. Mais entrer supposerait d’accepter qu’on ne vient pas pour être rassuré, ni conforté, ni validé.
La déconologie ne soigne rien, ne promet rien, ne répare rien au sens moderne du terme. Elle nettoie. Elle décape. Elle enlève les couches. Dans ce cabinet, on ne manipule ni pendule, ni muscle, ni énergie invisible. On manipule uniquement des discours usés, des certitudes creuses, des éléments de langage recyclés, des croyances prêtes-à-porter. Tout ce que la société produit en abondance pour éviter de penser.
Le protocole est simple. On écoute. On gratte. On gratte encore. On enlève les couches de justification, les excuses, les récits bien présentés. Jusqu’à ce que la couche de connerie apparaisse clairement, nue, identifiable, assumable ou non. Aucun anesthésiant, aucun doudou émotionnel, aucune caresse verbale. Juste un miroir grossissant, placé à hauteur d’homme.
Les résultats sont immédiats. Gêne, déni, parfois colère, presque jamais soulagement. La lucidité, quand elle arrive, arrive tard, souvent après la séance, parfois des années plus tard. La consultation est gratuite, parce que la vérité ne se facture pas. En revanche, le prix à payer est élevé. Il faut accepter de repartir sans illusion, avec ses propres contradictions sous le bras, et surtout sans responsable extérieur à accuser.
Voilà pourquoi la salle d’attente est toujours vide, alors que la rue, elle, est pleine de clients potentiels. Tout le monde veut être compris. Presque personne ne veut se comprendre. Et après soixante-dix ans à regarder tourner le manège, je peux l’affirmer sans diplôme ni blouse blanche : ce n’est pas la demande qui manque, c’est le courage d’entrer.
Et puis, entre déconologie et déconécologie, la nuance n’échappe à personne. D’un côté comme de l’autre, l’outrance est palpable. Je devrais, moi aussi, créer un parti politique ne rassemblant que des déconeurs. Aux prochaines présidentielles, je suis élu avec 90 % des voix dès le premier tour.
Mon âge mûr n’est plus vert, mais en vers et contre tout, mes vers s’acharnent à desservir le vert rougeoyant de la politique, qui en voit de toutes les couleurs, surtout vertes, presque jamais mûres. Et puis, de Vert-le-Grand à Vaires-sur-Marne, en passant par toute une collection de verts prétendument flamboyants, les villes repeintes en vert sont surtout devenues noires de désolation.
Bonne journée à tous
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