Briançonnais, l'accueil touristique

Publié le par François Ihuel

 

Les touristes poubelle, plus facile

de les éponger que de les servir

Page un peu longue, mais nécessaire

 

Briançonnais, l'accueil touristique

"Hôtel" MMV

Complexe hôtelier MMV, tout neuf, posé là en entrée de station, massif, froid, standardisé. Ça ne ressemble pas à un lieu d’accueil mais à un bâtiment fonctionnel, pensé pour empiler des clients plus que pour recevoir des gens. Le paysage est là, immense, vivant, et le bâtiment ne lui répond pas, il s’impose. On parle d’attractivité touristique, mais ce genre d’architecture raconte surtout une logique de rendement, rapide, efficace, sans âme, où le décor sert de fond de commerce plus que de cadre de vie.

À cet endroit-là, il y avait un hara, avec des gens, une activité, une présence vivante. Ils ont été expulsés, le terrain est resté en friche pendant trois ans, et au final on a construit ça. Comme si l’abandon faisait partie du processus, comme s’il fallait d’abord effacer ce qui existait avant d’imposer autre chose. Et juste à côté, le circuit de glace du trophée Andros a lui aussi été rasé pour reconstruire un second circuit identique, sans plus de sens, sans plus d’âme. Tout est calibré, standardisé, pensé pour absorber, canaliser, éponger le touriste, pas pour respecter un lieu ni ceux qui y vivaient.

La pompe à fric des grandes chaînes hôtelières, c’est ça aussi, transformer une vallée vivante en ligne comptable. La Guisane n’est plus un paysage, ni un lieu de vie, elle devient un support financier, un rendement à optimiser, une surface à exploiter. On ne pense plus en termes de montagne, de rythme, de cohérence, mais en mètres carrés, en taux de remplissage, en flux à absorber. La montagne n’est plus habitée, elle est consommée, et à force de la réduire à un rapport financier, on finit par détruire ce qui faisait justement venir les gens ici.

 

Briançonnais, l'accueil touristique
Briançonnais, l'accueil touristique

La honte

À cet endroit-là, je me suis arrêté volontairement sur une sortie de parking propre, dégagée, simplement pour déposer des clients chinois qui revenaient d’une journée de ski à Monêtier-les-Bains. Je ne pouvais pas les faire descendre à l’arrêt officiel, parce que cet arrêt se résume à un poteau planté dans une buse en béton, au bord de la route, sans trottoir, sans aménagement, dans la neige fondue et la boue. C’est pourtant là qu’on est censé déposer les clients des résidences Odalys et MMV, comme si c’était normal, comme si ça faisait partie du décor.

Ce qui est choquant, ce n’est pas l’erreur ou l’oubli, c’est l’indifférence. On construit des complexes hôteliers à plusieurs millions, on vend la montagne, la station, l’accueil, mais on laisse les gens descendre dans un bourbier, au milieu des voitures, sans sécurité ni dignité. Pour une ville qui vit largement de l’argent des touristes, laisser un accueil aussi minable est une honte. Ce n’est pas seulement un manque de moyens, c’est un manque de respect, pour ceux qui viennent ici, et pour ceux qui travaillent tous les jours à les transporter.

Ce qui choque, ce n’est même pas l’état du terrain, c’est le minimum qu’on n’a pas jugé utile de faire. Quelques palettes posées au sol, des caillebotis en caoutchouc, une petite allée dégagée pour rejoindre les résidences, ça aurait déjà changé les choses. Rien de luxueux, juste du bon sens. Pour une ville qui vit largement de l’argent des touristes, laisser un accueil aussi minable est une honte. Ce n’est pas un manque de moyens, c’est un manque de considération, pour ceux qui viennent ici, et pour ceux qui, comme nous, les transportent tous les jours.

 

Briançonnais, l'accueil touristique

Desserte des résidences ODALYS et MMV

Même endroit, mais de l’autre côté de la route. Là où l’on est censé déposer des clients, ce qui saute aux yeux, ce sont les conteneurs à déchets alignés comme un repère naturel. On fait descendre les gens au bord de la chaussée, entre la route et les poubelles, sans espace, sans transition, sans considération. Le message est clair, même s’il n’est jamais formulé : ici, on ne distingue plus vraiment l’accueil du rebut, tout est traité de la même manière, vite fait, sans réflexion.

Ce genre de scène en dit long sur la façon dont on considère le touriste une fois qu’il a payé. On investit dans des bâtiments, dans des lits, dans des volumes, mais pas dans le minimum de dignité à l’arrivée. Pour l’image de la vallée de Serre-Chevalier, c’est désastreux, parce que ce sont ces détails-là que les gens retiennent, consciemment ou non. On peut bien vendre la montagne sur papier glacé, quand on dépose les visiteurs comme on dépose des poubelles, c’est toute la crédibilité du discours touristique qui s’effondre.

 

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Arrêt de bus "Les Guibertes" Monêtiers-les-Bains

Là, c’est encore plus parlant. Les touristes qui vont skier sont pris en charge à la sortie directe d’une résidence, sans aucun aménagement, avec pour seul refuge un fossé boueux sur le bas-côté. Pas de trottoir, pas d’espace dégagé, rien pour se tenir à l’écart de la circulation. On les fait attendre là, debout dans la terre humide ou la neige fondue, comme si c’était normal, comme si ça faisait partie du décor hivernal.

Et le plus grave, c’est qu’il n’y a même pas un passage protégé pour traverser. Les gens doivent couper la route comme ils peuvent, valises à la main, skis sur l’épaule, en espérant que les voitures ralentissent. On parle d’accueil, de sécurité, d’image de station, mais sur le terrain il n’y a rien, pas même le strict minimum. À force de négliger ces détails essentiels, on ne dégrade pas seulement le confort, on met les gens en danger, et on abîme durablement l’image de toute la vallée.

Ça fait des années que c’est comme ça, en toute connaissance de cause, alors que les bus sont obligés de stationner en pleine voie, avec tous les risques que ça fait peser sur les passagers et la circulation.

 

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Arrêt de bus "Mas de Blais" vers Grenoble

Mas de Blais. Un arrêt de bus planté dans la boue, au milieu de roches dites anti-intrusion, sans dégagement, sans cheminement, sans la moindre considération pour ceux qui attendent là. Les gens montent et descendent du bus les pieds dans la terre humide, entre les cailloux, la neige sale et le bas-côté défoncé. Et quand le bus s’arrête à cet endroit, il bloque entièrement le carrefour. Plus rien ne circule, tout se fige, parce qu’aucun aménagement n’a été prévu. Pourtant, l’espace ne manque pas. Il y a largement la place pour créer un dégagement correct, sécuriser l’arrêt, permettre au bus de stationner sans couper la circulation. Ce n’est pas une contrainte technique, c’est un choix de ne rien faire.

Et pendant ce temps-là, la ville de Briançon investit dans des festivités, se construit une cité administrative à douze millions d’euros, refait un terrain de sport à quinze millions, dépense des centaines de milliers d’euros dans des œuvres picturales sur les pignons d’immeubles. Les priorités sont claires. On soigne l’image, on communique, on inaugure, mais on accepte que des bus bloquent un carrefour et que les usagers pataugent dans la boue pour monter ou descendre. Ce décalage n’est plus un détail, c’est un choix politique assumé, et il dit exactement ce que vaut, sur le terrain, l’accueil dont on se réclame.

 

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Arrêt de bus Mas de Blais en direction du centre ville

Arrêt de bus Mas de Blais direction centre-ville. La signalétique au sol, peinte en jaune, laisse clairement entendre que le bus est censé venir se positionner là. Sur le papier, ça peut sembler logique. Dans la réalité, dès qu’on regarde un peu, on voit que l’accès devient quasiment impossible pour les clients. Entre le trottoir étroit, la bordure haute, la neige résiduelle et le dénivelé, il faut déjà être agile pour atteindre la porte du bus, surtout avec des sacs, des valises ou des skis.

Résultat, les bus n’ont que deux solutions, aucune n’étant correcte. Soit ils restent sur la chaussée, au milieu d’un carrefour avec feux tricolores, en bloquant la circulation, soit les clients sont obligés de faire de véritables acrobaties pour monter ou descendre. C’est un non-sens total. On se demande sincèrement ce qui est passé par la tête du concepteur de cet aménagement, si tant est qu’on puisse appeler ça un aménagement. Sur le terrain, ça ne fonctionne pas, ça met tout le monde en difficulté, et ça résume parfaitement la déconnexion entre les plans sur table et la réalité vécue.

 

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Arrêt de bus "Forville" vers Grenoble

Arrêt de bus Forville, direction Grenoble. Situé dans un virage, avec un léger dégagement, mais pas suffisant pour permettre au bus de s’arrêter correctement sans gêner la circulation. À chaque arrêt, le bus empiète sur la chaussée, oblige les voitures à freiner, à déboîter, parfois à s’arrêter net. Ce n’est pas dangereux par hasard, c’est dangereux par conception, parce que l’arrêt a été placé là sans réflexion globale sur le flux réel de circulation.

Et là encore, la solution saute aux yeux. À droite, la butte appartient au terrain municipal. Il aurait suffi de tailler dedans, de créer un renfoncement, un arrêt en retrait, pour permettre au bus de stationner sans bloquer la route. Rien d’extraordinaire, juste un aménagement de bon sens. Mais comme ailleurs, on a préféré ne rien faire, laisser les conducteurs gérer au quotidien un problème structurel, et accepter que la circulation se bloque régulièrement. Ce n’est pas un manque de place, ni un manque de solutions, c’est une absence totale de volonté d’adapter le terrain à la réalité.

 

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Saint Chaffrey, arrêt de bus "Gendarmerie"

Saint-Chaffrey, arrêt de bus dit « Gendarmerie ». Autrefois, il y avait réellement la gendarmerie à cet endroit, d’où le nom resté sur la signalétique. Aujourd’hui, il n’y a plus rien, sauf un arrêt de bus posé là par habitude. Les gens sont pris en charge et déposés sur le bas-côté, sans le moindre aménagement, directement dans la bouillasse, la neige fondue, au bord de la route. Pas de trottoir, pas de zone d’attente, pas de protection, juste un marquage au sol et un panneau.

Là encore, on s’interroge sur le fonctionnement municipal. Comment peut-on laisser un arrêt de bus dans un état pareil, année après année, sans jamais se poser la question du minimum nécessaire ? Ce ne sont pas des situations exceptionnelles, ce sont des points fixes, connus, utilisés tous les jours. Et pourtant, rien n’évolue. Ce genre de négligence n’est pas anecdotique, elle traduit une façon de penser l’aménagement public où l’usager, qu’il soit habitant ou touriste, passe clairement après le reste.

 
 
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Arrêt de bus "Chantoiseau" à Briançon

Arrêt de bus Chantoiseau. C’est pourtant un accès spécifique, censé servir en priorité aux personnes fragiles, âgées ou en situation de handicap. Et c’est justement là que l’état des lieux est le plus accablant. La chaussée est dégradée, fissurée, irrégulière, avec des affaissements, des flaques, de la boue dès qu’il pleut ou que la neige fond. L’accès à l’arrêt se fait sur un revêtement cassé, glissant, sans la moindre attention portée à ceux qui ont le plus de difficultés à se déplacer.

Ce qui choque le plus, c’est que ça ne date pas d’hier. Ça fait des décennies que c’est comme ça, et chaque année, l’état se dégrade un peu plus, sans jamais être repris sérieusement. On parle pourtant d’un point sensible, identifié, utilisé quotidiennement par des personnes qui devraient être protégées en priorité. Là encore, on a le sentiment que personne ne regarde vraiment le terrain, que les décisions se prennent loin de la réalité, et que l’abandon progressif de ces accès dit beaucoup sur la considération accordée aux usagers les plus vulnérables.

 

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Briançon, D1091, à hauteur de l’Auberge de l’Impossible

Sur la D1091, à hauteur de l’Auberge de l’Impossible, le feu jaune clignotant ne fonctionne plus. L’ampoule est éteinte depuis quatorze mois, et le problème a déjà été signalé. On est sur un axe très fréquenté, avec des milliers de passages chaque jour, des voitures, des bus, des piétons, dans un secteur où la vigilance est essentielle. Le dispositif est là, visible, censé alerter, mais il ne sert plus à rien, parce que personne n’a pris la peine de remplacer une simple ampoule.

Ce qui sidère, ce n’est pas la panne en elle-même, ça peut arriver. Ce qui interroge profondément, c’est la durée. Pendant quatorze mois, des responsables passent par là, des élus, des employés municipaux, peut-être même le maire, et personne ne juge utile d’intervenir. C’est à ce niveau-là qu’on perçoit un vrai problème de fonctionnement à Briançon, pas dans les grands discours ou les inaugurations, mais dans l’incapacité à régler un détail basique de sécurité routière qui concerne tout le monde, tous les jours.

 

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L'illusion Briançon

Derrière la propagande, les images léchées, les vues aériennes et le discours d’un pouvoir qui se veut omnipotent, il y a une autre réalité, beaucoup moins présentable. Celle du désordre, de la crasse, de la négligence quotidienne, de tout ce qui ne se voit pas sur les plaquettes et les rendus 3D. On peut bien survoler une ville, la montrer belle d’en haut, organisée, maîtrisée, mais ça ne change rien à ce qui se passe au ras du sol, là où les gens vivent, circulent, attendent un bus ou traversent une route.

Une ville, ce n’est pas un théâtre, et les habitants ne sont pas des figurants. Ils ne se contentent pas du décor ni des effets d’annonce. Ce qui compte, ce sont les détails concrets, l’entretien, la sécurité, le respect du quotidien. Quand ces bases-là sont abandonnées, peu importe la communication ou la mise en scène du pouvoir, la réalité finit toujours par remonter. Et ce décalage entre l’image vendue et la ville vécue dit beaucoup plus sur la façon dont elle est gouvernée que n’importe quel discours officiel.

Dans les innombrables pages que j’ai déjà consacrées à Briançon sur ce blog, qui existe depuis maintenant seize ans, on retrouve toujours les mêmes constats : désordre, négligence, laisser-aller. Les trois derniers mandats municipaux n’ont rien amélioré au quotidien des Briançonnais, si ce n’est ce qui est médiatisable, montrable et présentable sur le papier. Derrière l’image, les discours et les mises en scène, la réalité du terrain reste la même, faite de petits abandons répétés qui finissent par peser lourd sur la vie de tous les jours.

Il est aussi prudent de demander aux Briançonnais de réfléchir sérieusement à leur avenir, notamment à l’approche des Jeux olympiques de 2030. Derrière la promesse de la gloire et de l’événementiel, il y a le risque très réel de voir la vie quotidienne sacrifiée au profit d’un spectacle éphémère, qui coûtera une fortune à la ville et pèsera fiscalement sur les habitants pendant plusieurs décennies supplémentaires. La question n’est pas celle de l’image ou du prestige, mais de savoir quel avenir on accepte réellement pour la ville et pour ceux qui y vivent.

Une ville se juge moins à ce qu’elle montre qu’à la manière dont elle traite ceux qui y vivent, au quotidien, loin des projecteurs.

Il reste beaucoup de preuve de la dégradation de la ville, ce sera dans les mois qui viennent.

Bonne soirée à tous.

 

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