Briançon hôpital

Publié le par François Ihuel

 

Briançon : chronique d’un hôpital à bout de souffle

 

Briançon hôpital

Ragougnasse.

On m’annonce des pâtes au basilic. J’imagine déjà l’Italie, la fraîcheur parfumée, un rayon de soleil dans l’assiette. Mais le voyage s’arrête net devant cette masse collante, épaisse et sans saveur, où trois points verts font office de décoration. Insipide, collant, improbable : une véritable ragougnasse, estampillée gastronomie hospitalière.

 

Briançon hôpital

Repas du soir

Après avoir cautérisé les petits dommages de mes plaies, le médecin m’a conseillé de manger froid. Logique. Mais au dîner, on m’apporte un plat brûlant, copie conforme de celui du midi, censé être du poisson… ou du moins quelque chose qui lui ressemble vaguement.

J’ai demandé s’il n’y avait pas plutôt un repas froid : un peu de jambon, quelques crudités, quelque chose de simple. En retour, j’ai surtout reçu leur crédulité. Résultat : deux petits pots de crème industrielle, vaguement inspirés du flan au caramel. Voilà donc mon dîner.

C'est ma fille qui est allé me chercher à manger à l'extérieur, à mes frais bien entendu.

Une journée d’hôpital coûte 1600 €. La part consacrée au repas, elle, ne doit pas dépasser 1,50 €. Les repas dans cet hôpital, c’est en dessous de tout.

 

Briançon hôpital

Deux nuits à l’hôpital

Chambre particulière, mutuelle à 1800 € par an. On pourrait croire que cela garantit un minimum de confort. La réalité, c’est ce matelas 100 % synthétique, posé sur des barres de fer qui me rentrent dans les reins.

Impossible que le drap accroche sur cette espèce de canot de sauvetage en plastique. Résultat : j’ai passé une nuit abominable, balloté sur une mer de caoutchouc médical.

Une chambre d'hôtel quatre étoiles, c'est environ 150 € petit-déjeuner compris. Combien devrait coûter la journée d'hôpital pour avoir quelque chose de potable ?

Esclandre du matin

Premier matin à l’hôpital : une femme de service vient nettoyer la chambre. Son rythme n’allait pas casser beaucoup de manches de balai dans l’année, mais peu importe.

Juste derrière, un autre employé entre et se met à l’invectiver devant moi, comme si je n’existais pas. Une engueulade gratuite, probablement pour se donner des airs de chantre de la qualité. En réalité, j’ai surtout vu un imbécile qui voulait se la jouer chef devant témoins.

Dans un service de chirurgie, où les patients sont censés bénéficier de calme et d’attention, ce genre d’esclandre est totalement déplacé. Au final, celui qui est passé pour un con, ce n’est pas la collègue, mais bien lui.

Bouton d’appel

Dans un service de chirurgie, on imagine que la surveillance est maximale, surtout en postopératoire. Chaque chambre est équipée d’un bouton d’appel d’urgence, censé rassurer.

Un moment, j’ai dû l’utiliser pour une raison médicale. J’ai attendu 14 minutes avant qu’on ne vienne. Heureusement que ce n’était pas un arrêt cardiaque : la fin aurait été écrite d’avance.

Voilà l’hôpital de Briançon.

Ping-pong administratif

Hier, j’appelle l’hôpital de Briançon pour obtenir les résultats de ma prise de sang. On m’avait donné un mauvais numéro. Après une longue attente pour joindre le standard, je tombe enfin sur le laboratoire. J’explique mon cas : on me renvoie vers les urgences.

Aux urgences, on m’annonce que ce n’est pas leur compétence et qu’il faut voir avec le laboratoire. Je rappelle donc le laboratoire, qui me dit… de rappeler les urgences.

Ce petit match de ping-pong, c’est la caricature d’un dysfonctionnement administratif flagrant.

Je réalise surtout que les dégradations de la société sont généralisées à tous les niveaux. Le manque de personnel engendre des situations très difficiles, qui atteignent même les points les plus sensibles de notre société.

À mes yeux, la gestion de l’hôpital porte une grande part de responsabilité. Comme dans une ville, ou même le pays, quand la tête déconne, tout le reste suit.

À méditer.

Prochaine page : l'apocalypse du système

Bonne journée à tous.

 

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