Le prix des pompes
Qu'on appelait "écrase-merdes",
dans ma jeunesse.
Magasin ou Internet ?
Il y a des chaussures de merde vendues sur Internet par des sites de merde, ça, au moins, on le sait. Le prix est bas, la qualité suit, et personne ne vient nous raconter que c’est de la grande chaussure. Là où ça devient plus amusant, c’est quand on retrouve exactement les mêmes godasses dans des boutiques qui se présentent comme des spécialistes de la chaussure.
Parce qu’il faut quand même arrêter de prendre les gens pour des cons. Un vrai spécialiste de la chaussure, ce n’est pas quelqu’un qui aligne des boîtes sur des étagères en prenant sa commission au passage. Un vrai spécialiste, c’est celui qui connaît le cuir, la fabrication, la forme du pied, qui sait ajuster, conseiller, réparer, voire faire du sur-mesure. Là, oui, on parle d’un métier.
Alors pourquoi irais-je acheter dans un magasin local des chaussures de merde, fabriquées par un fabricant de merde, simplement pour payer en plus la marge du magasin ? Si c’est pour acheter la même camelote, autant l’acheter directement sur le site de merde. Au moins, on paie la merde au prix de la merde.
Et finalement, c’est peut-être ça le plus honnête : quand on achète de la merde pas chère sur Internet, on sait ce qu’on achète. Quand on achète la même merde plus cher dans une boutique qui se donne des airs de spécialiste, on paie surtout le décor, le sourire du vendeur et l’illusion de qualité.
Au moins, sur Internet, on a de la merde, mais on le sait.
Le commerce de proximité : la proximité de mon portefeuille
On nous rabâche sans arrêt qu'il faut faire vivre le commerce de proximité. Acheter local, soutenir les petits commerces, préserver les centres-villes, faire travailler les gens du coin… C'est très joli tout ça, et sur le principe je suis entièrement d'accord. Encore faudrait-il qu'en échange, le commerce de proximité m'apporte quelque chose de plus que la proximité de sa caisse enregistreuse.
Parce qu'un commerçant qui fabrique, qui répare, qui connaît réellement son métier, qui sélectionne de bons produits et qui est capable de me conseiller autrement qu'en lisant l'étiquette de la boîte, oui, celui-là a une véritable valeur. Je comprends qu'il ait des charges, qu'il doive gagner sa vie et que son produit soit plus cher. Un savoir-faire, ça se paye, et ça ne me dérange absolument pas de le payer.
Mais prendre une merde industrielle fabriquée à l'autre bout du monde, que je peux trouver sur Internet, la poser sur une étagère avec une jolie lumière, ajouter une marge dessus et appeler ça « commerce de proximité », faut quand même pas me prendre pour un con.
La proximité n'améliore pas la qualité. Une chaussure de merde ne devient pas une bonne chaussure parce qu'elle a passé trois semaines dans la vitrine d'un commerçant de quartier. Elle reste exactement la même chaussure de merde, sauf qu'entre-temps son prix a doublé.
Alors on me dira qu'il y a le conseil. Le conseil de quoi ? Si le type connaît réellement la chaussure, le cuir, les semelles, les formes, les pieds et son métier, d'accord. Mais si son conseil consiste à me dire que la godasse à 130 balles me va très bien alors que la même est à 30 balles sur Internet, ce n'est plus du conseil : c'est de l'aide à l'encaissement.
Je veux bien soutenir le commerce de proximité. Mais pas par principe, et certainement pas pour subventionner de la camelote que je peux acheter quatre fois moins cher ailleurs.
Parce qu'à ce compte-là, dans certains commerces de proximité, la seule chose qui a vraiment de la valeur, c'est le pognon qu'on y lâche.
Et quitte à acheter de la merde, autant acheter de la merde au prix de la merde.
Au moins, on sait ce qu'on achète.
Une précision tout de même :
Je ne mets évidemment pas tous les commerces de proximité dans le même panier. Bien au contraire, faire travailler les commerçants locaux reste ma priorité, même si c’est parfois un peu plus cher. Je préfère largement laisser mon argent à quelqu’un qui travaille et vit près de chez moi plutôt qu’à une multinationale située je ne sais où.
Ce qui m’emmerde, ce sont ceux qui se prétendent « spécialistes » alors qu’ils ne connaissent pas davantage le produit qu’ils vendent que moi. Être spécialiste, ce n’est pas avoir une enseigne au-dessus de la porte et un terminal de carte bancaire sur le comptoir. C’est connaître son métier, ses produits, savoir conseiller et apporter quelque chose que je ne trouverai pas tout seul sur Internet.
Quand cette compétence existe, je suis parfaitement disposé à la payer, y compris un peu plus cher. Mais quand elle n’existe pas, je ne vois aucune raison de payer la camelote plus cher simplement parce qu’elle est vendue à cinq cents mètres de chez moi.
Le commerce local, oui. Le faux spécialiste qui prend une marge pour déplacer une boîte du carton à l’étagère, non.
Bonne journée à tous.
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